TerraGrow : data et IA au service de la rentabilité agricole
Start-up. TerraGrow, portée par trois associés dont Charles Terrey, promet de révolutionner la gestion des exploitations agricoles.
Le matin, Charles Terrey jongle avec l’IA et le développement informatique au Village by CA, l’après-midi, il chausse les bottes pour aller préparer les semis des betteraves. Le jeune homme, formé à l’institut polytechnique UniLaSalle comme ingénieur agronome et à HEC Paris, « pour acquérir une double compétence, surtout en entrepreneuriat et en deep tech », s’inspire de son vécu d’agriculteur pour mettre au point un outil venant simplifier la gestion d’une exploitation. Car selon lui, « l’avenir de l’agriculture ne passe pas par les diverses aides – dont celles de la PAC – mais sur la bonne gestion des exploitations et une capacité à dégager de la rentabilité ». L’affaire n’est pas mince. Entre les contraintes réglementaires, la concurrence internationale, la volatilité des cours des céréales, les aléas climatiques et les événements géopolitiques, les exploitations agricoles sont soumises à de très nombreuses incertitudes. Pour connaître les attentes de la profession, Charles Terrey et ses associés mènent donc une grande étude de marché auprès de 400 agriculteurs afin de cerner leurs besoins. « Deux problématiques principales se sont dégagées : la première, c’était le temps consacré à l’administratif, vécu comme une perte de temps et de valeur. La deuxième, c’était vraiment le manque de visibilité avec une complexité à anticiper les différents facteurs qui influencent sur la rentabilité et comment dégager du revenu. »
À destination des experts comptables
Avec son équipe, il réunit ainsi ces deux problématiques afin de créer, en 2024, TerraGrow. « Cet outil permet aux experts comptables et aux différents conseillers de l’agriculteur de l’accompagner dans sa stratégie. Le logiciel agrège toutes les données : données parcellaires, de facturation, bancaires, comptables et données de traçabilité. À partir de cela, nous sommes en capacité de générer des prévisions de trésorerie sur les prochains mois, un prévisionnel de résultats allant du chiffre d’affaires jusqu’à l’EBE, mais aussi plus globalement, un prévisionnel de stratégie sur 10, 15 ou 20 ans », explique Charles Terrey. Si le logiciel, « ne prédit pas l’avenir », en revanche, il intervient comme une aide dans les décisions stratégiques. Très concrètement, si un conseiller voit une actualité et anticipe une hausse du gasoil et des engrais, le lendemain il peut faire tourner une simulation des augmentations de prix et, grâce à TerraGrow, afficher toutes les exploitations qui peuvent apparaître en difficulté à 6, 12 ou 18 mois. Ensuite, il « oriente l’agriculteur dans ses choix ». La plateforme se matérialise aussi par une interface côté agriculteur, qui lui permet de connaître tous ses chiffres et de demander des simulations : achat d’un tracteur, embauche, etc. Il obtient un prévisionnel plusieurs années, automatiquement et sans saisie. « C’est un outil partagé entre l’agriculteur et son conseil financier ou technico-économique. On relie toujours la technique à l’économique. L’agriculteur a tellement de choses à faire qu’il ne peut pas analyser tous les angles morts. Le conseiller, lui, a une vision globale du portefeuille et peut situer chaque exploitation. » TerraGrow s’adresse ainsi tous types d’exploitations : agriculture, viticulture, maraîchage, polyculture élevage, mais aussi aux coopératives, qui cherchent à développer du conseil à 360°.
La start up ne vise que des cabinets d’expertise comptable ayant un portefeuille client important. « Aujourd’hui, on a signé avec cinq cabinets comptables. Le plus important suit 4 500 agriculteurs, le deuxième 3 500. On cible des portefeuilles d’au moins 500 exploitations pour se déployer rapidement et nous visons 40 à 50 cabinets intégrés d’ici la fin de l’année. » TerraGrow emploie aujourd’hui 11 temps plein, majoritairement des développeurs et bénéficie de soutiens tels que 50 Partners (programmes d’accompagnement sur mesure pour les startups de la Tech avec mobilisation d’un écosystème composé d’investisseurs, de grands groupes, et d’experts), Bpifrance, la Région Grand Est et La Ferme digitale. « À moyen terme, l’ambition est de modéliser des chocs macroéconomiques à l’échelle d’un territoire. Avec plusieurs milliers d’exploitations, on pourra estimer la résilience d’un territoire en cas de crise. Cela pourrait intéresser les pouvoirs publics et les acteurs économiques, avec un horizon autour de 2027 », annonce aussi Charles Terrey.