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129e année

Raphaël Enthoven : « Rien de nouveau sous le soleil, Covid ou pas »

Energie. La banalité du « Rien ne sera plus comme avant » fait de l’ombre, comme celle de la Caverne de Platon, à l’imagination de ceux qui appellent « Le monde d’après ». Le discours est rodé, le philosophe conférencier, même si parfois le débit rappelle celui d’une mitraillette qui estompent les fins de phrases. Et cependant, quel bonheur de savourer les doutes de Raphaël Enthoven en matière de meilleur des mondes. L’invité de l’AG du Medef a bien joué son rôle.

« Le monde d’après, nous l’avons eu pendant la crise Covid... Plus de pollution,
moins de consommation… ».
Gérard Delenclos

L’axiome de départ est simple : « Plus rien ne sera comme avant » est une vieillerie récurrente. « Le monde d’après » une catharsis à l’usage de ceux qui vivent mal leur présent. Un Président de la République, sur ce sujet, a évoqué « Le retour des jours heureux ». Plus rien et après, Raphaël Enthoven n’en veut pas, comme il raille l’image de la table rase : « Rien de nouveau sous le soleil, Covid ou pas ». Même si, pour autant, tout ne sera pas identique. Raphaël Enthoven blinde sa démonstration en faisant appel à Nietzsche, Baudelaire, La Fontaine, Jean-Jacques Rousseau, Platon, Bergson et autres et surtout cette citation de Canguilhem : « Aucune guérison n’est un retour à l’innocence biologique ».

« On parle de dictature sanitaire et pourquoi pas de dictature fiscale lorsque l’on paie ses impôts ? »

« Plus rien ne sera comme avant » n’est ni un constat, ni une prédiction et quiconque espère davantage se rassure lui-même et devient dangereux pour les autres. Pour Raphaël Enthoven : « Le monde d’après est un déni du présent ». Blaise Pascal vient à la rescousse : « C’est que le présent d’ordinaire nous blesse … Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre et nous disposant à être toujours heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais ». Le monde d’après nous empêche de vivre le présent.

On aurait pu craindre le fameux : « Cueillons dès aujourd’hui ». On y était presque. « Le monde d’après, nous l’avons eu pendant la crise Covid… On croyait le temps arrêté, on l’a senti passer… Plus de pollution, moins de consommation… ». Le changement ? « Ce serait que chacun fasse la preuve des erreurs de ses idées ». Le changement ? « Ce serait que les écologistes deviennent productivistes ».

La décroissance est trop vertueuse

Un petit coup de griffe sur la démocratie : « Un régime dont le seul but est de maintenir la démocratie, un régime dont le seul but est d’être lui-même ». Un autre petit coup sur la religion : « Le monde est clos. D’où vient ce besoin de croire en Dieu ? ». Un autre sur la décroissance : « Elle est trop vertueuse ». Et comme l’assistance est majoritairement le monde de l’entreprise, citant l’Albatros de Baudelaire, beau moment de poésie, Raphaël Enthoven s’en prend à la gouvernance verticale des grands établissements : « Décider d’en haut, c’est décider de travers. Voici venue l’époque de l’horizontalité. On pourrait transformer la baleine en banc de poissons. Un arrêt linguistique : le management, c’est la manipulation ».

Petit conseil de bibliothécaire : les DRH devraient lire les dialogues de Platon. Evidemment, on imagine Le Meilleur des mondes et toutes les utopies. « Qu’elles ne se réalisent jamais ! ». Voilà la réponse d’un philosophe qui termine sur la dictature : « On parle de dictature sanitaire et pourquoi pas de dictature fiscale lorsque l’on paie ses impôts ? ». Et pour la route, cette dernière fantaisie délicieuse : « La nostalgie du vintage n’est pas la nostalgie du passé mais celle du passage ». À méditer sans modération.

Gérard Delenclos