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130e année

Tous les voyants au vert pour les fibres naturelles

Textile. Troyes a accueilli les acteurs de la filière pour faire le point sur les secteurs d’application toujours plus nombreux.

Tous les voyants au vert pour les fibres naturelles
Nathalie Delaloi, présidente régionale Grand Est et Cécile Taffin, présidente nationale de l’UNGE. (Crédit : L. Locurcio)

Va-t-on assister à une redistribution des cartes dans l’industrie textile ? Les premières Assises de la Maille, organisées à Troyes par le Pôle d’excellence de la Maille 4.03, (l’UIT Champagne-Ardenne et Business Sud Champagne) ont permis de faire le point sur les évolutions à venir grâce au témoignage et au partage d’expérience des industriels présents. « L’objectif de cette manifestation est de favoriser les échanges et le partage de bonnes pratiques », souligne Sylvia Maucort, déléguée générale de l’UIT Champagne-Ardenne. Le programme proposait notamment des tables rondes autour de thématiques d’actualité, comme la reconquête industrielle, l’industrie 4.0 et les stratégies RSE des entreprises textiles. En matière de relocalisation industrielle, « c’est aussi une réalité avec des nouvelles entreprises qui se créent et des start-up qui émergent, y compris sur des produits traditionnels comme le collant ou le chaussant », constate Christian Bricout, président de Compositex et membre du bureau de l’UIT Champagne-Ardenne. Une reconquête qui reste fragile d’autant que les avantages concurrentiels qui avaient conduit à la délocalisation ont plutôt tendance à se creuser. La hausse du prix de l’énergie, la limitation des ressources en eau viennent s’ajouter au coût de la main d’œuvre plus faible dans les pays à bas salaires.


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Les pouvoirs publics ont un double rôle à jouer tant en matière de commande publique que sur le plan de la réglementation, estime en substance Anaïs Voy Gillis, docteure en géographie et chercheuse universitaire spécialiste de la réindustrialisation en France. La stratégie RSE peut aussi être une carte à jouer pour la filière textile française, notamment sous l’effet de la loi Agec qui va imposer de nouvelles règles de traçabilité et de recyclabilité à partir du début 2023. Les étiquettes devront être très précises quant à l’origine et la nature des matières utilisées, à la recyclabilité du produit et son impact environnemental.

« Pour une marque haut et de gamme et premium, l’empreinte environnementale sera le premier indicateur clé pour le consommateur », prévient Patrick Vignal, responsable recherche et développement de Lacoste. Le consommateur, sensible aux aspects environnementaux, disposera de beaucoup plus d’informations rendues obligatoires sur les étiquettes. Les grandes marques ont déjà pris les devants.

Des objectifs affichés

« Notre objectif est d’être à 100 % de matières écoresponsables à l’horizon 2025 », indique Alice Bardet, leader produits RSE de Petit Bateau. Coton issu de l’agriculture biologique certifiée, sourcing proche, incorporation de fibres recyclées, éco-conception, durabilité, tout est bon pour réduire l’impact environnemental de l’activité textile. « Nous le constatons à travers les exigences environnementales bien plus importantes dans les cahiers des charges de nos clients », fait remarquer Bruno Nahan, PDG de Bugis, fabricant d’étoffes de maille à Troyes. Son entreprise développe les pratiques en matière de recyclabilité ou encore d’utilisation de teintures végétales avec son partenaire troyen Sotratex. Petit Bateau récupère aussi dans toutes ses boutiques les articles usagés de la marque et revend des articles de seconde main. Une pratique permise par la durabilité des produits. L’objectif est aussi de récupérer les fibres longues de coton dans les articles trop usés pour les recycler dans la fabrication de nouveaux fils.

La boucle est ainsi bouclée, diminuant le besoin de nouvelles matières. Lacoste a aussi fait l’inventaire de ses capacités de recyclage en vue de les mettre en œuvre. Des industriels qui continuent d’avoir une longueur d’avance dans un contexte de plus en plus contraint par les exigences environnementales, non seulement de la réglementation, mais aussi et surtout du consommateur.

Laurent Locurcio