Stellantis, Janus et France Travail : un partenariat gagnant pour l’insertion
Emploi. Janus Intérim, agence de travail temporaire d’insertion, France Travail et Stellantis signent depuis 2023, dans les Ardennes, une opération inédite : intégrer une population allophone dans le monde du travail grâce à un partenariat au succès reconduit chaque année.
C’est une initiative 100 % ardennaise, née d’une synergie collective entre une entreprise du territoire, Stellantis, 1er employeur privé des Ardennes avec plus de 2 200 salariés, l’agence de travail temporaire Janus, entreprise d’insertion du groupe Vitamine T, et les services de France Travail. L’objectif ? Transformer les difficultés de recrutement dans l’industrie en une opportunité d’insertion pour un public spécifique : les étrangers primo-arrivants, en les accompagnant vers un premier emploi.
« Au sein de France Travail, notre mission consiste à favoriser l’accès à l’emploi et à faciliter le recrutement des candidats. Mais nous savons que l’insertion professionnelle durable nécessite parfois de mettre en place des dispositifs nouveaux, ancrés dans les réalités locales », explique Laurent Lambert, adjoint au Directeur départemental de France Travail Ardennes.
Sylvie Roguin, DRH du site Stellantis de Charleville-Mézières, a contribué à mettre en oeuvre cette opération inédite. « Nous avons constitué le premier groupe en 2023, avec dix personnes. Ce sont des programmes qui demandent un peu de temps en amont, notamment pour le recrutement et la sélection des candidats car il faut s’assurer que les personnes sont prêtes à travailler dans un environnement industriel. Diversité et inclusion ne doivent pas être que des mots mais aussi des actes. Et chez Stellantis, cela s’exprime par la cohabitation et le travail ensemble de 35 nationalités différentes. »
Car si ce dispositif a été initié dans les Ardennes, ce n’est pas un hasard. Il répond à une double urgence : la première, économique. « Les entreprises ont besoin de candidats pour pourvoir certains postes de production, mais elles peinent parfois à les recruter. Et lorsqu’elles trouvent des personnes, celles-ci ne restent pas toujours longtemps », indique Laurent Lambert. La seconde, sociale. « Le Réseau pour l’emploi, dont nous faisons partie, doit impérativement ouvrir des voies d’insertion aux publics qui en ont besoin. Il s’agit d’une responsabilité morale, mais également d’une priorité portée par les pouvoirs publics. La circulaire Retailleau, publiée en 2025, insiste notamment sur la nécessité de renforcer les actions en faveur de l’insertion. »
Coordonner les actions
Cette circulaire demande en effet aux préfets, à France Travail et à l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) de coordonner leurs actions. « En Champagne-Ardenne, 1 508 étrangers primo-arrivants, dont environ 600 dans les Ardennes, sont mis en contact avec France Travail. Lorsque les données sont transférées, nous disposons de nombreux éléments qui nous permettent de mieux comprendre les parcours de chacun, les pays d’origine mais aussi les aspirations, une fois arrivés en France, ainsi que les formes de médiation à mettre en place avec nos partenaires », précise Stéphane Darmas, Directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Reims.
Ces parcours, quelques salariés de Stellantis, arrivés en France pour certains il y a moins de trois ans, ont accepté de les livrer. Ils viennent d’Éthiopie, d’Algérie ou encore d’Ukraine. Tous soulignent la ferme volonté de s’ancrer dans leur nouveau pays. Et c’est dans un français presque parfait que Sofia, arrivée en France après le début de la guerre en Ukraine, livre vouloir « participer activement à la vie économique française ». Avec son mari, qui lui aussi fait partie du programme depuis deux ans, elle confie, émue, avoir « créé de nouveaux liens et trouvé peu à peu leur place dans un nouveau pays ».
Une détermination saluée par les chefs d’équipes de l’entreprise, eux aussi venus apporter leur témoignage, à l’image de Tiffany. « La communication peut parfois être difficile en raison de la barrière de la langue, mais nous trouvons généralement assez rapidement des moyens de nous comprendre », explique-t-elle, préférant souvent à la parole, les gestes : « La méthode la plus efficace reste souvent la démonstration. Nous montrons concrètement à l’opérateur comment travailler à son poste et quels équipements il doit porter. Nous utilisons des mots simples et des gestes pour nous faire comprendre. »
Concrètement, le parcours se divise en plusieurs temps : un premier recrutement est effectué après des entretiens tripartites, puis la personne intègre une période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP) où ses compétences actives sont révélées, elle bénéficie ensuite d’un tuteur qui l’accompagne avant de signer un contrat d’insertion avec Janus. En parallèle, un accompagnement sur mesure, notamment à travers des cours de français dispensés avec l’association J’SPR 08, vient renforcer le dispositif.
« Cette initiative a vocation à être portée par d’autres responsables des ressources humaines dans d’autres entreprises, en les encourageant à ouvrir davantage leurs entreprises aux publics allophones », souhaite Jonathan Malbranque, Directeur Interim et Compétences au sein du groupe Vitamine T. « Derrière chaque contrat de travail, il y a plus qu’un emploi, c’est un quotidien qui se stabilise », rappelle Elvira Viot, responsable de l’agence Janus de Charleville-Mézières. Une dynamique qui se poursuivra dès novembre, avec le lancement d’une nouvelle action destinée à accompagner douze personnes supplémentaires.
Depuis 2023, les résultats témoignent de l’efficacité du dispositif : 33 parcours ont été engagés, dont 91 % ont dépassé les trois mois de contrat et 75 % les douze mois. Aujourd’hui, 64 % des bénéficiaires sont toujours en poste. À la clé également, six CDI signés, ainsi que trois CDD et contrats de professionnalisation. Fort de ce bilan particulièrement encourageant, cette réussite ardennaise a désormais vocation à essaimer dans d’autres départements…