Les entreprises réellement engagées ne sont pas découragées
Avis d’expert. L’assouplissement de la réglementation sur la CSRD ne remet pas en cause les engagements vertueux des entreprises qui ont compris les apports de la RSE pour leur performance.
Le report de la directive CSRD a provoqué un certain flottement pour l’engagement des entreprises en matière de durabilité. Certaines ont mis leur démarche en pause, tandis qu’un article de la presse nationale titrait sur « le gros coup de blues des cabinets de conseil en RSE ».
Faut-il y voir un désengagement des entreprises en matière de responsabilité sociétale ? Rien n’est moins sûr, car une confusion persiste : parle-t-on de RSE ou de conformité réglementaire ?
La CSRD n’est pas la RSE. Elle n’en est qu’un cadre de reporting. Une démarche RSE réduite à la production d’indicateurs pour satisfaire une obligation – souvent pilotée par la finance – est-elle réellement créatrice de valeur ? L’expérience montre que non.
Ce débat n’est pas nouveau. Il rappelle étrangement les débuts des démarches qualité, mises en place il y a vingt ans principalement pour répondre à des obligations de certification. Beaucoup y ont vu une contrainte administrative, peu un véritable levier stratégique. Résultat : des coûts importants, une appropriation limitée par les dirigeants, et un potentiel de performance largement sous-exploité. Pourtant, lorsqu’un système de management de la qualité est bien pensé et bien intégré, il devient un formidable moteur d’efficacité et de robustesse. La RSE est aujourd’hui exactement à ce carrefour.
Dès lors, le report de la CSRD remet-il en cause l’engagement des entreprises ?
Notre conviction est claire : les organisations réellement engagées n’ont pas ralenti. Dans notre région, dans notre bassin d’emploi, de nombreuses PME et ETI poursuivent – et parfois accélèrent – la transformation de leur modèle économique pour l’adapter aux enjeux sociaux, environnementaux et humains de long terme.
Ces entreprises ont compris une chose essentielle : la RSE n’est pas un exercice de communication ni un empilement d’indicateurs. Elle doit être inscrite dans la stratégie, incarnée par le management, et déployée dans les processus opérationnels. Leur pari est simple : une performance plus globale aujourd’hui garantit une performance économique plus solide demain.
Les faits leur donnent raison. Une étude récente commandée par le mouvement Impact France montre que les entreprises engagées sont non seulement plus robustes dans le temps, mais affichent également de meilleurs résultats économiques que la moyenne. Autrement dit, la RSE n’est pas un luxe pour temps prospères : c’est un facteur de résilience.
À l’inverse, le report de la réglementation agit comme un révélateur. Il met en pause les démarches opportunistes, celles qui n’existaient que pour « cocher des cases ». Attendre la contrainte pour agir, c’est accepter d’avoir toujours un temps de retard. À l’inverse, celles et ceux qui saisissent la RSE comme une opportunité travaillent leur performance globale, accèdent plus facilement aux dispositifs d’accompagnement, et créent une valeur durable pour leurs parties prenantes.
Il est donc temps de revenir aux fondamentaux : ce n’est pas l’indicateur qui fait la performance, mais le fonctionnement de l’entreprise. On agit d’abord, on mesure ensuite. Pas l’inverse.
La morale est simple : faire des contraintes des opportunités, travailler pour soi et pour son écosystème, et les résultats suivent. D’autant plus que les entreprises qui s’engagent réellement sont soutenues par la Région Grand Est, notamment par des dispositifs d’accompagnement pouvant couvrir jusqu’à 50 % d’une démarche RSE structurée.
La question n’est donc pas faut-il attendre la réglementation ? Mais bien : que voulons-nous faire de notre entreprise demain ?