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Peggy Bouchet voit la vie en "Ose"

Conférence. La première femme à avoir traversé l’Atlantique à la rame transmet sa détermination lors du lancement du réseau Femmes du Medef Aube.

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Peggy Bouchet
Peggy Bouchet : pour elle, il faut « oser toujours, céder parfois, renoncer jamais ». (Crédits : MBP)

Entretien avec Peggy Bouchet qui quitte son bureau pour traverser l’Atlantique en solitaire sur un rameur. 5 000 km avec les dangers de l’océan, entre requins et pirates. Un premier échec à 100 km de l’arrivée qu’elle qualifie de succès non achevé, puis une deuxième tentative réussie. Objectif atteint. Parce que pour elle, il faut « oser toujours, céder parfois, renoncer jamais ».

Pamb : Quel message voulez-vous faire passer aux femmes du Medef et à toutes les femmes qui veulent entreprendre ?

Peggy Bouchet : L’esprit d’entreprendre n’a ni d’âge, ni de sexe. Ce qui est important, c’est d’avoir une idée et de passer à la réalisation. Entre les deux, il y a une chose : l’action. Quand j’ai lancé mon projet de traversée de l’Atlantique à la rame, je pensais qu’être une femme serait un atout. En fait, les sponsors me disaient que je n’étais qu’une femme, que je n’avais pas le physique pour faire une traversée de l’Atlantique à la rame, que j’avais des bras à soulever des cotons-tiges. Tout n’était qu’obstacle. Ce fut un choc. Il a fallu l’accepter, l’encaisser, puis rebondir et prouver ma légitimité. Après dix entretiens avec des directeurs de communication qui vous disent « oui, mais vous êtes une femme », on doute de ses capacités, on s’interroge. C’était presque aussi difficile que l’Atlantique, parce qu’à chaque fois c’est un mur ! Le but est de faire avancer la cause des femmes avec les hommes en bonne intelligence. Le plafond de verre, on n’est pas là pour nettoyer la vitre, mais pour la briser. Nous devons nous faire confiance.

Pamb : Comment passe-t-on d’ingénieur financier chez Alcatel à marin ?

Peggy Bouchet : J’avais un bel avenir, je devais développer l’Inde avec de beaux contrats. Pour mes parents au départ, cela a été l’incompréhension. Je suis née sur les bords du lac Léman. Petite, j’étais fascinée par une émission de télévision qui s’appelait « Les Carnets de l’aventure ». Puis j’ai grandi avec la phrase de Sénèque écrite par mon papa au-dessus de mon petit bureau : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Cette phrase m’a appris à voir la vie en « Ose ». Je n’ai jamais vu l’échec comme quelque chose de rédhibitoire. J’ai démissionné de mon poste d’ingénieur financier pour faire une traversée de l’Atlantique à la voile et voir ce qui m’attendait sur l’océan. Tous les jours, le skipper me disait que je n’avais ni le physique, ni le mental. Moi, j’étais là pour apprendre.

Pamb : Vous voyagez beaucoup, est-ce que la position des femmes est mieux ailleurs ?

Peggy Bouchet : En Europe du Nord, par exemple, les femmes sont, je trouve, l’égal de l’homme. À vrai dire, entre femme et homme, aucun des deux ne se pose la question. Je suis intervenue à la plénière du Woman’s Forum à Paris devant 1 500 femmes d’entreprises de tous pays avec des femmes du CAC 40 et des startuppeuses du Pakistan. Toutes animées par la même volonté de faire avancer les choses, de donner l’exemple et de revenir avec des messages forts dans leur propre pays.

Pamb : Votre mentor est Olivier de Kersauson, est-il essentiel d’être soutenue ?

Peggy Bouchet : Quand on est encouragée et que nous sentons le regard de ceux qui tiennent à nous et qui nous encouragent, c’est important. Je pense qu’il faut être à notre écoute, et que nous gagnons beaucoup de temps quand nous avons identifié nos freins, nos motivations, nos peurs, nos faiblesses. Qu’on ose même si le résultat n’est pas toujours la victoire qu’on attendait. Nous avons toujours cette fierté de nous dire : je n’ai pas réussi du premier coup, mais j’ai la fierté d’avoir tenté quelque chose.