Entreprises

PIB français : « des résultats nettement insuffisants »

Economie. La Banque de France présente son point de conjoncture économique aux acteurs aubois. Une inflation maîtrisée mais des entreprises malmenées.

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Banque de France
La présentation de la Banque de France au centre de congrès devant 200 acteurs de l’économie auboise. (Crédits : MBP)

« Je ne suis pas dans la tête de Monsieur Trump et je mets donc tous les bémols qui s’imposent », prévient Alan Piat, directeur de la Banque de France à Troyes. Rappelant aux acteurs économiques de l’assistance, les séismes des six dernières années. « On a gagné en résilience, vous faites preuve d’une adaptation au quotidien qui nous bluffe ». Annonçant une croissance mondiale stable autour de 3,3 %, la France avec un niveau de croissance du PIB estimé à 1 % en 2026, se place au 16ème rang d’un classement de 20 pays. Une croissance clairement emmenée par la zone Moyen-Orient et Asie avec un trio de tête porté par l’Inde à 6,2 %, la Chine à 4,4 % et l’Indonésie à 5 %. La dernière position occupée par l’Allemagne affecte l’hexagone et particulièrement le Grand Est frontalier. Des résultats français « nettement insuffisants », avec 0,8 % en 2025. « Un taux qui aurait pu être meilleur de 0,5 point sans les taxes douanières américaines ».

Les indicateurs anti-investissement

« Aujourd’hui, il n’y a plus de sujet inflation en France. Et c’est même un avantage concurrentiel par rapport à nos voisins car nous gagnons en compétitivité. À l’horizon 2028, elle devrait revenir à 2 % qui est la bonne température ». Pourtant, le regain de pouvoir d’achat des Français ne se ressent pas sur la consommation. La frilosité ambiante se traduit par un taux d’épargne des Français de 18 à 19 %. « Des réserves de croissance que nous n’arrivons pas à flécher vers l’investissement productif ». Pour autant, 3 500 milliards de dette sanctionnés par les marchés financiers avec un déficit prévisionnel de 5 % du budget 2026 ne rassurent personne. Avec des entrepreneurs frileux et des ménages qui épargnent, la croissance est ralentie. « Ne différez pas vos investissements dans une logique d’attente de baisse des taux », lance Alan Piat en affichant des taux directeurs de la Banque centrale à 2 % mais qui salue un taux de chômage stable à 7,2 %. Si l’emploi précaire reste le levier d’ajustement, les effectifs sont maintenus dans les entreprises souvent confrontées à des problèmes de recrutement.

Le Grand Est dans le rouge

En 2025, le chiffre d’affaires de la Région recule de 1,4 % avec une perspective à + 0,6 % en 2026. La plus petite progression française quand les Hauts-de-France affichent + 4,8 % et l’Occitanie + 6,2 %. Le secteur de la construction est en recul, « nous n’avons pas eu l’embellie que nous connaissions avant les périodes électorales ». La production est en repli de 2,7 % et le fossé se creuse en 2026 à -2,9 % notamment sur le gros oeuvre avec des effectifs revus à la baisse dans le secteur. Pour l’industrie, l’activité au ralenti devrait repartir modérément en 2026. Seuls le services marchands prévoient une augmentation du chiffre d’affaires de 2,6 % après une année 2025 stable. Les trois secteurs affichent des perspectives d’investissement avec des retraits abyssaux de -9,8 % dans l’industrie, - 15 % dans la construction et – 22,4 % dans les services. « Nous avons encore des entreprises qui innovent, si vous ne faites pas d’investissement, cela va vous faire défaut », constate le directeur troyen de la Banque de France. La photographie de la Banque de France sur les retours de 1943 entreprises dont 220 dans l’Aube montre aussi un stock important dans les entreprises avec une production entravée et donc une trésorerie tendue.

Prévenir les défaillances d’entreprises

La Région souffre avec 4 397 défaillances d’entreprises sur 12 mois à fin septembre 2025, soit 6,4 % des défaillances nationales, un plateau au niveau très élevé qui ne touche pas seulement les autoentrepreneurs mais aussi les PME et les ETI. « C’est un sujet majeur pour toute l’économie, dans le Grand Est et dans l’Aube ». Un contexte de tension qui demande vigilance et anticipation. Jean-Pierre Moskal, président du tribunal de commerce, a rappelé la possibilité de déclencher une procédure confidentielle avec un mandat ad-hoc ou une conciliation. « Quand une procédure est demandée par le dirigeant, on a 80 % de chances de survie d’entreprise. Dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire, on se retrouve avec 70 % de liquidations judiciaires sèches. Le Tribunal de commerce n’est pas un lieu de sanction ni une chambre d’enregistrement mortuaire, mais un espace de prévention, faites passer le message ».