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Ravillon, 70 ans de croissance maîtrisée

Commerce. L’entreprise Ravillon, spécialisée dans la vente et la réparation de matériel agricole et viticole continue de se développer au rythme des ouvertures et rénovations de ses différentes « bases ».

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Ravillon
Ouverte le 1er avril, la base de Vouziers accueillera petit à petit les machines à la vente. (Crédits : ND)

Ses grandes lettres bleues apposées sur une devanture ou flottant sur ses drapeaux commerciaux sont reconnaissables des professionnels des secteurs de l’agriculture et de la viticulture de la région. Car depuis 1957, Ravillondistribue et répare tracteurs, enjambeurs, moissonneuses, ensileuses et autres pulvérisateurs et matériels de manutention. Une histoire qui commence dans le Sud de la Marne, à Vert Toulon (anciennement Vert la Gravelle) avec Robert et Lucette Ravillon, qui lancent leur entreprise spécialisée dans la vente et la réparation de matériels agricoles, viticoles et espaces verts pour les professionnels et les particuliers. « Les trois activités ont toujours accompagné l’entreprise dans son développement. Au démarrage, ce n’était pas évident parce que toutes les grandes marques avaient déjà pignon sur rue », se remémore Philippe Ravillon, Directeur général de l’entreprise aux côtés de son frère et de sa soeur.

Dans les années 60, les marques vont néanmoins commencer à faire confiance à la famille. La première est l’emblématique Porsche, dont l’activité initiale était la fabrication de tracteurs agricoles. « Dans les années 60, nous sommes ensuite devenus concessionnaires Braud – des machines françaises bleu ciel reconnaissables – dont les moissonneuses batteuses. Cela a été le début de la reconnaissance, avec l’instauration du service après vente qui comptait beaucoup pour nous. » En 1972 c’est la marque américaine Case IH qui noue un partenariat puis, en 1983, New Holland, « des dates clés avec des marques importantes pour l’entreprise ».

Maillage territorial

Photo de Philippe Ravillon
Philippe Ravillon, Directeur général, devant la nouvelle base de Vouziers. (Crédits : ND)

Fort du succès grandissant et de l’agrandissement du parc de matériel distribué, Ravillon étend géographiquement son activité, de manière méthodique, avec un maillage territorial réfléchi et toujours adapté à la demande. « En 1966, nous avons ouvert une première base à Épernay. Puis en 1975, une autre à Esternay pour le sud ouest marnais. En 1976, on devient concessionnaire Tecnoma, spécialiste du pulvérisateur et du tracteur enjambeur, puis en 1982, nous nous installons à Oiry », détaille Philippe Ravillon. Les ouvertures se multiplient et permettent d’atteindre, en 2016, neuf établissements pour un effectif total de 180 salariés. « Il y a dix ans, nous avons dépassé les 56 millions d’euros de chiffre d’affaires. » Milieu fortement concurrentiel, la concession de matériel agricole doit constamment proposer des nouveautés et des innovations pour se démarquer, se doter de matériel haut de gamme tout en conservant des basiques, accessibles au plus grand nombre. « En 2007, nous lançons une activité de nouvelles technologies avec Rav’N Tech, pôle interne à l’entreprise dédié à l’agriculture et la viticulture de précision.

Rav’N Tech concerne les solutions connectées. On a créé le premier réseau de balises RTK en France – dispositif permettant de transmettre en temps réel les données de corrections d’une base d’observation aux GPS mobiles – pour un concessionnaire, permettant une précision centimétrique pour les semis et plantations. Le matériel est fourni par des partenaires, notamment la marque Raven qui propose des technologies agricoles automatisées et autonomes que nous adaptons sur nos machines. » L’entreprise développe également une solution interne, My VitiPlanning, pour la traçabilité des travaux dans les vignes. « Nous avons mis au point un système de conduite autonome pour les enjambeurs avec comme but de faciliter le travail du chauffeur. L’engin avance seul mais le conducteur est là pour superviser et corriger s’il le faut. »

En parallèle, Ravillon suit une stratégie de croissance externe et s’implante également dans l’Aube, à Torcy, et dans les Ardennes, en rachetant deux concessions : en 2019 celle de Séchault à 15 minutes au sud de Vouziers et en 2021, à Rethel. « Aujourd’hui, l’entreprise compte 250 salariés, 13 bases et effectue un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros. » Des chiffres qui illustrent la forte présence de la PME sur le marché du machinisme agricole et viticole. « Nous pesons environ 20 % de parts de marché en tracteurs sur notre territoire : Ardennes, Marne, nord de l’Aube. Le marché représente environ 800 tracteurs par an, et nous en vendons 120 à 130. En moissonneuses batteuses, nous faisons 30 à 40 % de parts de marché et en enjambeurs viticoles, plus de 50 %. » Quant à l’activité, elle se répartit ainsi : 60 % agricole, 35 % viticole, 5 % espaces verts.

