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130e année

Les transporteurs routiers à la croisée des chemins

Transport. Dans l’Aube, les professionnels doivent faire face simultanément à la hausse des carburants et aux difficultés de recrutement tout en engageant une transition énergétique.

Assemblée générale des transports routiers de l'Aube
Dominique Ferron, président de la MTL 10 et Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR.

C’est une situation plutôt compliquée, et dans tous les domaines, à laquelle doivent faire face les dirigeants d’entreprise de transport routier. L’assemblée générale de la MTL 10, la maison des transports et de la logistique de l’Aube réunissant les transports de marchandises (FNTR) et de voyageurs (FNTV) a permis de passer en revue les nombreuses problématiques de la profession. « Avec des marges réduites à 1 ou 2 %, si nous ne réussissons pas à répercuter les l’augmentations du prix des carburants à nos clients, nous ne pourrons plus rouler », prévient Dominique Ferron, président de la MTL 10. Dans les faits, si certains clients jouent le jeu, il n’est pas toujours possible d’appliquer l’indexation gasoil. « Il faut demander aux clients la répercussion des hausses que nous subissons d’autant qu’on peut craindre que ça continue », fait remarquer Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR. La profession a d’ailleurs obtenu de pouvoir saisir la DGCCRF via leurs représentants pour obtenir gain de cause. En tout cas, la solution qui passerait par un « gazole professionnel » détaxé n’est pas une bonne idée.

« En fait ça se traduirait aussitôt par une baisse des tarifs de transport et ça n’améliorerait pas notre situation », ajoute-t-elle. Autre solution, passer progressivement du diesel à d’autres énergies pour faire rouler les camions. La FNTR a également élaboré un « livre blanc » avec 17 propositions, dont certaines consacrées à la transition énergétique. Les transporteurs innovent et investissent à cet effet, mais restent encore dépendants de l’offre des constructeurs et du développement des réseaux de distribution. Les solutions tardent à se mettre en place.

Par exemple, les biocarburants à base de colza suscitent beaucoup d’espoir, mais il n’est toujours pas possible réglementairement d’avoir un réseau de distribution publique, chaque transporteur devant avoir sa propre citerne. « C’est compliqué dans notre secteur où 90 % des transporteurs ont moins de dix salariés », note Dominique Ferron. La profession réclame donc le développement d’un réseau de distribution en énergies alternatives dense, étendu et fiable sur l’ensemble du territoire. Pour les professionnels, la solution passe aussi par un mix énergétique le plus large possible, en fonction des besoins, des usages et des coûts.

Nouvelle génération

Autre grande problématique du moment, le recrutement. « Les plus de 50 ans représentent plus de la moitié des effectifs aubois des entreprises de transport et nous devons former et recruter massivement en prévision des départs en retraite », analyse Dominique Ferron. La MTL organise régulièrement des actions de promotion, comme ce sera le cas pour le forum recrutement du 14 juin à Romilly-sur-Seine. Mais ça reste difficile, et même avec une promesse d’embauche en CDI les conducteurs sortant de formation ne rejoignent pas l’entreprise.

« Il y a clairement deux générations, les anciens qui ne se soucient pas de dormir loin de la maison et les jeunes qui sont plus sensibles quant aux conditions de travail. Sans tout accepter il faut prendre en compte ces nouveaux modes de fonctionnement », ajoute Florence Berthelot. Certains pays, l’Espagne et le Portugal, ont légiféré pour interdire le déchargement des camions par les chauffeurs, pour améliorer les conditions de travail. La pénurie de conducteurs est un phénomène qui se généralise même dans les anciens pays de l’Est.

Laurent Locurcio