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Quelles seront, selon vous, les conditions pour une bonne reprise ?

Voeux. 2026, année d’élections municipales, dans un contexte économique qui reste tendu. Les acteurs économiques et politiques livrent leurs perspectives pour l’année à venir avec des attentes et des souhaits en répondant à quatre questions que nous leurs avons posées.

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(Crédits : Freepik)

Jean-Marc Roze président du département de la Marne

Une bonne reprise repose d’abord sur la confiance : confiance des partenaires pour agir à nos côtés et confiance des citoyens dans l’avenir. À l’échelle départementale, nous avons un rôle clé à jouer en soutenant l’emploi local, l’insertion, la formation, l’éducation, les mobilités et l’accès aux services publics, dans les territoires ruraux en priorité. La reprise sera durable si elle est partagée, inclusive et ancrée dans les réalités locales.

Philippe Dallemagne président du conseil départemental de l’Aube

La première condition pour une bonne reprise, c’est la lisibilité et la stabilité budgétaire. Aujourd’hui, elles ne sont pas réunies. Les règles changent, les charges augmentent, sans que les recettes suivent. Nous votons d’ailleurs notre budget en mars et attendons d’y voir clair pour prendre des décisions responsables. La deuxième condition, essentielle, est le rétablissement d’une relation de confiance entre l’État et les collectivités. Le principe du “décideur-payeur” doit redevenir une réalité. Les Départements se voient aujourd’hui imposer des charges sociales de plus en plus lourdes, sans compensation suffisante. Ces décisions pèsent directement sur nos budgets et notre fonctionnement. Le problème n’est pas la dépense locale, mais le déséquilibre croissant entre nos missions et nos ressources. Les Départements disposent de peu de leviers fiscaux et l’État n’est plus au rendez-vous comme il devrait l’être. Une reprise durable passe donc par une véritable décentralisation, avec des compétences assumées et des moyens financiers. En attendant, notre seul levier reste la maîtrise des dépenses de fonctionnement. Nous le faisons avec sérieux, mais cette démarche a ses limites et ne peut pas, à elle seule, constituer une stratégie de long terme. Retrouver de la visibilité, de la confiance et de la cohérence dans l’action publique, c’est ce qui nous permettra collectivement de recréer des marges de manoeuvre et d’accompagner pleinement la reprise sur nos territoires.

Noël Bourgeois président du conseil départemental des Ardennes

Les derniers indicateurs montrent un léger regain de confiance chez les consommateurs. Cette dynamique, encore fragile, constitue néanmoins un levier essentiel pour relancer l’activité économique et soutenir la croissance.

Sylvain convers président de la CCI de Troyes et de l’Aube

La condition première est d’atteindre une stabilité politique. Les entrepreneurs doivent connaître les conditions dans lesquelles évoluer pour prendre les bonnes décisions pour leur entreprise. Les entreprises se développent sur le moyen et long terme, pas par rapport à une échéance de court terme.

François Gomariz président de la CCI Marne Ardennes

La reprise s’appuie avant tout sur le regain de visibilité et de confiance économique. Dans un contexte géopolitique en évolution et malgré les contraintes budgétaires, notre économie démontre une capacité d’adaptation. Les entreprises disposent des leviers pour renforcer leurs décisions et leurs recrutements. En retrouvant pleinement leur dynamique d’investissement, d’embauche et d’innovation, elles pourront soutenir durablement la croissance et l’emploi.

Damien Sionneau président du MEDEF Marne

Une bonne reprise passera d’abord par une maîtrise de la dépense publique plutôt que sur une hausse continue de la fiscalité des entreprises, afin de restaurer la confiance et de sécuriser les décisions d’investissement : il est impératif d’inverser cette tendance. Il est indispensable de donner de la visibilité : stabilité des règles du jeu, maintien des allègements de charges favorables à la compétitivité, poursuite des réformes structurelles et refus de considérer les entreprises comme une simple variable d’ajustement budgétaire ou politique. Enfin, il faudra continuer à investir dans l’apprentissage qui est un véritable succès collectif et de transmission de nos savoir-faire : la formation n’est pas une charge que l’on ajuste au gré des contraintes budgétaires !

« Il n’y aura pas de reprise durable sans lisibilité ni stabilité. Les chefs d’entreprise, les vignerons, les exploitants ont besoin de règles claires, prévisibles, et qui ne changent pas tous les six mois. »

Maxime Toubart président du SGV (syndicat général des vignerons)

Il n’y aura pas de reprise durable sans lisibilité ni stabilité. Les chefs d’entreprise, les vignerons, les exploitants ont besoin de règles claires, prévisibles, et surtout qui ne changent pas tous les six mois. La reprise passe aussi par un changement de méthode : plus de concertation, moins de décisions descendantes. On ne peut pas demander aux acteurs économiques de s’adapter en permanence sans les associer aux choix qui les concernent. Il faut redonner de l’oxygène économique aux entreprises et aux exploitations en facilitant l’accès à l’investissement, en sécurisant les transmissions et en accompagnant les transitions sans les transformer en sanctions. Enfin, la reprise suppose de regarder la réalité en face : la Champagne et plus largement nos filières évoluent dans un marché européen et mondial très concurrentiel. Si nous empilons des contraintes que nos concurrents n’ont pas, nous affaiblissons nous-mêmes nos outils de production.

Philippe Gayet président de la FFB Grand Est (fédération française du bâtiment)

La France a besoin d’un budget clair et lisible, qui combine des économies nécessaires et une vraie visibilité pour les acteurs économiques. La stabilité, voire la baisse de la fiscalité, est une condition essentielle pour redonner confiance aux entreprises et aux investisseurs. Sans ce cadre budgétaire, fiscal et règlementaire sécurisé, aucune reprise durable ne sera possible. Enfin, les équipes municipales renouvelées en mars 2026 ne doivent pas tarder à relancer leurs projets, après une pause de plusieurs mois pour cause d’élection.

Hervé Noël président de la fédération des travaux publics (FRTP) de Champagne-Ardenne

Cela passera nécessairement par l’acceptation de réformes importantes pour assainir nos finances publiques, et ainsi dégager des marges de manoeuvre pour les investissements d’avenir : dans les infrastructures bien évidemment, mais aussi dans les nouvelles technologies, dans l’intelligence artificielle et dans l’éducation. Il faut aussi stimuler l’investissement privé, que l’on a sclérosé avec les débats qui ont animé la préparation du projet de loi de finances. Il faut faire des arbitrages forts pour redonner de la confiance et insuffler une dynamique pour le développement économique de nos territoires.

Étienne Le Du président du tribunal de commerce de Reims

La stabilité et la confiance, ce sont des lieux communs, certes mais tous les chefs d’entreprise vous feront cette réponse. Comment créer, développer, investir, embaucher si votre environnement macro-économique n’est qu’incertitudes et contraintes… Le calendrier électoral des années qui viennent n’est, à cet égard, pas rassurant ! Mais comme le disait récemment un grand militaire « le doute est le début de la défaite... » Alors, soyons confiants !