Entreprises

Samuel Deglaire : « Tous les segments de marché souffrent »

Bâtiment. L’assemblée générale de la Fédération ardennaise du BTP a donné l’occasion à son président de faire un tour d’horizon morose sur l’activité qui compte encore 3 124 salariés malgré une érosion importante des effectifs.

Lecture 6 min
Photo de Samuel Deglaire
Samuel Deglaire a fait état d’une conjoncture morose pour le BTP ardennais. (Crédits : PR)

Samuel Deglaire, Président de la Fédération du BTP des Ardennes, aborde, avec gravité, trois sujets essentiels : l’activité du secteur, le besoin de stabilité et de volontarisme des pouvoirs publics et la place de la construction et de la rénovation. S’agissant de la conjoncture générale, la phrase qui revient le plus dans le métier est : « Je me bats chaque jour pour trouver du travail. » Preuve que le volontarisme des entrepreneurs est le plus souvent mis à l’épreuve « parce que tous les segments de marché souffrent : le neuf comme la rénovation, les marchés privés comme les marchés publics et le logement comme les locaux professionnels ».

Un permis de construire sur deux n’aboutit pas à chantier

Sur le logement neuf, la FFB estime qu’un rythme de création de 380 000 logements par an est nécessaire là où, en 2025, seuls 283 000 chantiers de logements ont débuté. « Certes, les permis de construire étaient repartis à la hausse sur le territoire (700 logements par an). Mais, aujourd’hui, seulement un permis de construire sur deux se concrétise. Les chantiers se font attendre. Sur le terrain, il y a trop peu de réalisations : 350 logements par an, cela constitue un phénomène inquiétant », regrette Samuel Deglaire. S’agissant du non-résidentiel neuf, des investissements faibles sont déplorés dans les bâtiments industriels.

S’il faut saluer le volontarisme de certaines collectivités au niveau des marchés publics, la période post-municipale a en revanche débouché sur l’annulation de projets par de nouvelles équipes. « Le niveau de la commande publique des collectivités locales dans les Ardennes demeure d’ailleurs structurellement beaucoup plus faible qu’au niveau national, de l’ordre de 150 € en moins, par an et par habitant », assure Samuel Deglaire. Enfin, la rénovation énergétique, marché essentiel dans les Ardennes, subit des hauts et des bas. « Les causes sont connues : un système incroyablement complexe qui change plusieurs fois par an, des délais de traitement et de versement des aides bien trop longs et un guichet fermé deux fois en six mois, en juin 2025 puis janvier 2026. Résultat : alors que les besoins sont immenses, l’activité se contracte de 2,5 % et l’opinion des entreprises sur leur activité en rénovation/entretien est la plus basse depuis dix ans. » Dans certaines zones, des délais de traitement dépassent les 12 mois, ce qui a amené la fédération à intervenir auprès de l’ANAH ou d’Ardenne Métropole pour accélérer les dossiers des adhérents.

D’autant que beaucoup d’entreprises, déjà fragiles, connaissent des problèmes de trésorerie en raison aussi de la réduction des carnets de commande et de la hausse des impayés.

Les entreprises ont besoin de stabilité

Deuxième sujet critique : le comportement des éco-organismes qui bafouent l’autorité du ministre dans la récupération des déchets et qui imposent des hausses sur certains matériaux. « Quelques fournisseurs ne reprennent plus certains déchets parce que le financement n’est pas à la hauteur. Et comme le système ne rémunère pas assez ses acteurs, les entreprises sont les victimes », déplore le président départemental de la fédération.

Mêmes atermoiements sur la ZAN et le DPE, la fiscalité ou les subventions aux collectivités locales, en forte diminution. Les entreprises ont besoin de stabilité. « Alors que nos clients voient à 20 ans, l’État semble gérer constamment dans l’urgence. Nous demandons que les engagements pris soient tenus. Car dans le BTP, les investissements, les recrutements, les formations et les transmissions d’entreprises se préparent sur plusieurs années. » Samuel Deglaire a aussi regretté que, dans les Ardennes, l’État ne soit pas plus attentif à certaines demandes. Comme celle dénonçant des entreprises déloyales ou lorsque « nous militons pour la création d’un observatoire de la commande publique ».

1 876 emplois perdus depuis 2008

Enfin, Concernant la place de la construction et de la rénovation, la FFB ne cesse de proclamer que « ce sont des solutions aux défis de notre époque. Derrière chaque chantier, il y a une réponse à des besoins humains fondamentaux : se loger, travailler, apprendre, se soigner et vieillir dignement ». Le nouveau président national, Frédéric Carré, compte faire des propositions avant le débat pour les présidentielles et ainsi montrer que le secteur du BTP est au cœur des grands défis nationaux. « Nous devons porter la voix des entrepreneurs qui créent de l’emploi, forment des jeunes, investissent dans leur territoire en prenant chaque jour des risques pour faire vivre l’économie réelle. Parler de l’apprentissage, voie royale vers nos métiers, du poids des normes, du coût du travail et des impôts de production qui pèsent sur notre compétitivité et d’une décarbonation efficace qui accompagne plutôt qu’elle ne pénalise. » Après avoir flirté avec les 5 000 salariés en 2008, le BTP ardennais plonge depuis pour atteindre, au 31 décembre 2025, 3 124 salariés. En 50 ans, l’entreprise-type est passée de 8,2 à 5,2 salariés.