Recyclage et IA : la nouvelle stratégie de Tricoflex
Industrie. Tricoflex, leader dans la fabrication de tuyaux, fêtera ses 70 ans l’année prochaine. La marque, entité du groupe Exel depuis 2012 ne cesse d’innover dans de nouveaux produits pour de nombreux secteurs d’activités. Elle vient notamment de lancer un tuyau certifié, composé à 80 % de matières plastiques recyclées.
Quel est le point commun entre les secteurs de la santé, de l’énergie, de l’industrie, de l’agro-alimentaire, du nautisme ou encore du jardin ? Et bien tous utilisent des tuyaux. De toutes tailles, du plus fin au plus gros, du plus solide au plus souple. C’est bien cette diversité, demandant une technicité pointue, que l’usine Tricoflex de Vitry-le-François (51) s’évertue à mettre en œuvre depuis 70 ans, en s’adaptant aussi bien aux évolutions des demandes de ses clients qu’aux modifications réglementaires.
« Nous sommes dans un domaine où l’importance des normes et de la sécurité ne sont pas négociables. Nous obéissons au triptyque : durabilité, haute-sécurité et performance », indique Mathieu Perard, le directeur général. Entré dans le giron du groupe sparnacien Exel depuis 2012, l’entreprise a vu sa croissance se développer fortement. « Aujourd’hui, le groupe représente près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec une croissance remarquable depuis 1975. Quant à Tricoflex, en 2025, l’entreprise a réalisé 38 millions d’euros de chiffre d’affaires. »
L’ADN du groupe, qui repose sur la différenciation et l’innovation technologique, a ainsi profité à Tricoflex en lui insufflant cette politique de R&D. Exel Industries dépose en effet un nombre important de brevets : « Près de 400 familles de brevets ont été enregistrées depuis sa création. » Aujourd’hui, le secteur professionnel représente 80 % du chiffre d’affaires de Tricoflex et concentre 70 % des volumes produits, tandis que le marché grand public absorbe 30 % des volumes, mais génère une part plus faible du chiffre d’affaires en raison d’un positionnement produit moins technique et moins valorisé. 25 à 33 % de l’activité est d’ailleurs réalisée avec les sociétés du groupe Exel Industries.
Diversification
Au départ, Tricoflex ne produisait que des tuyaux PVC « armés par tricotage, technologie à l’origine de la marque », précise Mathieu Perard. Mais en 1982, une étape majeure est franchie avec l’arrivée de la coextrusion, qui permet de fabriquer des tuyaux multicouches et d’augmenter considérablement leur niveau de performance. C’est pourquoi du « simple » tuyau jaune de jardin, l’entreprise peut proposer de nouveaux produits à des secteurs d’activités diversifiés. « À partir des années 1990 et 2000, l’évolution des matériaux permet d’élargir fortement les applications : résistance aux produits chimiques, aux températures élevées, développement de solutions pour le lavage industriel, l’eau potable ou encore des secteurs exigeants grâce à l’utilisation de nouveaux polymères », détaille le directeur général.
Tricoflex accélère encore sur l’innovation ces dernières années en proposant, depuis 2025, un tuyau éco-conçu, le Tricogreen, composé à 80 % de plastiques recyclés. « À l’origine, cette démarche répondait surtout à une logique économique : recycler nos propres déchets de production. Mais cette approche est progressivement devenue une véritable stratégie d’entreprise », explique Mathieu Perard.
Maîtrise de la matière première
L’usine vitryate possède 14 lignes de production, longues de plusieurs centaines de mètres chacune si bien que 40 000 km de tuyaux sont produits par an. Et ce qui fait dorénavant sa différence, c’est qu’elle maîtrise l’intégralité de sa chaîne de production. « Cela ne suffit pas de produire des tuyaux compétitifs, il faut être différenciants. Cela passe par la maîtrise de nos ressources. Nous fabriquons non seulement les tuyaux, mais également nos propres compounds plastiques. Nous achetons les matières premières de base – résines, plastifiants, colorants – puis nous élaborons nous-mêmes les granulés utilisés dans la fabrication. L’idée est de sécuriser nos approvisionnements », révèle le directeur.
