Le Prince de Lavau, roi du Musée d’Art Moderne
Patrimoine. Le musée d’Art moderne de Troyes accueille l’exposition du Prince celte, découvert en 2015 lors des fouilles préalables à l’extension de la ZAC du Moutot et à la construction de la prison de Lavau. Remarquable.
Dix ans après sa découverte, le Prince de Lavau trône au musée d’Art moderne. Lui qui reposait depuis 2 500 ans dans les terres de Lavau. Il avait trente ans, avait une dentition exceptionnelle et était issu d’un milieu privilégié. Le torque en or d’un kilo qu’il arborait autour du cou, les nombreux bijoux et bracelets en or, en ambre, en corail et en fer laissent même penser à un statut royal. Sa mort reste encore une hypothèse, peut-être une chute de cheval ou de char. C’était cinq siècles avant Jésus-Christ. Pourtant, le visage de celui que l’on nomme le Prince de Lavau est révélé au musée d’Art moderne de Troyes dans une sublime exposition ouverte jusqu’en juin. Elle occupe 530 m² consacrés aux 80 objets issus de la nécropole et aux 153 autres prêtés et exposés dont Eric Blanchegorge, conservateur en chef du patrimoine et directeur des musées de Troyes, est le commissaire général. Un voyage dans un temps qu’on ne mesure pas, qui éclaire et convainc les plus novices de la richesse de l’archéologie. « La fouille était tenue secrète pour éviter les pillages », confie Jacques Gachowski, maire de Lavau, commune de 1000 habitants que le Conseil départemental et Troyes Champagne Métropole ont accompagnée financièrement pour les fouilles. Dix ans après, le résultat est là pour découvrir ce trésor exceptionnel.
Un trésor qui restera au musée de Troyes
Un trésor déterré par les archéologues de l’Inrap qui creusent chaque année les 700 km² artificialisés en France pour établir un diagnostic et recueillir les informations sur les sites. « En vingt ans, la France est devenue un grand site archéologique », explique Dominique Garcia président de l’Inrap. « On peut moderniser un pays sans freiner les travaux. Nous ne sommes pas là pour libérer du terrain, mais pour en partager la connaissance. Il est essentiel que ces découvertes retournent vers le public. »
Top mondial des découvertes
Classée dans le top 10 mondial des découvertes exceptionnelles, la nécropole elle-même date de l’âge du Bronze, soit 12 siècles avant J.C. Le Prince de Lavau y a pris place dans l’enclos dédié aux ancêtres à l’âge du Fer. Une insertion de la tombe princière sans doute réalisée par un architecte tant le choix des emplacements montre une parfaite organisation. Elle était emplie d’objets précieux du Ve avant JC déposés aux funérailles du Prince qui ont rassemblé les foules tant le sol semble tassé.
L’exposition à la scénographie étudiée met également en avant la mixité culturelle de cette période avec des objets provenant de Grèce comme l’oenochoé grecque que les celtes ont embelli de garnitures d’or et d’argent, signe d’un grand réseau méditerranéen dont Lavau était un point de liaison.
Écoutez le sol
Depuis 2015, une quarantaine de personnes du C2RMF analysent et restaurent les objets, les statues, bijoux, chaudrons entreposés dans le tumulus de 8 mètres de hauteur à l’origine accessible par un portique où reposait le prince celte inhumé sur son char. Dix ans de travaux et de restauration, deux millions d’euros et « un travail de fourmis réalisé par une quarantaine de personnes », comme l’explique Isabelle Chardonnier, directrice de la DRAC Grand Est. « En archéologie, on prescrit un diagnostic, on fouille et on rend le terrain ». En 2025, sur 8 000 dossiers, 8 % ont nécessité une fouille archéologique en France. Dans le Grand Est, sur les 92 fouilles archéologiques de l’année, une cinquantaine étaient réalisées dans l’Aube. « Le sous-sol de notre territoire a encore beaucoup de choses à nous dire, à condition de prendre le temps de l’écouter. »
Exposition « Lavau, un prince celte en bord de Seine 450 ans avant notre ère » : Musée d’Art moderne de Troyes. Nombreux ateliers, conférences et animations autour de l’exposition jusqu’au 21 juin.