Entreprises

Le premier rebours gazier du Grand Est en fonction à Vouziers

Énergie. GRTgaz a officiellement inauguré le rebours de Vouziers (Ardennes) – le premier dans le Grand Est – auquel six méthaniseurs du territoire, bientôt sept, sont raccordés. Grâce à cette installation, l’objectif est d’absorber le surplus de gaz produit afin de le réinjecter dans le réseau de transport ou dans des espaces de stockage.

Lecture 8 min
Présentation du rebours à la sortie de la ville de Vouziers
Le rebours se trouve à la sortie de la ville de Vouziers, il sera raccordé à 7 méthaniseurs au total. (Crédit : ND)

Attention, « zone ATEX ». Comprendre « atmosphère explosive ». Le rebours de Vouziers, finalement moins impressionnant que ce à quoi on pourrait s’attendre n’en est pas moins très puissant en termes d’injection de gaz.

L’installation, gérée par GRTgaz offre en effet une solution technique pour valoriser le biométhane produit à quelques kilomètres de là, par les bientôt sept méthaniseurs raccordés. Le poste, dont la construction a démarré en août 2021, permet désormais d’accueillir près de 1 100 m3/h ce qui représente une production de 125 GWh, soit l’équivalent de la consommation d’environ 11 000 foyers. Le raccordement de deux nouveaux méthaniseurs permettra, à horizon 2030, de couvrir la consommation de 20 000 foyers.

19 000 km de réseau pour 1 million de clients

Prenons le chemin du gaz dès le début : les méthaniseurs de la zone produisent du méthane grâce aux résidus provenant de l’agriculture, de la sylviculture mais aussi de l’industrie agroalimentaire et d’agro-industries. Le gaz produit est 100% renouvelable et appelé biométhane. Après purification, il est injecté dans les réseaux gaziers de distribution, gérés par GRDF.

« Nationalement, GRDF gère un réseau de distribution public de 200 000 km pour desservir 12 millions de clients », explique Emmanuel Connesson, Directeur Adjoint Clients & Territoires EST. « Dans le Grand Est, nous gérons 19 000 km de réseau pour 1 million de clients. »

Or, le vouzinois étant une zone rurale et peu densifiée au niveau de la population, les méthaniseurs produisent plus que la population ne consomme de gaz. « La production de gaz augmente en été alors que la consommation reste faible, de l’ordre de 30 m3/heure et de 200 m3/h en hiver », détaille David François, cadre d’exploitation chez GRTgaz.

« Le rebours prend donc tout son sens dans des zones rurales comme celle-ci. Celui de Vouziers traite 1 100 m3/h en tournant 22 heures par jour. En zone urbaine ou périurbaine, tout le gaz vert produit serait consommé par la population. Le but est donc ici d’exporter le gaz du territoire dans des zones de grande consommation ou de le stocker. »

C’est pourquoi des traces de ce gaz ont été retrouvées dans les réseaux gaziers allant jusqu’en Suisse. En hiver, en France, « nous avons besoin d’une puissance de 230 GW, le réseau de gaz en fournit 130 », précise Emmanuel Connesson.

Concrètement, lorsque la pression monte jusqu’à 7,5 bars, indiquant une congestion sur le réseau de distribution, le rebours se met en marche et la fait redescendre jusqu’à environ 5,5 bars, en inversant le sens habituel des flux et « en remontant le gaz du réseau de distribution géré par GRDF vers le réseau de transport de gaz, géré cette fois par GRT ».

Entre-temps le gaz est analysé pour s’assurer d’une qualité optimale. Jean-Luc Warsmann, député de la 3e circonscription des Ardennes déclare à cet effet : « La méthanisation c’est le pacte entre la France rurale et la France urbaine qui est renoué. La France rurale au-delà de nourrir fournit en énergie du 21e siècle la France urbaine. »

La France, plusieurs grosse filière biométhane en Europe

Nationalement, 14 rebours sont en fonctionnement, 19 sont prévus d’ici 2023 et 40 d’ici 2025 et à horizon 2030, il y aura environ 150 installations de rebours. « Cette solution concrète vient soutenir la filière de méthanisation en forte expansion », précise ainsi le directeur général de GRTgaz, Thierry Trouvé (photo ci-contre).

Ainsi, dans le Grand Est, « on compte 110 unités de méthanisation pour une production de 2,5 TWh de gaz vert, correspondant à la consommation de 500 000 logements », éclaire Emmanuel Connesson, la plupart se fournissant en résidus dans un rayon de 30 km autour du méthaniseur. « L’avenir s’écrit aujourd’hui dans nos campagnes », se félicite le maire de Vouziers, Yann Dugard.

Photo de Thierry Trouvé
Thierry Trouvé (Crédit : ND)

« Notre pays n’est pas autonome en matière d’énergie mais on y travaille activement », relève Thierry Trouvé. « Le biométhane représente 2% de la consommation française, la loi inscrit à l’horizon 2030, 10% mais une révision de cet objectif est en train d’être vu pour 15%. Nous avons engagé cette troisième révolution du gaz qui consiste à remplacer le gaz que nous importons par du gaz renouvelable produit localement. »

À horizon 2050, un tiers de la consommation française actuelle pourrait être produite avec cette technologie sachant que la France dispose de la plus grosse filière biométhane en Europe. « Cette installation symbolise cette dynamique territoriale. La grande force du système gazier est de stocker jusqu’à un tiers de la consommation annuelle de gaz, ce qui nous a bien servi pendant la guerre en Ukraine », poursuit le directeur général de GRTgaz, précisant que ce type d’ouvrage nécessite 20 millions d’euros d’investissement environ par an.

Objectif 60 TWh de gaz renouvelable en 2030

Le rebours de Vouziers aura, lui, coûté un peu plus de 7 millions d’euros portés par 24 agriculteurs « qui ont tout négocié ensemble », rappelle Jean-Luc Warsmann. « Avant, on faisait des réseaux de gaz pour servir des clients, aujourd’hui, on a fait 40 km de canalisations pour aller chercher des producteurs et les ramener sur le réseau gazier. »

L’investissement total a été de l’ordre de 50 millions d’euros (6 millions pour les canalisations, 2,7 millions pour le rebours et 43 millions pour les installations de méthaniseurs).

Photo du rebours
La particularité d’un rebours est sa capacité à inverser les flux gaziers pour les renvoyer dans les réseaux de transport. (Crédit : ND)

« Jamais des acteurs économiques de l’arrondissement de Vouziers n’ont investi 43 millions d’euros pour l’économie du vouzinois. Là, ce sont des investisseurs de chez nous. La maîtrise reste locale et toute la valeur ajoutée reste sur le territoire », insiste le député.

Dans le Grand Est, trois nouveaux rebours sont programmés : Rethel, Troyes Ouest et Châlons-en-Champagne. « Avec 60 TWh de gaz renouvelable en 2030, la France disposerait d’une capacité équivalente à la production de 10 tranches nucléaires de 900 MW style Fessenheim. Ce qui est peu ou prou ce que la France importait de la Russie avant le conflit. Si on arrive à ces objectifs ce seront aussi 11 millions de tonnes de CO2 économisées par an », annonce Thierry Trouvé.