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129e année

Le secteur de l’agriculture recrute et le fait savoir

Emploi. Dans la Marne, en 2021, 16 700 projets de recrutements sont prévus dans le secteur de l’agriculture selon l’enquête de besoins en main d’oeuvre 2021 (BMO). Afin de promouvoir les métiers agricoles, le groupe FDSEA en partenariat avec la commission paritaire régionale de l’emploi en agriculture Grand Est sera présente les 7 et 8 septembre 2021 à la Foire de Châlons-en-Champagne.

La famille Voet emploie 13 salariés sur l’ensemble de ses activités. ND

Rendez-vous avait été donné entre Herpont et Somme-Vesle, à la ferme d’Herponval, tenue par la famille Voet. Là, au beau milieu de la champagne crayeuse, Fabienne, Frédéric et Bertrand ont présenté leurs activités, de leur exploitation agricole à leur entreprise de transformation d’engrais en passant par celle de travaux agricoles. De leur expérience polyvalente des métiers de l’agriculture, ils ont dressé un portrait, en compagnie de Mickaël Jacquemin, président de la Commission régionale emploi FRSEA Grand Est, du secteur et des difficultés auxquelles ils sont soumis, avec en premier, le recrutement. Et ils n’y vont pas par quatre chemins parlant de la nouvelle génération qui n’est plus formée à conduire un tracteur et qui, en arrivant sur une exploitation doit avoir une formation là, où, jadis, « deux heures suffisaient pour apprendre la conduite d’engins ».

53% des agriculteurs éprouvent des difficultés à recruter

Car malgré la modernisation du métier et des machines, l’agriculture ne fait plus rêver. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 53 % des agriculteurs éprouvent des difficultés à recruter, notamment dans l’élevage ou pour des postes de tractoristes. « Dans le Grand Est, 73% des employeurs indiquent que la principale difficulté est liée à la pénurie de candidats », observe Mickaël Jacquemin, précisant : « On ne diplôme que la moitié des besoins agricoles ». Toutefois, le président de la Commission régionale emploi FRSEA Grand Est en convient, la profession n’a pas besoin que de diplômés, elle recherche aussi des jeunes motivés, qui sont prêts à apprendre « sur le tas » et à se former chez l’exploitant.

Sur les 16 700 projets de recrutements dans la Marne en 2021, 95% sont ainsi des contrats saisonniers, dont beaucoup étaient pourvus par des travailleurs détachés. Mais la crise du Covid étant passée par là, de nombreux emplois sont à pourvoir, pouvant ensuite déboucher sur des offres plus pérennes. « Les 5% restants correspondent tout de même à 835 personnes en contrat long ». Là où le bât blesse, c’est lorsque ces besoins limitent l’activité même de l’entreprise.

Pour 97% des agriculteurs du Grand Est, interrogés dans le cadre de l’enquête de l’Observatoire de l’emploi et de la formation agricole, ces difficultés de recrutement entraînent une surcharge de travail, pour 48% un renoncement aux vacances, pour 34% un recours plus important à la mécanisation, pour 12% un changement de production et pour 10% un abandon de récolte. « Aujourd’hui, la profession est très cadrée, très réglementée, et un jeune apprenti ne peut plus rien faire sur une exploitation, pas même monter à une échelle ! » se désole Frédéric Voet.

Une revalorisation de l’image des métiers agricoles

« Les évolutions technologiques ont entrainé un changement de mentalité des candidats », appuie pour sa part Fabienne Voet. « Pour travailler dans l’agriculture, il faut accepter de se salir, d’avoir des journées avec des horaires décalées et aussi de travailler le week-end si le temps l’exige. » Aujourd’hui, la cible de la Commission régionale emploi FRSEA Grand Est est davantage les jeunes non issus de milieux agricoles. « Les lycées agricoles et viticoles dépendent du Ministère de l’Agriculture quand ceux généraux et les collèges dépendent de l’Éducation Nationale. Nous avons signé une convention qui favorise les échanges mais il y a encore des progrès à faire », souligne Mickaël Jacquemin.

67% des employeurs insistent sur la nécessité de revaloriser l’image des métiers agricoles et 48% souhaitent plus de communication auprès des jeunes. « C’est tout le sens de notre intervention à la Foire de Châlons », tient à faire savoir Mickaël Jacquemin, lui-même agriculteur. Des jeunes agriculteurs et des étudiants agricoles seront présents sur le stand pour parler de leur expérience. Un simulateur de conduite de tracteur sera également proposé. « C’est important d’être attractif. » Question attractivité, le salaire aussi, a toute son importance. 56% des employeurs citent cette action comme étant prioritaire.

Dans cette optique, une convention a été signée par les cinq centrales syndicales agricoles qui se sont accordées sur une grille de progression avec 12 échelons, prenant en compte des critères comme l’autonomie ou la technicité. « Il y a de la place pour être salarié agricole », martèle Béatrice Vasset, chargée de mission emploi à la FDSEA 51, rappelant : « Il y a quand même 90 métiers différents à découvrir dans le secteur agricole, aussi bien dans l’arboriculture, que la viticulture, la forêt, l’élevage, le paysage ou encore le service. » Sachant que 60% des exploitants envisagent de recruter, et que 36% des projets de recrutement restent non pourvus, il n’y a plus qu’à franchir le pas…

Nastasia Desanti