Le modèle de l’apprentissage sous tension
Formation. Avec des financements en baisse et un modèle économique sous pression, les centres de formation de l’UIMM doivent s’adapter. Un enjeu majeur pour l’industrie, qui peine déjà à recruter les compétences nécessaires à son développement.
Le gouvernement a beaucoup misé sur l’apprentissage lors de la réforme de la formation professionnelle ces dernières années. Une dynamique assez forte a été engagée, avec une refonte du dispositif de financement. L’État a ainsi créé France Compétences en 2018 avec comme objectif d’assurer le financement, la régulation et l’amélioration du système de la formation professionnelle et de l’apprentissage. « Mais d’année en année, les accompagnements destinés aux CFA pour former les apprentis ont été drastiquement réduits », regrette Sébastien Guénet qui précise : « Le modèle économique est assez simple : lorsqu’un jeune signe un contrat d’apprentissage, le CFA reçoit un budget pour le former, aux alentours de 8 000 euros, selon la formation. Mais ce que l’on appelle le « coût-contrat » est raboté d’année en année par l’État. » Or les formations industrielles figurent parmi les plus coûteuses, nécessitant des plateaux techniques régulièrement modernisés, des équipements industriels de pointe ainsi que des mises aux normes régulières.
Conséquence directe, l’UIMMdoit trouver des solutions pour « rationaliser et optimiser » son propre fonctionnement ainsi que l’offre de formation. « Cette tension se traduit par des arbitrages difficiles qu’il va falloir effectuer, en limitant les investissements, en regroupant des sections à faible effectif mais aussi sans doute, en ayant recours à des allègements de personnels », livre Cédric Kamerer, vice-président de l’UIMM Champagne-Ardenne. Une réorganisation qui devra s’effectuer d’ici la rentrée 2026. Concernant les formations peu fréquentées – comme celle en usinage, en sous-effectif à l’UIMM mais avec une demande extrêmement forte au niveau territorial – les responsables se refusent à les fermer. « Rien que dans les Ardennes, 130 offres sur ces emplois sont non-pourvues. » L’organisme compte donc poursuivre « sa mission de service auprès des adhérents, qui ont besoin de jeunes formés. Certaines sections ne seront jamais « rentables » mais restent essentielles », appuie Sébastien Guénet qui oeuvre pour une meilleure collaboration avec l’Éducation nationale, dont les enseignements « font parfois doublon ». L’année 2026 n’augure rien de bon pour la formation, avec un budget envisageant une baisse de près de 2 milliards d’euros pour l’apprentissage en France.
44 000 recrutements par an d’ici 2030
Or si depuis 2021, le financement par alternant a baissé de 22 %, les besoins sont considérables. Une étude menée par l’OPCO 2i prévoit environ 44 000 recrutements par an dans l’industrie dans le Grand Est entre 2025 et 2030, soit plus de 225 000 en 5 ans. « Les métiers les plus recherchés concernent la production, qui représente environ 30 % des emplois, et la maintenance, autour de 26 %. Les deux sont évidemment étroitement liés : lorsqu’on produit, il faut maintenir les outils de production. » Et les deux responsables de rappeler : « Aujourd’hui, entre 80 et 90 % des alternants obtiennent un CDI. L’apprentissage reste donc une voie privilégiée vers l’emploi, souvent mieux rémunéré que certains métiers de service. »