Tereos raccourcit d’un mois en moyenne sa campagne betteravière
Agriculture. Sécheresse prolongée et canicules à répétition ont fait décrocher les rendements de plus de 20 % par rapport à 2025. Face à une récolte annoncée parmi les plus faibles depuis près de quarante ans, la coopérative Tereos décale le démarrage de ses sucreries et ramène la durée de campagne à 100 jours en moyenne, contre 130 l’an dernier.
Jusqu’à la mi-juin, la campagne betteravière 2026-2027 s’annonçait sous les meilleurs auspices. Les semis s’étaient déroulés dans de bonnes conditions et plus de la moitié des surfaces étaient couvertes dès le début du mois. La suite a tout changé. La conjonction d’une sécheresse prolongée, d’un déficit pluviométrique généralisé et de fortes chaleurs a freiné le développement des cultures.
Les derniers prélèvements réalisés par les équipes agricoles de la coopérative, le 17 août, chiffrent le décrochage. Les rendements accusent un retrait de plus de 20 % par rapport à la campagne précédente et de 15 % sur la moyenne des cinq dernières années. La situation reste très hétérogène, avec des pertes qui atteignent 50 à 60 % sur certains territoires. La situation reste très hétérogène selon les territoires, avec des écarts notamment entre les bassins du Nord et de la Picardie Est et ceux de Picardie Ouest, de Champagne, de Seine-et-Marne ou les zones non irriguées du sud.
Tereos décale le démarrage de ses sucreries
Face à ce contexte inédit, Tereos a revu son organisation industrielle. Elle reporte les dates de démarrage de ses usines afin de récolter au moment le plus favorable, ajuste la durée des campagnes bassin par bassin et diminue les cadences dans certaines sucreries pour s’adapter à la qualité des betteraves et traiter l’ensemble de la récolte. Le mix de production est lui aussi révisé, avec une priorité donnée au sucre. La proximité de ses huit usines avec les exploitations lui donne la souplesse nécessaire pour arbitrer site par site.
« Les rendements seront en baisse en raison de la sécheresse, des épisodes de canicule à répétition et en conséquence de l’état des betteraves. Face à cette situation inédite, nous sommes mobilisés pour trouver l’organisation qui permette d’optimiser la récolte », déclare David Sergent, directeur agricole de Tereos. Les éleveurs coopérateurs devront pour leur part composer avec un approvisionnement en pulpes en diminution.
Une remontée des cours qui s’amorce
L’épisode ne se limite pas à la France. Selon Tereos, la production européenne 2026-2027 pourrait ainsi être la plus faible depuis la campagne 1988-1989, ce qui commence à se lire sur les marchés après deux années de forte érosion des prix. « Nous constatons aujourd’hui les premiers signes d’une hausse des prix de vente, qui devrait permettre au secteur de retrouver un niveau de performance plus équilibré », souligne Pierre Henri Dietz, directeur commerce du groupe. La réduction attendue des stocks et la hausse des cours mondiaux devraient, selon lui, soutenir durablement ce redressement. Reste que la tension pourrait dépasser la seule campagne à venir.
Les surfaces betteravières reculent depuis trois ans en France comme en Europe, et les agriculteurs disposent de peu de moyens de production pour s’adapter au changement climatique. Pour la coopérative, qui rassemble 10 300 coopérateurs, l’épisode plaide en faveur des investissements engagés dans la performance industrielle et l’accompagnement agronomique.