En effet, les granulés de PVC sont élaborés à partir de plastique et donc dépendent de l’industrie pétrochimique. « Dans le coût de revient d’un tuyau PVC, les matières premières représentent entre 60 et 80 %. Les fluctuations des marchés pétroliers ont donc un impact direct sur notre activité. Notre objectif est d’éviter les situations de pénurie et de limiter notre dépendance à un fournisseur unique. »
Tricoflex a ainsi développé ses propres process en interne. Un procédé expliqué par le directeur technique, Xavier André. « À l’origine, le PVC se présente sous forme de poudre blanche, assez proche du sucre semoule. Cette résine PVC est produite par les grands acteurs de la chimie et de la pétrochimie. Sous cette forme, elle n’est pas directement utilisable. Il faut lui ajouter plusieurs composants : des plastifiants ; des stabilisants ; des lubrifiants ; des colorants ainsi que différents additifs techniques. Ce mélange est ensuite transformé en granulés qui alimentent nos lignes de fabrication de tuyaux. » Tricoflex peut donc produire ses propres « compounds » ou acheter des granulés prêts à l’emploi selon les opportunités du marché.
Intégration de matières recyclées
Après la maîtrise des matières premières, le deuxième axe stratégique de Tricoflex concerne l’intégration de matières recyclées. « Notre objectif est de réduire notre dépendance aux matières vierges issues de la pétrochimie en incorporant de plus en plus de matières recyclées, idéalement issues de filières locales », explique Xavier André. L’entreprise recycle ainsi ses propres rebuts de production mais récupère également les déchets issus d’autres sociétés du groupe. L’avantage étant que Tricoflex connaît précisément leur composition. « Ils sont propres, homogènes et ne contiennent pas d’autres matières plastiques susceptibles de perturber le recyclage. »
Depuis 2025, l’entreprise a aussi remporté un appel à projets avec Eco Maison dans le but de récupérer des déchets de tuyaux de jardin. « L’enjeu est considérable : aujourd’hui, la majorité des tuyaux de jardin en fin de vie sont enfouis. Notre ambition est de créer une véritable boucle d’économie circulaire permettant de réintroduire cette matière dans nos fabrications. » Un défi qui nécessite une attention toute particulière car les tuyaux collectés peuvent provenir de générations différentes, contenir des formulations anciennes ou des substances aujourd’hui interdites. « Il faut donc mettre en place des procédures de tri extrêmement rigoureuses afin de garantir la qualité et la conformité des matières recyclées. » « Plus nous intégrons ce type de matières dans nos produits, plus nous réduisons notre exposition aux variations de prix et renforçons notre compétitivité. » C’est pourquoi Tricoflex travaille à l’adaptation de ses chaînes de production, notamment avec l’Intelligence Artificielle.
Recours à l’IA
À partir du mois de septembre, une ligne de production pilote sera entièrement connectée. L’ensemble des équipements de cette ligne – extrudeuse, doseur, système de tirage, four de réchauffement ou encore dispositif de renforcement – seront équipés de capteurs capables de remonter en temps réel des milliers de données de fonctionnement. « Ces informations seront analysées par une solution d’intelligence artificielle. Grâce à des mécanismes de machine learning, le système sera capable d’apprendre progressivement du comportement de la ligne et d’identifier les réglages les plus performants pour chaque type de fabrication », annonce Xavier André. L’objectif est d’améliorer simultanément plusieurs indicateurs clés : la qualité des tuyaux produits, la productivité des équipements, la réduction des déchets ainsi que la prédiction de la maintenance. Pour l’amélioration par l’IA de cette ligne pilote, Tricoflex a investi 350 000 euros.
Objectif : +30 % de croissance
Au total, en 2025, afin d’accompagner la transformation globale de son activité, l’entreprise a engagé un niveau d’investissement inédit en consacrant 2 millions d’euros à son outil industriel, soit près de 5 % de son chiffre d’affaires. « Un niveau particulièrement élevé pour le secteur, où les investissements représentent généralement entre 2 et 3 % du chiffre d’affaires. » La moitié de ces investissements est directement dédiée à des projets liés à la stratégie de décarbonation et d’économie circulaire de l’entreprise. « Le principal projet concerne la transformation de l’atelier de fabrication de granulés. Cette évolution doit nous permettre d’accroître significativement l’intégration de matières recyclées dans nos produits tout en conservant les performances techniques attendues par nos clients », insiste Mathieu Perard.
Tous ces investissements ont comme objectif de renouer avec une croissance de l’ordre de 30 % à horizon 2030. Une ambition qui repose sur la montée en puissance de l’utilisation des matières recyclées. Tricoflex estime ainsi pouvoir atteindre 50 % de matières recyclées dans ses productions à cette même date.