Les énergies renouvelables, opportunités de création de valeur
Énergie. La 6e édition des Rencontres annuelles des « énergiculteurs » a mis l’accent sur les nouveaux modèles et sur les opportunités qui s’offrent aux investisseurs. Entretien avec Christophe Boudes, responsable de la filière Transition Énergétique au Crédit Agricole du Nord-Est, organisateur de l’événement.
Aujourd’hui, le photovoltaïque comme la méthanisation apparaissent comme porteurs d’opportunités pour les agriculteurs qui souhaitent se lancer dans la production d’énergie, est-ce une réalité ?
Christophe Boudes : Les deux filières connaissent actuellement de profondes évolutions réglementaires et économiques. Le modèle économique des énergies renouvelables est en train de changer et il est important d’apporter un éclairage aux agriculteurs dans l’accompagnement et dans la compréhension de ces transformations. En termes d’actualité majeure, on peut observer que la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) confirme une orientation forte vers l’électrification des usages. L’objectif est de réduire progressivement le recours aux énergies fossiles au profit de l’électricité et des énergies renouvelables.
Aujourd’hui, environ 28 % de la consommation électrique française est couverte par les énergies renouvelables. Le photovoltaïque représente à lui seul un peu plus de 6 % de cette consommation. Cela montre qu’il existe encore un potentiel de développement important à la fois pour le nucléaire - qui reste majoritaire dans le mix électrique français - et pour le photovoltaïque.
Justement, quelles sont les évolutions majeures pour le photovoltaïque ?
C.B. : Le principal changement concernant le photovoltaïque aujourd’hui, c’est vraiment la sortie de la régulation, avec une diminution assez importante du prix de vente d’électricité. Pendant de nombreuses années, nous avons eu des projets photovoltaïques en toiture et au sol dont le modèle économique était uniquement basé sur la revente de l’électricité produite. Désormais, nous observons un recentrage vers des projets agricoles avec de l’autoconsommation, encouragée par l’électrification croissante des usages.
Cette autoconsommation peut être individuelle - je consomme ce que je produis - ou collective, lorsque plusieurs consommateurs situés à proximité du site partagent la production. Le modèle économique évolue donc vers une logique de réduction des charges énergétiques plutôt que vers la seule vente d’électricité.
L’agrivoltaïsme continue-t-il de susciter de l’intérêt ?
C.B. : Oui, clairement. Les projets d’agrivoltaïsme (qui consiste à associer sur une même parcelle une activité agricole et une production d’énergie photovoltaïque, NDLR) existent et continuent de se développer, mais les procédures administratives restent particulièrement longues.
Pour l’agrivoltaïsme, deux modèles coexistent : soit un investisseur extérieur finance et exploite l’installation en louant les terrains agricoles, soit l’agriculteur porte lui-même son projet de A à Z.
Quel est le profil des agriculteurs qui se lancent aujourd’hui dans ces projets ?
C.B. : Il n’existe pas vraiment de profil-type. Il s’agit souvent d’exploitants qui travaillent seuls ou en collectif mais qui souhaitent se diversifier en se disant que comme pour le photovoltaïque, la méthanisation va connaître dans les prochains mois une modification du prix de vente du gaz et on va passer d’un tarif d’achat à un système de vente du gaz en certificat de production biogaz. Pour mener à bien ces projets, les agriculteurs doivent disposer d’une capacité d’investissement ou s’appuyer sur des partenaires financiers. Mais lorsque le projet est économiquement solide, les solutions existent.
Qu’en est-il des projets de méthanisation à l’heure actuelle ?
C.B. : Après un ralentissement observé entre 2020 et 2022, nous assistons aujourd’hui à une reprise des investissements. Nous pouvons parler d’une deuxième, voire d’une troisième vague de développement. Les porteurs de projets sont généralement des agriculteurs qui cherchent eux aussi à diversifier leurs revenus. Ils anticipent aussi les changements à venir concernant les modes de rémunération du biométhane, puisque le système actuel repose principalement sur des tarifs d’achat garantis. À l’avenir, le secteur devrait davantage fonctionner avec des certificats de production de biogaz.
Ce nouveau dispositif offre davantage de souplesse : un producteur pourra par exemple vendre une quantité de gaz supérieure à celle initialement prévue dans son contrat, ce qui n’est pas possible aujourd’hui avec les tarifs d’achat plafonnés.
Actuellement, la production de digestat semble aussi constituer un argument en faveur de la méthanisation ?
C.B. : Absolument. Le digestat, qui est le résidu issu du processus de méthanisation, constitue un fertilisant organique précieux. Avec la hausse du coût des engrais, sa valorisation présente un intérêt économique croissant. Pour de nombreux agriculteurs, la méthanisation offre ainsi un double avantage : la production d’énergie et la réduction des dépenses liées à la fertilisation.
Quelle place occupe aujourd’hui le biométhane dans le mix énergétique français ?
C.B. : Le potentiel reste considérable. Actuellement, seulement environ 4 % du gaz distribué en France est issu du biométhane et nous avons 93 méthaniseurs sur l’ensemble de notre de nos trois départements (Marne, Ardennes, Aisne). Contrairement à l’électricité, où la France dispose déjà d’une certaine autonomie, nous restons très dépendants des importations de gaz. Le développement de la méthanisation contribue donc directement à renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Quel est le rôle du Crédit Agricole dans cette dynamique et quel message souhaitez-vous faire passer aux agriculteurs aujourd’hui ?
C.B. : Notre rôle ne se limite pas au financement. Nous accompagnons les agriculteurs tout au long de leur réflexion afin de sécuriser leurs projets. En 2025, nous avons financé 155 projets photovoltaïques agricoles, représentant 49 mégawatts de puissance raccordée, soit l’équivalent de la consommation d’environ 6 000 ménages. Le principal message est simple : malgré les évolutions réglementaires et économiques, les énergies renouvelables demeurent une véritable opportunité de diversification et de création de valeur pour les exploitations agricoles.
Les modèles changent, les règles évoluent, mais le potentiel reste important. Les projets doivent être étudiés avec rigueur, adaptés à chaque exploitation et construits dans la durée. Lorsqu’ils sont bien conçus, ils apportent souvent davantage de stabilité économique et permettent de préparer l’avenir des exploitations agricoles.