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129e année

Tous les voyants au vert pour le biocarburant au colza

Agro-Industrie. Produit à l’usine Saipol du Mériot, dans l’Aube, il est désormais utilisé par de nombreux poids lourds ainsi que des locomotives.

Plusieurs milliers de poids lourds roulent déjà au colza en France.

Depuis le mois de juillet, des trains de marchandises transportent des huiles végétales depuis l’usine Saipol du Mériot, près de Nogent-sur-Seine et des sites de stockage situés à Dunkerque, dans le Nord, ainsi que Sotteville-lès- Rouen, en Seine-Maritime. Un parcours hebdomadaire de 1 500 km qui est une première en France puisque les locomotives empruntant ces lignes non-électrifiées roulent à l’Oléo 100, un biocarburant produit dans cette usine auboise de Saipol, filiale du groupe Avril, à partir du colza produit dans la région.

Il s’agit là d’un test qui sera mené pendant tout l’été, pour une durée de trois mois, par Europorte, la filiale de fret ferroviaire de Getlink. À la clé, un énorme débouché potentiel pour le biocarburant de colza, porté par ses performances environnementales. Ainsi, un simple aller-retour dans le cadre de ce test permet d’économiser 35 tonnes de CO2 pour une seule locomotive. Si l’expérimentation s’avère concluante, Europorte pourrait alors généraliser l’utilisation d’Oléo 100 dans ses locomotives en vue de réduire annuellement ses émissions de gaz à effet de serre de 2 500 tonnes au niveau du groupe.

Doublement en quelques mois

Mais il n’y a pas que sur les rails que le biocarburant au colza fait des merveilles. Depuis quelques mois, de plus en plus de transporteurs routiers, d’entreprises du BTP et d’autocaristes remplacent le gasoil par ce carburant vert utilisé pour des flottes captives. Ce type de biocarburant étant réservé, selon un décret ministériel de 2018, aux seules flottes captives de poids lourds. Dans cette optique, Oléo 100 installe des cuves connectées directement chez le transporteur et assure les livraisons de biocarburant. « En février dernier, nous comptions 200 professionnels à travers la France qui utilisaient l’Oléo 100 pour leurs flottes, et nous venons de franchir la barre des 400 utilisateurs en ce mois d’août », indique Marie Tournois, responsable marketing et communication pour Oléo 100.

Plusieurs milliers de poids lourds roulent déjà avec ce carburant et l’objectif visé de 15 000 camions à l’horizon 2023 sera probablement dépassé. Signe de l’engouement pour le carburant au colza, l’accord signé en début d’année entre le groupe Vivescia et Saipol. Dans ce cadre, Vivescia utilise l’Oléo 100 pour faire rouler les camions de l’agence Vivescia Transport de Bologne, en Haute-Marne, notamment pour acheminer le colza produit par les agriculteurs de la coopérative jusqu’à l’usine auboise du Mériot. En clair, utiliser un co-produit du colza pour transporter du colza.

« À la base, le colza sert avant tout à produire du tourteau pour l’alimentation végétale, ensuite des huiles pour l’alimentation humaine, et enfin des biocarburants », résume Marie Tournois. En substance, la production d’Oléo 100 permet de valoriser les 26 % de la graine qui ne servaient ni à la production de tourteaux, ni à la production d’huile alimentaire ou encore de glycérine végétale.

Pas plus cher que le gasoil

Le premier carburant 100 colza français à destination des flottes de poids lourds présente de solides avantages sur le plan environnemental, avec une réduction de 60 % des émissions de CO2, une baisse d’émissions de particules fines allant jusqu’à 100 % et une biodégradabilité totale. Cerise sur le gâteau, les moteurs des camions Euro 0 à Euro V, sont immédiatement compatibles avec l’Oléo 100, ceux classé Euro VI ne nécessitant qu’une modification minime.

L’an passé, un premier accord avec un constructeur, Renault Trucks, a permis d’aboutir à une offre commune d’autant qu’un avantage fiscal est accordé aux véhicules neufs « B 100 exclusifs », sous forme d’un dispositif de sur-amortissement de 140 à 160 %. Enfin, pour un transporteur, rouler au biocarburant de colza ne coûte pas plus cher que d’utiliser du gasoil dont le prix peut flamber selon les évolutions. En revanche, les bénéfices environnementaux sont bien présents, ainsi que la satisfaction de soutenir la filière agricole française.

Laurent Locurcio