TEAL Mobility fait de l’hydrogène une réalité près de Reims, sur l’A4
Transport. Le choix d’implanter cette station sur l’autoroute A4, entre Reims et Châlons-en-Champagne, ne doit rien au hasard, tant elle se situe sur un axe important à l’échelle européenne, au croisement des liaisons entre la France, l’Allemagne et le Benelux.
La station hydrogène de l’aire d’autoroute Reims Champagne Nord a ouvert ses pompes aux poids lourds depuis quelques semaines déjà. Mise en place et gérée par l’entreprise TEAL Mobility (coentreprise fondée par TotalEnergies et Air Liquide) est la première station autoroutière en France conçue pour les poids lourds.
« La mobilité hydrogène n’est plus une promesse mais une réalité », souligne Florentin de Loppinot. Pour le président de TEAL Mobility, il s’agit de développer dès aujourd’hui l’usage de l’hydrogène grâce à cette station vitrine. Car si l’utilisation de cette solution est encore confidentielle dans le secteur du poids lourd (comme dans celui de l’automobile d’ailleurs), l’entreprise veut faire connaître son existence et surtout faire en sorte que l’accessibilité au produit ne soit pas un obstacle. Car aujourd’hui, l’hydrogène n’est pas encore une évidence pour les transporteurs qui, outre la disponibilité de ce carburant neutre en CO2, sont freinés par les coûts du matériel et de son ravitaillement. En effet, alors qu’un véhicule poids lourd diesel neuf coûte aujourd’hui moins de 150 000 euros, un modèle électrique avoisine les 300 000 euros quand une motorisation à hydrogène coûte entre 500 000 et 700 000 euros. Pour Pascal Robert, président de la FNTR(Fédération nationale des transports routiers) de la Marne, malgré ces nets écarts, la question mérite d’être posée. « L’hydrogène est une solution en devenir », assure-t-il. « Aujourd’hui, la technologie est intéressante mais c’est le prix qui freine les professionnels. Si vous voulez vous engager sur une telle mobilité, il faut avoir des contrats en béton avec les chargeurs pour pouvoir assumer l’investissement ».
Décarboner les flux logistiques
Les chargeurs, en effet, sont les clients des transporteurs, ceux à qui le coût peut être répercuté. C’est de leur côté que les évolutions seront possibles. Et Florentin de Loppinot se veut optimiste à ce sujet. « Avec l’hydrogène, on est capable de décarboner certains flux logistiques. Je pense notamment à certains acteurs des vins et spiritueux par exemple qui seraient en mesure d’accompagner ces démarches. Cela répond aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance, NDLR) et quand vous faites transporter des denrées qui ont une certaine valeur comme le champagne, le parfum, de la maroquinerie, du tabac… payer un certain surcoût pour être vertueux n’est pas un problème », avance-t-il.
D’ailleurs, le choix d’implanter cette station sur cette aire d’autoroute de l’A4, ne doit rien au hasard, tant elle se situe sur un axe important à l’échelle internationale. « Cette station joue un rôle stratégique pour le développement de la mobilité lourde décarbonée. Située sur un axe logistique majeur, elle facilite les liaisons entre la France, l’Allemagne et le Benelux, contribuant à l’émergence de corridors européens bas carbone », ajoute Florentin de Loppinot. « Notre idée c’est de créer un coeur de réseau ». En effet, la station est située sur un axe logistique majeur du Grand Est et permet de renforcer les infrastructures du Réseau TransEuropéen de Transport RTET et répond aux exigences du règlement européen AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation).
Ouverte 24/24 et 7j/7, dimensionnée pour répondre aussi bien aux besoins des véhicules lourds qu’à ceux des véhicules légers, grâce à des équipements délivrant de l’hydrogène à 350 bar et 700 bar, la station répond aux exigences du transport lourd et longue distance avec une capacité journalière de 1 tonne. Les deux pistes permettent de ravitailler jusqu’à 6 véhicules par heure pour des recharges de 12 minutes en moyenne (débit de 60 g/s) et 40 kg par plein.
L’ouverture de cette station renforce le maillage des infrastructures hydrogène opérées par TEAL Mobility en France, aux côtés des stations déjà en service à Paris Ouest et Marseille-Fos. Elle s’inscrit également dans le développement d’un réseau européen : depuis 2025, TEAL compte 17 stations réparties dans cinq pays européens : France, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et Allemagne.
En 2026, 5 nouveaux projets, stratégiquement situés à proximité des grands ports et des villes clés, devraient renforcer la couverture des hubs logistiques européens, à Mulhouse, ainsi qu’à Duisbourg, Anvers, Rotterdam et Berlin.