Un Club des Employeurs pour booster la mobilité internationale
Bâtiment. Le BTP CFA Grand Est ainsi que l’association Euro App Mobility s’associent pour la création d’un sixième Club des Employeurs en France ayant pour but la promotion et la facilitation de la mobilité des apprentis à l’International.
Lorsque l’on parle d’Erasmus, on a rapidement en mémoire les aventures de la joyeuse bande de l’Auberge espagnole, film de Cédric Klapisch, sorti en 2002 et racontant les tribulations d’étudiants ayant intégré le programme européen d’échange linguistique, créé en 1987. D’une durée qui varie de 2 à 12 mois dans une université européenne partenaire, le programme Erasmus compte aujourd’hui 33 pays (27 États membres de l’UE et 6 pays tiers associés). Et s’il est désormais connu et pratiqué des étudiants universitaires, il l’est moins de ceux suivant un apprentissage.
« Il nous faut décupler l’Erasmus de l’apprentissage et de la formation professionnelle avec un objectif d’au moins 15 % des apprentis en mobilité européenne d’ici à 2030 », enjoignait ainsi Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne, en avril 2024. Une demande entendue par les dirigeants du BTP CFA de la Marne et du Grand Est, qui, s’ils prenaient déjà à bras le corps cette problématique de la mobilité, l’actent cette fois de manière officielle avec la création d’un Club des Employeurs, en partenariat avec l’association Euro App Mobility, portée par Jean Arthuis, ancien Ministre de l’Économie et des finances dans le gouvernement Juppé. Son ambition : mettre en réseau les entreprises, partager les bonnes pratiques, favoriser la circulation de l’information et produire des actions concrètes.
« En France, il y a environ 1% des alternants de toutes branches qui partent en mobilité internationale. Au BTP CFA Grand Est, on est à 7%, et certains de nos sites vont même jusqu’à 10 % », indique Djamel Aksas, Directeur du BTP CFA de la Marne. « Notre objectif pour 2026 est de faire partir 10 % des jeunes en mobilité internationale, courte et longue. »
Une mobilité du cap au diplôme d’ingénieur
« Depuis septembre 2024, nos apprentis ingénieurs ont rejoint le consortium national du 3CA BTP, marquant ainsi une étape décisive dans le développement des parcours internationaux qui leur sont proposés. Chaque année, 70 à 80 mobilités individuelles sont organisées pour les apprentis du supérieur », insiste Riccardo Agnesina, Président du BTP CFA Grand Est et dirigeant de l’entreprise éponyme, spécialisée en menuiserie et agencement. En effet, si la mobilité internationale est désormais obligatoire pour valider le diplôme d’ingénieur, elle a aussi l’avantage d’ouvrir les apprentis à une culture différente, de leur apporter une plus grande autonomie et de les ouvrir à de nouvelles pratiques. Les Universités de Gdansk en Pologne et de Rijeka en Croatie sont ainsi partenaires du BTP CFA, mais des mobilités sont aussi possibles dans de nombreux autres pays pour de plus courtes durées.
« La commission des titres d’ingénieur impose la mobilité internationale, et cela oblige à aller à l’étranger, rencontrer des laboratoires, des universités, d’autres pratiques. Par exemple, un jeune qui va en Allemagne ou en Autriche va chercher un pays à forte culture de la transition énergétique. Là-bas, on ne traite pas le bois de la même manière quand on fait des charpentes, les normes sont différentes. L’employeur qui laisse partir un apprenti à l’étranger récupère un professionnel plus structuré, plus curieux, plus fort », affirme Louis-Xavier Forest, secrétaire général de la FFB Marne.
Principe de réciprocité
Or, s’il est désormais reconnu que la mobilité est une expérience riche et formatrice, il faut aussi convaincre les employeurs eux-mêmes de l’utilité de laisser partir pour une certaine durée leur apprenti : « Cela ne peut se faire que sous trois conditions », insiste Jean Arthuis. « La première, c’est que la formation professionnelle doit être une priorité absolue. C’est un investissement d’avenir. La deuxième condition, c’est que l’apprentissage soit considéré comme une voie d’excellence à part entière par les entreprises françaises. Et enfin, la troisième condition, c’est que cette expérience de mobilité dans un autre pays permette aux jeunes d’acquérir des compétences transversales. » Et le président d’Euro App Mobility de souligner avec malice... « Quand on parle d’Erasmus à un chef d’entreprise, souvent, il va répondre que c’est formidable car il a envoyé ses propres enfants à l’étranger grâce à ce programme. Mais quand on lui pose la question de savoir s’il fait la même chose avec ses apprentis, la réponse se corse ! » Les employeurs doivent donc aussi se saisir de la question.
Dominique Hautem, président de la Chambre des Métiers de la Marne, président de la Capeb Marne et à la tête d’une entreprise d’électricité pendant 40 ans, livre une anecdote sur le sujet : « Nous avions un apprenti venant de Belgique et de manière très sérieuse, il faisait tous les soirs un compte-rendu de sa journée, et, tous les matins il nous posait un certain nombre de questions par rapport à ce qu’il avait vu la veille. Ses questionnements nous ont obligés à nous interroger nous-même sur nos pratiques et sur la manière de les transmettre. Cela a été une expérience structurante dans notre façon d’aborder l’apprentissage. »
Dimitri Oudin, adjoint aux Relations internationales à la Ville de Reims met pour sa part en évidence l’importance pour les entreprises du territoire d’envoyer des jeunes apprentis à l’étranger mais aussi d’en accueillir d’autres pays, dans un esprit de réciprocité. « La mobilité européenne des apprentis, longtemps perçue comme marginale ou réservée à quelques filières – d’où la création spécifique du dispositif Erasmus + visant à l’élargir – constitue aujourd’hui un enjeu central. Pour les entreprises, cette mobilité n’est pas un risque, mais un investissement. Elle contribue à former des professionnels plus agiles, plus curieux, plus aptes à comprendre des environnements de travail différents et à anticiper les difficultés de leur métier. Pour le territoire, elle renforce son attractivité, sa compétitivité et son insertion dans des dynamiques européennes structurantes. » L’élu rappelle à ce sujet la situation géographique clé du Grand Est, au carrefour de l’Est et de l’Ouest de l’Europe.
Indispensables financements
Mais cette mobilité serait difficilement possible sans financements, dont celui des OPCO. « L’apprentissage était une compétence de la Région avant la réforme de 2018. À partir de cette réforme, la gestion de l’apprentissage a été confiée aux branches professionnelles. L’organisme qui a pris en charge cette gestion pour le bâtiment est Constructys », rappelle Xavier Gourcerol, Directeur Régional Adjoint Constructys Grand Est. « Sur l’apprentissage, nous finançons bien entendu le coût pédagogique via les NPEC (niveau de prise en charge)pour les CFA. Mais pas seulement. Nous intervenons également sur des frais annexes, qui peuvent être forfaitaires, notamment sur les frais liés à la mobilité internationale avec des financements qui peuvent aller jusqu’à 1 680 euros par stagiaire. » En parallèle, huit conseillers formation sillonnent le Grand Est, rencontrant chaque année jusqu’à 2 000 entreprises, pour accompagner leurs projets de formation et encourager l’accueil et la libération des apprentis pour les mobilités.