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Terrasolis fête ses 10 ans et passe à la phase active

Énergie. Dix ans après sa création, l’association d’innovation agricole champenoise Terrasolis lance « Cyclorganic », démonstrateur territorial labellisé « France 2030 », passant ainsi d’une phase de recherche à une phase de démonstration concrète. Carole Leverrier, Directrice, esquisse les contours de cette nouvelle phase.

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Carole Leverrier
Carole Leverrier (Crédits : Terrasolis)

Pamb : Pour commencer, pouvez-vous rappeler ce qu’est Terrasolis ?

Carole Leverrier : Terrasolis est une association régionale et un pôle d’innovation spécialisé dans l’agriculture bas carbone. Sa raison d’être initiale est d’atteindre des objectifs de décarbonation de l’agriculture à l’horizon 2040 en travaillant sur différents leviers : agronomiques, financiers et organisationnels. Depuis le départ, tous nos travaux reposent sur une approche systémique. Nous travaillons à l’échelle des filières et des territoires, car nous savons que les objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne peuvent pas être atteints uniquement à l’échelle d’une exploitation agricole.

Pamb : Et concrètement, que fait-on sur ce site expérimental ?

Carole Leverrier : Nous exploitons une ferme expérimentale de 240 hectares où sont conduits des essais systèmes comme des rotations culturales sur dix ans, avec plusieurs leviers d’action ainsi que des expérimentations largement dédiées aux enjeux de décarbonation. Nous travaillons exclusivement sur les grandes cultures. Nous cherchons également à diversifier les cultures afin de produire à la fois de l’alimentation et de l’énergie. Cela s’inscrit pleinement dans une logique de bioéconomie.

Pamb : Il y a aussi un important parc photovoltaïque sur le site...

Carole Leverrier : Le site représente aujourd’hui 300 hectares. Nous avons cédé l’an dernier une cinquantaine d’hectares pour le projet des studios de cinéma, avec lesquels nous restons en lien. Sur les 300 hectares restants, 240 sont consacrés à la ferme expérimentale. Le reste comprend notamment les anciennes pistes aéronautiques et plusieurs bâtiments. L’enjeu est de valoriser au mieux ces espaces. Le partenariat conclu avec TotalEnergies il y a quelques années répond justement à cet objectif de valorisation du site et contribue à lui assurer un équilibre économique. En dix ans, nous avons franchi un cap important. Nous sommes passés de projets essentiellement centrés sur la recherche et développement agronomique à la construction d’un véritable projet de territoire.

Pamb : Comme le projet Cyclorganic que vous lancez aujourd’hui ?

Carole Leverrier : Oui, tout à fait. Ce projet constitue la concrétisation de l’ensemble des travaux menés depuis l’origine. Nous avions déjà des expérimentations sur la ferme, mais également des projets à l’échelle régionale. On peut notamment citer le programme Carbon Think, qui a permis d’identifier pendant trois ans les principaux leviers de décarbonation (les pratiques culturales, l’optimisation des apports, la réduction des intrants, les formes d’engrais utilisées ou encore le stockage du carbone dans les sols) sur une centaine d’exploitations du Grand Est.

Le projet Cyclorganic est structuré autour de plusieurs axes : systèmes de culture, filière gaz et régénération des sols. C’est un projet systémique qui ne se limite pas à la production agricole. Nous travaillons sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production agricole bas carbone jusqu’à la valorisation des usages. Nous développons notamment toute une réflexion autour des gaz verts avec des entreprises partenaires. Cette approche permet d’impliquer l’ensemble des acteurs d’un territoire et d’une filière. C’est l’esprit qui anime Terrasolis depuis sa création.

Pamb : 10 M€ sont apportés par la Banque des Territoires et la Région Grand Est. À quoi servent concrètement ces financements ?

Carole Leverrier : Le projet représente un investissement global de 19 millions d’euros. Il bénéficie d’un soutien public de 10 millions d’euros, dont un peu plus de 8 millions apportés par la Banque des Territoires et le complément par la Région Grand Est. Ces financements sont répartis entre les vingt partenaires du projet. Ils soutiennent aussi bien la recherche agronomique que la recherche académique. Nous travaillons notamment avec l’Université de Reims Champagne-Ardenne, l’INRAE, l’Université de Lorraine ou encore l’ENSAIA. Les travaux portent sur les analyses de cycle de vie, les indicateurs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les questions environnementales ou encore la gestion des flux de biomasse à l’échelle territoriale.