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Sociétés à mission : transformer les valeurs en engagements concrets

RSE. Créée en 2018, la Communauté des entreprises à mission (CEM) fédère des organisations, dirigeants mais aussi des experts et des chercheurs souhaitant faire de ce modèle, un levier de transformation économique, sociale et environnementale. Dans la Marne, 21 entreprises à mission sont référencées et 73 le sont dans le Grand Est.

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CEM
Une entreprise à mission doit mettre en place un comité ou un référent chargé de veiller à ce que l’entreprise respecte sa mission et ses engagements ont expliqué les intervenants. (Crédits : ND)

Comment différencier son entreprise et inscrire ses valeurs dans son « ADN » et auprès de ses clients ? S’il existe de nombreux labels RSE, se déclarer comme « société à mission » permet de se distinguer mais implique également de se positionner précisément sur ses engagements et d’obéir à des objectifs bien définis. Surtout, ce statut oblige à établir « une raison d’être » qui définira l’entreprise pour ce qu’elle est.

La loi PACTE promulguée en 2019 et relative à la transformation et la croissance des entreprises pose un cadre juridique aux fortes actions menées en la matière. « Depuis la création de la Communauté des entreprises à mission (Cem), leur nombre croît à un rythme stable. Ainsi, au niveau national, elles sont 2 561, dont 73 dans le Grand Est et 21 dans la Marne. Entreprises de toutes tailles, elles représentent aussi plus d’un million de salariés en France », fait savoir Karine Lecomte, ambassadrice de la CEM pour le Grand Est et à la tête du cabinet de conseil Amalthée, lui-même société à mission. Localement, on peut citer le groupe Frey ou Transdev Reims pour les ETI mais également SAMM Trading, Champagne Palmer, Initial Expertise ou encore le cabinet d’expertise comptable Gohiez & Associés pour les PME et TPE. « Pour les entreprises, être société à mission constitue un véritable atout. C’est également un élément essentiel dans les relations avec les partenaires et les clients, qui demanderont de plus en plus aux entreprises de démontrer que les valeurs qu’elles affichent sont effectivement mises en pratique », insiste Fabrice Rosset, vice-président du Développement économique au Grand Reims.

Un cadre commun

Pour devenir « entreprise à mission », la première étape – incontournable – consiste à établir une raison d’être, une définition qui peut prendre du temps.

« En 2021, nous avons décidé de créer un cabinet qui nous ressemble, fondé sur nos propres valeurs. Nous n’avons pas inscrit immédiatement la qualité de société à mission dans nos statuts, car il fallait d’abord assurer la viabilité économique de l’entreprise. Une fois cet équilibre atteint, nous avons considéré que le moment était venu d’inscrire officiellement ce que nous faisions déjà au quotidien », révèle Florian Gohiez, co-fondateur de Gohiez Associés. « L’une de nos valeurs consiste à accompagner les acteurs locaux qui participent au développement du territoire. Concrètement, aujourd’hui, 75 % de notre clientèle est constituée de viticulteurs. Ce n’était pas un objectif fixé dès le départ, mais cela correspond naturellement à nos convictions et à notre attachement à cette filière. Près de 20 % de nos clients appartiennent au secteur de l’immobilier. Les 5 % restants concernent des entreprises qui gravitent autour de ces métiers. »

Pour Transdev Grand Reims, être société à mission offre un cadre commun qui permet de partager ses engagements, de mieux les porter collectivement et de mieux les valoriser. « Ce qui a été particulièrement important pour nous, c’est de traduire concrètement la transformation du réseau de transport, qui, en 2024, a connu une profonde évolution en passant de seize communes desservies à l’ensemble des 143 communes », indique Leila Garnier, Directrice générale de Transdev Grand Reims. « La première étape a ainsi consisté à comprendre le projet de territoire et les ambitions politiques qui le sous-tendaient. » La seconde étape a consisté à « embarquer les collaborateurs en réaffirmant notre mission de service public et en redonnant de la fierté », souligne-t-elle.

Une réelle ambition

Pour le Champagne Palmer & Co, c’est le partage de projet avec les équipes qui a été au centre de la démarche. « Nous nous sommes posés une question simple : comment faire en sorte que le Palmer d’aujourd’hui reste le Palmer de demain ? » explique Laura Somaini Responsable RSE chez le Champagne Palmer & Co. « Notre raison d’être est de produire des vins de grande qualité, de les commercialiser et de valoriser durablement les raisins apportés par nos coopérateurs. À travers nos objectifs statutaires, nous avons également souhaité répondre aux attentes de nos principales parties prenantes : nos salariés, nos coopérateurs, nos clients et nos partenaires. Cette réflexion nous a conduits à nous interroger sur des sujets tels que le bien-être au travail, l’engagement des coopérateurs ou encore leur implication dans la démarche. »

Au quotidien, les entreprises affirment qu’être société à mission leur a permis de mettre en musique des engagements qu’elles portaient souvent en elles auparavant mais que cela les a poussées à faire évoluer leur process ou même leurs achats. Elles jouent aussi un rôle de premier plan dans la construction de leur marque employeur. « Certaines décisions peuvent représenter un coût supplémentaire. Par exemple, lorsqu’on privilégie certains fournisseurs ou certaines solutions plus responsables, elles sont parfois plus coûteuses car elles reposent sur des procédés plus techniques ou des matériaux de meilleure qualité », défend Sabrina Panneau, Responsable Achats et approvisionnement chez Champagne Palmer & Co. « À court terme, cela représente un investissement plus important. En revanche, si l’on raisonne dans la durée, ce sont de bons investissements. On le constate notamment sur les projets liés au bien-être au travail. Ce sont des dépenses que nous n’aurions peut-être pas engagées auparavant, mais qui, aujourd’hui, ont du sens dans notre démarche. »