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130e année

Le Patrimoine séduit toujours plus les mécènes

Patrimoine. L’apport économique de la restauration du patrimoine est vingt fois plus important que le montant du mécénat. Les travaux, non délocalisables pour la quasi-totalité, servent la culture, le tourisme, le développement des entreprises et la création d’emplois.

Pierre Possémé, Délégué régional Champagne-Ardenne de la Fondation du Patrimoine : “Jamais le patrimoine n’a été autant soutenu en France” DR

Les dons en faveur du patrimoine ont quasiment triplé en dix ans sur le territoire de la Champagne-Ardenne, l’une des régions les plus généreuses. Les projets ont une valeur pour les habitants et viennent du territoire. Si les églises sont en nombre les premiers sites à sauver, la Fondation traite aussi de tous les secteurs du patrimoine témoin de l’histoire : les transports, les métiers, les coutumes et la vie d’hier. Entretien avec Pierre Possémé, Délégué régional Champagne-Ardenne de la Fondation du Patrimoine.

S’agit-il de palier des carences de l’Etat ?

Le mécénat, c’est participer avec ses fonds personnels et des fonds d’entreprise à une oeuvre collective qui permet, par exemple dans notre cas le sauvetage du patrimoine. C’est une manière de payer une partie de ses impôts qui va directement épauler une cause nationale. C’est du militantisme. Il ne s’agit pas de palier une défaillance de l’Etat et d’ailleurs si l’Etat c’est aussi nous, il ne peut pas tout faire.

La sauvegarde du patrimoine doit également passer par un effort citoyen. Sans ce mécénat, il ne se ferait pas grand-chose en faveur de la conservation et de l’animation du patrimoine, mais aussi dans bien d’autres secteurs comme ceux de la santé, de la recherche, de l’éducation, ici dans notre région, en France et dans le monde entier. L’envie d’aider est beaucoup plus forte que ce que l’on peut imaginer. Le mécénat a existé de tous temps.

Comment évolue le mécénat régional ?

On peut prendre l’exemple des vitraux de Marc Chagall pour la Cathédrale de Reims. Ce sont les entreprises de la profession du bâtiment qui ont assumé à cent pour cent la restauration de cette oeuvre. L’avantage d’un mécénat local est de faire travailler les entreprises du territoire et ici l’emploi n’est pas délocalisable. Le retour économique des dons est immédiat. Faut-il le répéter ? Un euro investi équivaut à 21 euros de retombées.

Les entreprises donnent plus et les citoyens font de même. Au niveau de la Délégation Champagne-Ardenne de la Fondation du Patrimoine, on récoltait, voici dix ans 300 000 euros par an. Aujourd’hui, on est plutôt au-delà d’un million d’euros. Chaque dossier nous permet d’apporter entre cinq et dix pour cent du total des travaux d’une restauration. Notre intervention est souvent à l’origine de la participation des collectivités locales, départementales et régionales.

Comment sont choisis les projets soutenus ?

Nous ne faisons pas de choix a priori. Ce sont les maires ou des associations qui nous contactent lorsqu’ils ont un projet. Nous n’intervenons que dans ces projets associatifs ou portés par une collectivité, jamais en réponse à une demande strictement privée. Ce fut le cas avec, très récemment, avec l’Association Renaissance de la Maison des Musiciens à Reims, c’est aussi le cas pour les Thermes de Warcq, portés par le Conseil départemental des Ardennes, une restauration sélectionnée par la Mission Berne en 2018.

Autre exemple de ce véritable engouement pour le patrimoine : la restauration de la Croix de Lorraine à Colombey-les-Deux-Eglises ou celle de l’Eglise Saint-Joseph à Reims. Là aussi, la totalité des travaux a été financée par des dons. Le travail de la Fondation ? Quatre-vingt-dix à cent dossiers traités chaque année par notre Délégation régionale. Repérer des lieux, s’assurer que la restauration sera faite dans les règles de l’art, accompagner la défiscalisation des dons, récolter des dons qui passent obligatoirement par nous. Nous sommes une garantie du sérieux des opérations de ce genre. Jamais le patrimoine n’a été autant soutenu en France et la Mission Bern y est pour beaucoup.

Gérard Delenclos