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Le pessimisme affiché des entreprises auboises

Conjoncture. L’enquête de conjoncture de la CCI de Troyes et de l’Aube donne les mauvais chiffres d’une économie en berne.

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Photo de Sylvain Convers et Virginie Velllut
Pas de cérémonie de présentation de la conjoncture économique et du ressenti des entreprises par Sylvain Convers et Virginie Velllut, juste une conférence de presse. (Crédits : MBP)

10,7 sur 20, tout juste la moyenne pour le semestre écoulé. C’est l’évaluation des chefs d’entreprise sur l’activité et la conjoncture économique du semestre écoulé. La note de projection des entreprises pour le second semestre enfonce le clou avec un 9,1. Il faut remonter à la période covid pour retrouver une aussi mauvaise notation des chefs d’entreprise. « C’est une situation plutôt tendue », souligne Sylvain Convers, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Troyes et de l’Aube lors du traditionnel point de conjoncture de rentrée effectué conjointement avec l’Ordre des experts comptables.

Baisse de l’activité pour 33 % des répondants à l’enquête de conjoncture de la CCI, baisse du chiffre d’affaires pour 57,9 %, dégradation des marges, hausse des coûts, l’ambiance n’est pas à l’optimisme. Bien que certains parviennent à tirer leur épingle du jeu, la majorité des entreprises connait de réelles difficultés et manque de visibilité pour se projeter. « La concurrence s’est renforcée, les trésoreries sont fragiles. 50 % des entrepreneurs subissent une altération de leur trésorerie, dont 14 % accusent une très forte dégradation. Cela amène des marges en baisse expliquées par une fiscalité et des charges élevées. » Matières premières, carburant, transport et énergie sont autant d’éléments qui augmentent les coûts de production. « Seulement un tiers d’entre elles arrivent à les répercuter sur leurs prix de vente. »

Investissements en berne

Côté investissement, la prudence et l’attentisme sont de mise et les reports aussi. 65 % des entreprises n’ont pas réalisé d’investissement et 40 % n’en prévoient pas. Même constat pour l’Ordre des experts-comptables avec une légère baisse de chiffre d’affaires par rapport à la même période de l’année précédente. « Notre Région se place sur le plan national en avant-dernière position, avec un nombre de défaillances qui continue de croître puisqu’on est à plus 3 % sur ce début d’année plus de 1 000 défaillances supplémentaires sur l’échelle de la région », commente Virginie Vellut, représentant l’Ordre. Les entreprises mettent d’ailleurs plus de temps à régler leurs factures et allongent les crédits interentreprises.

Emploi préservé

Concernant l’emploi et le recrutement, les entrepreneurs qui ont tiré la leçon de la crise covid tentent de stabiliser leurs effectifs et de garder les compétences pour ne pas être pris de court à la reprise. « Globalement, ils ne remplacent peut-être pas les partants, mais en tout cas ne dégraissent pas », poursuit Sylvain Convers. « D’ailleurs, on a 26 % des entreprises qui disent avoir des problèmes de recrutement. C’est quand même assez paradoxal. »

Certains secteurs sont sous tension et ne trouvent pas de candidat. « Il y a des filières pour lesquelles soit on ne produit plus assez de diplômés, soit elles sont très techniques et il n’y a pas assez de candidats à la formation », précise Virginie Vellut. Les ruptures technologiques comme l’IA créent une barrière à l’entrée et il est parfois compliqué pour les salariés en poste de s’approprier ces nouveaux outils. « Et puis, on ne va pas se mentir, il y a aussi parfois un manque d’appétence avec la difficulté de trouver des gens qui se lèvent tous les matins pour venir travailler huit heures d’affilée, puis repartir », poursuit l’expert-comptable.

« Il n’y aura pas de visibilité avant l’été 2027 au mieux. De toute façon on va avoir les élections présidentielles et en fonction du finaliste, cela change quand même l’attitude des chefs d’entreprise. Et nous savons qu’il y aura des législatives. Cela ne nous engage pas vers une stabilité très forte. Notre rôle à la CCI est d’accompagner les entreprises sur les questions de transition, d’évolution, d’intégration de l’IA pour pouvoir gagner en productivité. »

Un rôle qui permet aussi de faciliter les reprises d’entreprises qui sont nombreuses au détriment des créations. Mais préserver les activités et les savoir-faire reste essentiel. « La conjoncture actuelle est qualifiée de très mauvaise pour 35 % des entrepreneurs. C’était 28 % au semestre précédent. On est en progression et d’ici 20 ans on sera arrivé à 100 % à ce rythme-là. » Autant dire que le passage à la facturation électronique avec ses coûts associés n’est pas la préoccupation du moment.