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129e année

Téréos valorise la luzerne pour la nutrition animale

Industrie. La coopérative Téréos, qui rassemble 12 000 associés coopérateurs sur 48 sites industriels dans 18 pays, valorise chaque année 11 000 ha de luzerne pour la nutrition animale. Cette luzerne est transformée en pellets, sur 4 sites industriels champardennais. 145 000 tonnes en sortent chaque année.

Le site de Connantre de Téréos est au centre de son écosystème. Il transforme 2,8 millions de tonnes de betteraves chaque année, correspondant à 33 000 hectares récoltés.

Historiquement, la France est le principal producteur de luzerne européen, avec plus de 66 000 hectares, dont 80% en Champagne Ardenne. Téréos valorise pour sa part 11 000 hectares de luzerne pour un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros par an. Quatre sites industriels transforment cette luzerne : Pleurs, Allemanche, Aulnayaux-Planches et Montépreux. Tous se trouvent à quelques kilomètres du site de Connantre, spécialisé dans le traitement de la pulpe de betteraves sucrière.

Ces quatre sites de déshydratation produisent 147 000 tonnes de pellets de luzerne ainsi que 100 000 tonnes de granulés de pulpe, tous deux destinés à la nutrition animale. « Quand on est déshydrateur, on fonctionne avec le sucrier voisin », explique Brice Bijot, membre du Conseil de Surveillance de Téréos. 760 coopérateurs se partagent la production. « Nous faisons vivre des territoires très agricoles où il n’y a pas d’usines », estime celui qui est aussi Président de la Commission luzerne.

La luzerne capte 20% de l’azote de l’air

Sur cette parcelle, la luzerne est laissée dans le champ quelques temps après sa moisson (une après-midi à plusieurs jours selon les conditions météorologiques) afin de sécher naturellement. De 20% de Matière Sèche dans la plante sur pieds, elle passe à 41% de MS avant d’entrer dans l’usine.

Depuis quelques années, la production de luzerne est en forte hausse, celle plante bénéficiant de nombreux atouts : facile à cultiver, elle est plantée pour trois années sur lesquelles on peut réaliser jusqu’à quatre coupes différentes. De plus, cette dernière « renforce la structuration des sols, fournit un azote naturel et ne nécessite pas d’irrigation particulière », détaille Florent Feige, directeur des opérations Téréos nutrition animale.

La luzerne possède aussi une attractivité écologique, elle est refuge pour la faune et la flore et a été déclarée SIE (surface d’intérêt écologique). « La luzerne capte 20% de l’azote de l’air », précise Florent Feige. « C’est une plante qui sait se maintenir grâce à son système racinaire et qui est une des principales variétés utilisées pour dépolluer les sols et les captages d’eau, agissant sur une baisse significative des concentrations en nitrates. »

4,6 tonnes de matières sèches par hectare récolté

Concernant la nutrition animale, les pellets sont facilement stockables et transportables puisqu’ils sont composés à 90% de matière sèche et à 10% d’eau. Le mois de mars est primordial sur le développement végétatif de la plante. En moyenne, lors de la première coupe, qui est le plus gros rendement de la campagne, 4,6 tonnes de matières sèches par hectare sont récoltées, 4,2 tonnes lors de la deuxième coupe, puis 2,6 pour la troisième coupe et enfin 1,3 tonne pour la dernière. Cette année, en revanche, il semblerait que la quatrième coupe ne pourra pas avoir lieu, en raison des conditions climatiques de juin et juillet qui ont retardé d’un mois le début de la campagne.

Philippe Laurent (à droite) cultive 26 ha de luzerne. L’avantage de cette culture pour lui est qu’elle ne se désherbe qu’une seule fois par an, en hiver. Elle permet une meilleure structuration du sol. Une fois la luzerne récoltée, des perchoirs à oiseaux sont installés afin de réduire naturellement l’impact des mulots sur les cultures.

« On arrivera à la quatrième coupe aux alentours du 25 septembre, ce sera sans doute trop tard, la luzerne n’aura pas assez repoussé et il fera trop froid », prédit Brice Bijot. Pour élaborer ses pellets, Téréos dispose de deux voies différentes : l’une sèche et l’autre humide, pour fabriquer différentes sortes de produits aux vertus complémentaires. Le site d’Aulnayaux- Planches, est l’une des deux seules usines en France à accueillir une voie humide (en plus de sa voie sèche).

« La voie humide est utilisée pour produire les extraits concentrés de luzerne (ECL) aux forts taux de protéines (50%) avec comme débouchés la nourriture animale ou la coloration alimentaire pour les jaunes d’oeufs ou la chair de poulet. La voie sèche produit quant à elle les granules standards, avec un taux moindre de protéines (16 à 23%) mais des fibres et des minéraux, pour la nourriture des bovins, ovins, chevaux. » Au total, la voie sèche d’Aulnay produit 54 000 tonnes de pellets et 3 500 tonnes d’ECL.

« L’objectif est de remplacer l’énergie fossile à hauteur de 30% fin 2021 puis 70% fin 2023. »

Contrairement à d’autres parcelles, celle-ci est récoltée directement, pour la filière humide, sans être séchée au préalable au sol. Broyée, puis pressée, elle sera transformée en Extrait Concentré de Luzerne (ECL) et en granulés à forts apports protéiniques.

Des chiffres conséquents qui placent Téréos comme acteur de la nutrition animale, en plus de son activité principale de transformation de betteraves. Et si la plante est plutôt écologique, sa transformation doit aussi s’adapter aux exigences environnementales. C’est pourquoi Téréos a entamé un plan de réduction de CO2 sur son site de Pleurs en testant l’installation d’un injecteur de biomasse, mis en route en mai 2021.

« L’installation est placée sur le côté et injecte des plaquettes de bois, dont une partie est produite dans la région », développe Florent Feige. Téréos a pu investir dans cette installation grâce à la subvention octroyée par l’État dans le plan France relance. « L’objectif est de remplacer l’énergie fossile à hauteur de 30% fin 2021 puis 70% fin 2023. » Téréos a déboursé 1 million d’euros pour cette nouvelle installation.

Une fois récoltée et déchargée sur le site de l’usine d’Aulnay-aux-Planches, la luzerne fraîche n’est pas laissée plus de 5 heures “sur le carreau” pour être ensuite transformée.
Nastasia Desanti