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129e année

Le soleil se couche sur Invest in Reims

Développement. L’agence de développement économique du territoire rémois ferme ses portes pour être intégrée en régie par le Grand Reims dans le cadre de son projet de territoire.

Catherine Vautrin a annoncé l’intégration de l’agence aux services du Grand Reims à l’occasion de la présentation du projet de territoire de la collectivité, ici avec Pierre Georgin, Vice-président de la Communauté d’agglomération. DR

Après 18 ans de bons et loyaux services, c’est l’heure du clap de fin pour Invest in Reims. C’est ce qu’a annoncé Catherine Vautrin, il y a quelques semaines, en dévoilant les grandes lignes de son projet de territoire. La présidente du Grand Reims n’avait d’ailleurs pas laissé beaucoup de place au doute, lors de sa première présentation de ce projet un peu avant l’été, où elle avait déjà évoqué la reprise en main par la collectivité des différentes structures de développement économique, d’attractivité et de tourisme au sein d’une seule et même entité.

L’annonce officielle de la fermeture de l’agence a suscité la réaction, sur les réseaux sociaux, de Jean-François Dorkel, secrétaire général du Club Business Angels Marne Ardennes qui a écrit un courrier aux élus rémois et au monde économique en appelant à « la pérennité d’Invest in Reims » tout en soulignant le travail effectué et le bilan de l’agence. « Invest in Reims c’est un modèle, elle a même été élue meilleure agence de France », rappelle-t-il, se défendant d’agir en opposition avec le Grand Reims.

« Ce qui se joue aujourd’hui c’est l’intérêt et l’attractivité de notre territoire, ce qui est un enjeu majeur en période post-Covid »

Dans la foulée, un collectif intitulé « Save Invest in Reims » s’est ému de la disparition annoncée de l’agence et a envoyé une lettre ouverte à la présidente du Grand Reims pour faire part de son désaccord, insistant sur les « résultats exceptionnels », à savoir : « 330 entreprises implantées et 11 000 emplois directs créés, sans compter les nombreuses écoles venues s’installer sur notre territoire, dont la prestigieuse Sciences Po Paris. Ces résultats sont meilleurs que ceux obtenus par les agences équivalentes de villes plus importantes telles que Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, etc. ce qui a valu à l’Agence d’être récompensée par de nombreux trophées », explique le collectif dont les membres se définissent comme « des entreprises du bâtiment, des industriels, des start-up, des restaurateurs, des hôteliers, des commerçants, des agents immobiliers, des syndics de copropriété, des banquiers, des assureurs, des Directeurs d’école, des promoteurs, des citoyens rémois… »

Dans son courrier, le collectif demande aux élus du Grand Reims de reconsidérer leur position « quant à la mise sous tutelle d’Invest in Reims ». « Nous ne souhaitons pas voir partir ces compétences dans une ville concurrente, voir détruire ce réseau d’ambassadeurs construit patiemment au fil des années ».

Un modèle à revoir

Pour Catherine Vautrin, qui déplore au passage l’aspect anonyme de la missive, la fin de l’agence de développement économique sous sa forme actuelle correspond surtout au début d’une nouvelle stratégie enclenchée par la collectivité depuis quelques mois, avec la mise en place d’un projet de territoire, porté par le Grand Reims et progressivement dévoilé depuis le printemps 2021. « Je ne connais pas beaucoup de chefs d’entreprise qui ne remettent pas en cause un modèle qui a 18 ans, assume-t-elle. Il faut s’adapter et précéder les évolutions. C’est pourquoi nous avons décidé d’élargir la stratégie d’attractivité du territoire. Cela passe notamment par le développement de l’endogène (à savoir le soutien des ressources déjà présentes sur le territoire, ce qui ne figurait pas dans les missions d’Invest in Reims, NDLR) car les entreprises installées ont besoin d’avoir un lien accru avec le monde universitaire ou résidentiel, entre autres », souligne la présidente.

Cette dernière a donc proposé aux six personnes de l’équipe de l’agence de rejoindre la collectivité pour intégrer un service dont les missions élargies d’attractivité concerneront aussi bien l’économie que la culture, le tourisme, l’enseignement supérieur ou le patrimoine. « Ce qui se joue aujourd’hui c’est l’intérêt et l’attractivité de notre territoire, ce qui est un enjeu majeur en période post-Covid », insiste Catherine Vautrin. « Avec le développement du télétravail dans les grands groupes, l’attractivité résidentielle devient un élément majeur et Reims a une carte à jouer, surtout avec les travaux du RER E et du CDG Express (qui reliera la gare de l’Est à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle en 20 mn d’ici 2025, NDLR) ».

En accord avec le monde économique

Au-delà de son projet de territoire, Catherine Vautrin rappelle aussi que la décision de revoir cette stratégie de développement économique a été prise en concertation et en accord avec le monde économique, qui restera associé à la démarche future. La Chambre de Commerce et d’Industrie de la Marne était en effet, aux côtés du Grand Reims, la seconde entité partie prenante du financement et de la gouvernance d’Invest in Reims. Jean-Paul Pageau, président de la CCI, confirme sa solidarité avec la décision de la collectivité. « En raison de nos budgets de plus en plus contraints d’année en année, nous avons annoncé dès 2020 au Grand Reims que nous ne pourrions plus contribuer à hauteur des 400 000 euros auxquels nous étions engagés lors des précédents exercices », souligne-t-il.

Après avoir réduit sa participation financière de moitié pour l’année 2021, la CCI s’apprêtait à se désengager en totalité dans les deux ou trois années à venir. « Parallèlement à cela, quand la collectivité nous a présenté son projet de territoire et sa volonté d’élargir sa politique d’attractivité, nous avons donné notre accord sur cette façon de faire », poursuit Jean-Paul Pageau, qui salue au passage le travail effectué au cours de toutes ces années par les équipes d’Invest in Reims . « Nous n’avons d’ailleurs rien à leur reprocher par rapport aux objectifs qui leur avaient été fixés ».

Selon le Président, il s’agit pour la CCI d’aller dans le sens de la collectivité et de la stratégie qu’elle a choisi, à savoir la création d’une marque de territoire élargie avec une offre plus globale d’attractivité. En matière de ressources humaines, le Grand Reims a d’ores et déjà proposé à l’ensemble de l’équipe de rejoindre ses effectifs. Certains membres auraient déjà donné leur accord, d’autres réservant encore leur réponse. Le prochain Conseil communautaire du 18 novembre prochain devrait permettre d’entériner certaines de ces décisions.

Benjamin Busson