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130e année

Tout un écosystème au service des start-up

Entreprises. La start-up serait elle le modèle entrepreneurial de demain ? À en croire la montée en puissance des structures d’accueil, incubateurs et accélérateurs, le véritable écosystème monté en Champagne-Ardenne et plus largement dans le Grand Est, a de l’avenir.

Les structures régionales mettent en place des modèles d’accompagnement et de suivi personnalisé des start-up dans toutes les étapes de leurs projets. DR

Totalement refondé en 2018, lorsqu’il se rapproche alors du réseau Sémia, l’incubateur Innovact n’a eu de cesse, depuis, de connaître une progression constante. En 2021, les deux appels à projets lancés annuellement, à six mois d’intervalles, ont connu en janvier le dépôt de 60 candidatures et en juin, plus de 90. Un niveau record jamais atteint. « Nous gagnons en notoriété, par l’accompagnement que nous effectuons depuis 3 ans mais aussi grâce aux nombreux partenariats que nous montons avec les organismes locaux : Réseau Entreprendre, Université, Neoma, mais aussi avec l’Apec », indique Diane Barthélémy, responsable communication d’Innovact.

Point d’orgue de cette collaboration entre les structures, l’organisation une fois par an de la journée Start&Up, regroupant conférences et ateliers. D’ailleurs Innovact travaille aussi en lien avec le Créativ Labz de l’Urca ou l’incubateur de Neoma, Startup Lab.

Quest For Change : 5 structures à l’unisson

Actuellement, 37 start-up sont en accompagnement individuel à Innovact. Des « historiques » comme Apmonia Therapeutics (société de biotechnologie développant des stratégies thérapeutiques contre différentes formes de cancer) ou WiziFarm (dont l’objectif est de simplifier le quotidien des agriculteurs grâce à une application rassemblant de nombreux services administratifs et techniques), et des plus récentes comme Rozoé (création de kit de vrac) ou Maison Alcée (société innovante dans la création personnalisée horlogère haut-de-gamme).

« L’intérêt de travailler en écosystème est de pouvoir orienter les entreprises vers la bonne structure », poursuit Diane Barthélémy. Ainsi, selon la physionomie de l’entreprise et son avancement dans son projet, elle pourra être aiguillée vers plusieurs interlocuteurs. Cette possibilité a aussi été donnée grâce au fonctionnement en réseau : Innovact fait partie aujourd’hui du réseau Quest for change qui rassemble 5 incubateurs différents du Grand Est, de Reims à Strasbourg, en passant par Metz ou Charleville-Mezières.

Empêcher la fuite des talents

L’incubateur Rimbaud Tech justement, créé en 2017, avec l’appui du Grand Est, d’Ardenne Métropole et de la Caisse d’Epargne, applique la même méthodologie que son voisin marnais, avec une incubation collective de trois mois, puis le passage devant un jury pour une incubation individuelle avec ensuite, une prise en charge par un chargé d’affaires dédié. « Nous avons une vingtaine de projets incubés chez nous », signale Terry Varenne, responsable de la communication, précisant être aussi un incubateur généraliste. Helliogreen, concepteur de turbine hydroélectrique, Body Feed, solutions thérapeutiques liées à la colonne vertébrale ou encore l’entreprise Été Indien proposant un programme afin d’améliorer le niveau de forme physique des seniors, connaissent un beau développement. Cette dernière vient d’ailleurs d’intégrer Scal’E-nov, l’accélérateur des start-up du Grand Est.

« Dans les Ardennes, il y a beaucoup à faire car nous bénéficions de nombreux dispositifs d’aides », relève Terry Varenne. En effet, dans un territoire qui a tendance à voir fuir certains de ces talents, implanter de telles structures, montées en réseau permet de garder un dynamisme économique. Cinq start-up ont ainsi passé le comité d’engagement en 2021, contre trois en moyenne les autres années. « On note un engouement un peu plus important aujourd’hui dans l’innovation, notamment dans tout ce qui est secteur du bien-être, de la santé, de la foodtech aussi. »

Maison Alcée, une start-up d’artisanat de luxe

Pour autant, les secteurs restent diversifiés, avec un seul mot d’ordre : l’innovation. Pas forcement au seul sens de technologique, mais aussi dans celui dans l’originalité de la proposition et du marché à conquérir. L’exemple de Maison Alcée, incubé chez Innovact depuis mars 2020 est assez parlant. Alcée Monfort propose au client, via son entreprise, d’assembler « un garde-temps », une pendulette d’une quinzaine de centimètres.

