Rendement, climat et nouveaux marchés : la Champagne face aux défis de la vendange 2026
Champagne. Comme chaque année, à la même période, Vignerons et Maisons de champagne se sont réunis pour définir les grands axes de la vendange à venir. Rendement, plan de sécurité, stratégie face aux maladies du vignoble et conquête de nouveaux marchés ont été évoqués.
Au milieu de l’été, un mois avant la vendange, au milieu des vignes et au sein des caves, un bruissement se fait entendre… celui du chiffre du rendement devant être annoncé. Ce dernier fait l’objet d’âpres négociations en coulisses, entre les Vignerons et Maisons de champagne. Mais comme le dit Maxime Toubart, Président du SGV, « nous oeuvrons pour un collectif et non pas pour des intérêts personnels ». Car ce chiffre engage toute une filière. Celle du champagne, qui, dans un contexte économique compliqué pour les vins et spiritueux, arrive tout de même à tirer son épingle du jeu. Cette année encore, c’est un chiffre devant « protéger un modèle historique qui fait vivre toute une économie », qui a été décidé : celui de 8 800 kg/ha. « Ce chiffre met en évidence la compréhension des problématiques des uns et des autres, avec, à la fois, des petites entreprises familiales qui ont fait des investissements ces dernières années, en particulier avec un effort environnemental et qualitatif sur la production. Puis, de l’autre côté, un stock qui vient peser sur les trésoreries des entreprises du Négoce, puisque c’est lui qui porte le stock majoritairement », souligne Maxime Toubart, président du SGV. Pour mémoire, l’année dernière, le chiffre avait été fixé à 9 000 kg/ha. « L’an dernier, on s’était entendus à la même époque sur une trajectoire de déstockage parce que nos stocks sont trop élevés par rapport à notre meilleur équilibre. On poursuit une trajectoire de déstockage, mais en ne le faisant pas trop brutalement. Cette décision s’inscrit dans la continuité de celle de l’an dernier, c’est-à-dire la poursuite du déstockage d’environ 10 millions de bouteilles », précise pour sa part David Chatillon, président de l’Union des Maisons de champagne (UMC).
Un rendement fixé toujours en baisse constante depuis quatre ans. « Ce compromis est synonyme d’avenir, c’est-à-dire qu’on ne met pas en péril le modèle, avec l’ambition malgré tout d’assurer au vignoble une continuité d’activité et d’assurer au négoce un approvisionnement. Il faut éviter un ajustement brutal qui mettrait à risque une des deux familles », insiste le président du SGV. Un modèle qui fait passer les Champenois pour des « ovnis » lors de rencontres interprofessionnelles, mais qui a du sens. « Nous pensons à nos amis vignerons du sud ouest, qui, soumis à un climat toujours plus rude, sont obligés d’arracher des vignes pour planter des oliviers et changer de métier ».
Début des vendanges le 20 août
Si la Champagne se trouve encore dans une zone septentrionale, néanmoins, la question du climat mérite toute l’attention, ce dernier ayant des conséquences variables sur le développement de la vigne. « La situation agronomique connaît une forte hétérogénéité en fonction des secteurs », révèle Maxime Toubart. « D’abord, un stade végétatif qui a été très précoce avec une floraison autour du 30 mai. Le vignoble a connu une forte période de gel de printemps, avec jusqu’à 38 à 40 % des bourgeons gelés. Donc, à la sortie du printemps, on était déjà parti avec un potentiel de production affaibli. Et puis surtout, la forte chaleur depuis maintenant quelques semaines, avec une contrainte hydrique à partir du mois de juillet en particulier. Aujourd’hui, la priorité, c’est de conserver la qualité des raisins, de ne pas dégrader le potentiel de production qualitatif. On est attentif à ce qui va se passer dans les semaines qui viennent : il reste trois semaines critiques au niveau de la météo », détaille-t-il. Des conditions, avec des vendanges de plus en plus précoces – cette année annoncées autour du 20 août – qui impactent le potentiel économique. Vignerons et Négoce gardent donc un œil attentif sur le développement tant quantitatif que qualitatif de la vigne, d’autant que les expéditions n’ont décollées que d’un léger pourcent (+ 1,2%) sur les six premiers mois de l’année (voir PAMB 8186) à 107,1 millions de bouteilles. « La champagne est calibrée pour 300 millions de bouteilles et pas moins », veut croire Maxime Toubart tout en précisant : « Ce modèle est quand même tendu. Nous savons que l’on ne pourra pas durer 10 ans avec un modèle identique, une viticulture identique et une exigence identique. Donc il y a une ambition avec aujourd’hui un sursaut collectif. »
Car la baisse continue des expéditions appelle l’invention d’un nouveau modèle. « Il faut que l’on soit créatif dans de nouvelles choses à mettre en place », estime David Chatillon. Parmi les pistes évoquées, face à une baisse globale de la consommation de vin, l’ouverture à de nouveaux marchés, comme l’Afrique, notamment l’Afrique du Sud, mais aussi l’Amérique latine, un horizon rendu possible grâce aux accords du Mercosur. L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, appliqué provisoirement depuis le 1er mai 2026, prévoit en effet une réduction progressive des droits de douane sur plusieurs produits européens, dont le vin. Jusqu’à présent, les droits appliqués par les pays du Mercosur pouvaient atteindre 35 % sur les vins et spiritueux. Pour le Champagne, l’enjeu ne se limite toutefois pas aux droits de douane. « Il y a aussi des barrières non tarifaires qui concernent la réglementation sur l’étiquetage ou sur l’utilisation de produits œnologiques », indique le président de l’UMC. « Notre rôle est de faire en sorte que le marché soit le plus ouvert et le plus stable possible pour les Vignerons et les Maisons. »
Le plan « ensemble pour les vendanges en Champagne » reconduit
Début juillet, une réunion s’est déroulée avec toutes les parties prenantes : les administrations, la gendarmerie, les syndicats, etc. « On a bien sûr beaucoup insisté sur les fortes chaleurs puisque, qui dit vendanges autour du 20 août, dit risque de fortes chaleurs plus important. Nous avons donc développé des outils d’information dédiés avec des alertes qui seront envoyées sur le portail météo pour avertir des fortes chaleurs annoncées », annonce Maxime Toubart. « Avec 120 000 saisonniers, l’important, c’est d’être prêt et de parer à toutes les éventualités. »
Les réunions sous l’égide du Préfet, chaque matin à 8 heures, auront toujours lieu, avec comme
objectifs de faire remonter les difficultés rencontrées afin que l’information circule entre toutes les parties prenantes. Tous les outils ont été mis à la disposition des professionnels, comme chaque année.