Un bronze de l’Axonaise Camille Claudel adjugé 1,54 M€
Art. Invisible depuis 1908, un exemplaire de L’Âge mûr de Camille Claudel, née à Fère-en-Tardenois, a été adjugé 1,54 million d’euros le 20 septembre à l’Hôtel Drouot. Jamais passé sur le marché public, ce bronze confirme la cote d’une artiste longtemps restée dans l’ombre de Rodin.
Conçue en 1898, L’Âge mûr figure un homme mûr entraîné par une vieille femme, tandis qu’une jeune femme agenouillée tente de le retenir. Connue aussi sous les titres de La Destinée, Le Chemin de la vie ou La Fatalité, l’œuvre est souvent lue comme l’allégorie de la rupture entre Camille Claudel et Auguste Rodin.
Vers 1907, le fondeur et marchand Eugène Blot, qui en avait acquis les droits pour soutenir financièrement la sculptrice, en tire une réduction au tiers, fondue au sable et limitée à cinq exemplaires numérotés. Présentés dans sa galerie en 1907 et 1908, ces bronzes disparaissent ensuite des regards, comme leur autrice, internée en 1913 jusqu’à sa mort, trente ans plus tard.
Le numéro 3 est aujourd’hui conservé au musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine, le numéro 1 a récemment rejoint une institution internationale, tandis que les numéros 2 et 4 restent introuvables. C’est le cinquième exemplaire, à la patine brun nuancé, qui vient de ressurgir.
Un marché qui s’emballe
La vente était conduite par Matthieu Semont, commissaire-priseur de la maison orléanaise Philocale, avec le cabinet d’expertise Lacroix Jeannest. L’estimation, comprise entre 1,5 et 2 millions d’euros, a été atteinte. Le résultat reste toutefois deux fois inférieur à celui du premier exemplaire, adjugé 3,1 millions d’euros en février 2025 par le même commissaire-priseur à Orléans. En dix-huit mois, deux des cinq bronzes de Blot sont donc réapparus aux enchères, pour plus de 4,6 millions d’euros cumulés.
Pour l’Aisne, ce succès rappelle l’enracinement de l’artiste, née en 1864 à Fère-en-Tardenois et qui passa une partie de son enfance à Villeneuve-sur-Fère. Le territoire entretient cette mémoire, notamment avec la maison de Camille et Paul Claudel à Villeneuve-sur-Fère. Chaque redécouverte d’une œuvre de la sculptrice, dont la grande version de L’Âge mûr est exposée au musée d’Orsay, renforce l’attrait de ce patrimoine.