Innovact accueille actuellement 37 start-up. DR

« Le passionné assemble lui-même son propre produit horloger, chez lui, en recevant son coffret. Tous les éléments sont livrés et avec l’aide d’un livret et de vidéos, il construit son propre mouvement », explique la jeune femme à la formation d’ingénieur et aux expériences professionnelles passées dans de grandes maisons d’artisanat de luxe comme Cartier ou Hermès. Son incubation chez Innovact lui permet « de bénéficier d’accompagnement sur la structuration de l’entreprise, de ne pas être seul et de partager avec d’autres entrepreneurs, sur des problématiques semblables ».

Maison Alcée, après la validation finale des prototypes, élaborés avec le président du jury des Meilleurs Ouvriers de France ainsi que des professeurs de la prestigieuse école d’horlogerie de Morteau, dans le Jura, commercialisera sa pendulette « Percée » en septembre 2022. « On est sur du « do it yourself » de luxe, soutient Diane Barthélémy. Cette offre n’existait pas, il y a un marché à conquérir. Cela s’adresse aux passionnés, et si c’est une niche, la proposition est complètement viable, avec une vraie plus-value. »

43 Village by CA en France pour plus de poids

Cette plus-value est aussi le critère numéro 1 pour la deuxième étape d’accompagnement des start-up : l’accélération. Dans l’écosystème champardennais, c’est le Village by CA, implanté à Bezannes, qui « prend le relais » d’Innovact, une fois les start-up en phase d’accélération et conquête de marché. Ouverte en 2018, la structure soutenue par sept fondateurs - Le Crédit Agricole du Nord Est, Cristal Union, Ceresia, Taittinger, le groupe Courlancy, Plurial Novilia et Nacarat – a accueilli en quatre ans 40 start-up. « Nous accompagnons des entreprises en lien avec les secteurs des fondateurs, soit tout ce qui relève de l’agri-viti, des domaines de la santé, du tourisme, du luxe ou encore de l’habitat connecté », détaille Aurore Lecrocq, maire du village.

« Pour autant, nous avons aussi des start-up plus généralistes, dans le domaine de la data. » Tout comme Quest for Change, la force du Village by CA réside dans son réseau, qui s’appuie aujourd’hui sur 43 villages partout en France mais aussi au Luxembourg et en Italie. « La marque Village by CA a accompagné depuis sa création en 2014, plus de 1500 start-up, partout en France. » Faciliter et accélérer la mise en relation avec les partenaires fait partie de l’ADN de l’accélérateur. Ainsi, un incubé à Bordeaux trouvera des relais en Champagne s’il développe un projet dans le domaine viticole, pour conquérir un marché ailleurs que dans son implantation géographique. Approché par 20 start-up en 2020, le Village by CA de Bezannes a eu 39 demandes de soutien en 2021.

Une accélération de la demande

« Il y a eu une véritable accélération des demandes l’année dernière. Et si nous développons un certain nombre de partenariat, nous nous différencions par notre offre immobilière, unique dans la région », précise Aurore Lecrocq. En effet, le Village by CA loue plusieurs types de locaux, allant du petit bureau individuel de 12 m2 à des espaces plus importants pouvant accueillir 4 à 6 personnes. « Le choix dépend des projets. Sur les 6 start-up intégrées en 2021, toutes ont préféré de grands bureaux. »

L’avantage de la location des espaces dans le Village by CA pose évidemment la question de la transformation des pratiques, surtout en ce qui concerne les start-up. « Certaines structures ne misent que sur le télétravail, n’ayant pas de véritables besoins de locaux, et si elles le désirent, nous mettons aussi à disposition des espaces de réunion ou de co-working, réservables en ligne. » Ateliers, business contact, journées dédiées, font aussi partie de l’offre du Village by CA. Winalist, Monstock ou encore Initial Expertise font partie des start-up en phase d’accélération avancée. « Au total, depuis 2014, nationalement, c’est un milliard d’euros qui a été levé », se félicite la maire du Village.

Nastasia Desanti