Les prévisions de la Banque de France écartent une récession économique
Économie. À partir de la lettre du Gouverneur de la Banque de France au Président de la République, bilan annuel, conjoncturel et structurel de l’économie et des finances, Hervé Gonsard, Directeur des services à l’économie et du réseau Banque de France, et Laurent Sahuquet, Directeur régional Grand Est de la Banque de France, ont partagé avec le public rémois les clés de compréhension des enjeux économiques, présents et à venir pour la France.
S’attaquant au volet conjoncturel de l’économie française au premier semestre 2026, Laurent Sahuquet, Directeur Banque de France Grand Est, avoue que tout est remis en cause. La croissance, la consommation, le chômage ou l’investissement dépendent du conflit au Moyen-Orient, de son ampleur et de sa durée. Quasi-fataliste, il mesure la récurrence d’une telle situation : « Quatrième choc en six ans avec le Covid, la guerre en Ukraine, l’inflation et le conflit au Moyen Orient. La question aujourd’hui est simple : jusqu’où les prix du pétrole et du gaz iront-ils et jusqu’à quand ? »
Le bilan 2026 paraît déjà incontournable : moins de croissance et plus d’inflation. La Banque de France, comme pour la guerre en Ukraine, mise sur trois scénarios, partagés par l’ensemble de l’Eurosystème et s’appuyant sur l’évolution des prix du pétrole et du gaz. Sur la cible prospective de l’inflation, conséquence du prix du baril de pétrole, la Banque de France avance, par scénario, une inflation 2026 à +1,7%, 2,5% ou 3,3%, avec un baril à 92, 120 ou 145 $.
Pour 2027, la Banque estime l’inflation à +1,4% sur un scénario de base, à +0,9% sur un scénario défavorable et +1,7% sur un scénario très défavorable. Une prospective rassurante dans le contexte actuel d’une inflation à +2,2%, résultat il est vrai, de la hausse du prix de l’énergie de 13% en un an. Toujours basée sur des trois scénarios, la croissance pourrait être en légère baisse, dans l’idéal de +1% en 2026 à +0,8% en 2027. Avec cette précision de Laurent Sahuquet : « Une croissance ralentie mais pas de récession dans nos prévisions ».
Tous les scénarios sont possibles
Si les derniers points de conjoncture évoquent des très bons résultats dans l’industrie, la défense ou la chimie et une certaine atonie dans la construction et les services, Laurent Sahuquet prévient : « Qu’il soit favorable, peu favorable ou très peu favorable, les trois scénarios sont équiprobables, à fin avril. Mais, dans les esprits : on se rapproche du scénario défavorable ».
En fin de son intervention sur la conjoncture économique, Laurent Sahuquet évoque un pouvoir d’achat en baisse, avec des salaires qui augmentent désormais moins que les prix : +1,6%, avec une inflation à +2,2%. Prudent, et dans l’attente de la décision de la Banque Centrale Européenne sur les taux de crédit en juin prochain, il conclut : « C’est l’incertitude qui entoure toutes nos prévisions ».
La France ne va pas si mal que cela
En un peu moins de vingt minutes, l’intervention d’Hervé Gonsard, Directeur des services à l’économie et du réseau Banque de France, traite de l’aspect structurel de l’économie et des finances de la France, comparativement à la zone euro et aux États-Unis. La démonstration est limpide, moult aphorismes à l’appui : « Nous avons tendance en France à nous dénigrer, alors qu’en économie la psychologie compte aussi. »
Optimiste, actif, primaire, classification justement psychologique, Hervé Gonsard voit la France en bleu, blanc, gagne. L’inflation sur les quinze dernières années ? +1,9% en France, sous la norme européenne des +2%. « Une réussite qui fait de la France le bon élève de la zone européenne » ponctue l’intervenant. Sujet à plus de modération, une croissance française à 1,1% contre 1,2% avec cette précision : « C’est l’ensemble des économies européennes qui ont décroché par rapport aux États-Unis. Une économie américaine qui a, beaucoup plus qu’en Europe, investi dans la recherche et le développement ». Mais dans cet ensemble européen, cette évidence : les pays nordiques et les Pays-Bas sont les plus performants.
La tâche : une dépense publique mal maîtrisée
Hervé Gonsard note un taux d’emploi historiquement élevé, à 70%, un score jamais atteint depuis 1975 et un chômage maîtrisé qui ne devrait pas dépasser les 8%. Il évoque un pouvoir d’achat qui a augmenté au même rythme que celui moyen des européens et déplore le poids de la dépense publique au cœur de la croissance française. Une dépense parmi les plus élevées du monde : 57% du PIB contre 48% en moyenne dans la zone euro avec une dette appelée à progresser encore (+17% par rapport à l’avant Covid).
« Les taux de marge et les taux d’investissement, conclut l’intervenant, sont des bases solides, cependant marquées par un manque d’orientation du système productif vers l’innovation. Un modèle français qui est plus tourné vers l’endettement bancaire que vers l’épargne, tout cela ne doit cependant pas être inclus dans un sentiment de déclin ».