Déménagement de Séchault à Vouziers

Pour faire progresser cette croissance, Ravillon ne lésine pas sur les investissements, que cela soit en création ou en rénovation d’agences. Dernier exemple en date avec le déménagement de la base de Séchault, pour l’implanter à l’entrée de Vouziers. Le maître d’oeuvre, EuroMarne, a imaginé un site pensé aussi bien pour les clients que pour les employés, la RSE étant une donnée importante pour la famille Ravillon. « En 2021, nous avons été parmi les tous premiers en France à engager une démarche RSE au sein des concessions agricoles avec un label médaille d’argent remis par Ecovadis », se félicite Philippe Ravillon. Pour le nouveau site, « la Ville de Vouziers et la communauté de communes ont proposé un terrain de plus de 2 hectares. Nous y avons érigé un bâtiment principal de 2 300 m² avec 1 300 m² d’atelier et 500 m² de bureaux et d’espace de vente ainsi qu’une salle de réunion et de formation de 200 m². » À l’extérieur, un auvent de 1 900 m² complète l’ensemble avec 640 panneaux photovoltaïques couvrant l’espace pour une puissance de 291 kW crête, « permettant l’autoconsommation et la revente du surplus ».

Quant aux eaux de pluie, elles sont récupérées dans une cuve de 30 m³ pour le lavage des véhicules avant et après les réparations en atelier. « On a aussi un pont roulant de 5 tonnes, un quai de chargement, et des équipements modernes. » L’ensemble de l’investissement représente environ 3,5 millions d’euros, dont près de 80 000 euros de système de vidéo surveillance, l’entreprise étant la cible de nombreux vols et effractions. Une somme nécessaire pour Philippe Ravillon qui indique vouloir, grâce à des conditions de travail optimales, « attirer des personnes avec de bonnes compétences ».

L’entreprise mise pour cela sur des recrutements novateurs avec France Travail (méthode de recrutement par simulation) – « on identifie rapidement les bons profils : ceux qui assimilent bien et qui sont motivés » – mais aussi grâce à une collaboration étroite avec des lycées professionnels ou les CFA de la région. « La culture service est essentielle : répondre aux besoins et être performant. Chaque technicien dispose de son véhicule d’intervention, qui est son outil de travail, car il se déplace directement chez les clients. Ils sont aussi formés régulièrement aux nouveaux matériels, via des formations proposées par nos fournisseurs comme New Holland, Amazone, Pöttinger, Vaderstad, notamment. Nous développons aussi de plus en plus la formation interne. » L’entreprise mise aussi sur des opérations de promotion innovantes comme la dernière en date, fin mars, où sur deux jours, les clients étaient invités « à fixer leurs prix », pour acquérir du matériel agricole d’occasion avec plus de 200 engins et équipements proposés. Un franc succès, puisque l’opération a reçu de nombreuses offres pour un chiffre d’affaires effectué de plus d’un million d’euros. L’année 2026 s’annonce aussi chargée pour la société puisqu’elle va préparer ses 70 ans prévus en 2027 mais fêter aussi l’anniversaire de plusieurs de ses bases dont celle d’Esternay (50 ans) et de Châlons en Champagne (30 ans). Elle va aussi entièrement rénover sa base de Muizon – « on va tout refaire : toiture, bardage, panneaux photovoltaïques, bureaux, libre service, mise aux normes. Le chantier démarre cet été pour une durée d’un an. »

Dans une région Champagne Ardenne très diversifiée où se côtoient vignes, grandes exploitations et élevage, l’agriculture et la viticulture y restent dynamiques, résilientes, et innovantes. « Notre rôle, c’est d’accompagner les agriculteurs avec des solutions adaptées, conciliant production, efficacité et enjeux environnementaux en respectant notre devise : Toujours mieux servir nos clients. »

(Crédits : ND)
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