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130e année

Le miscanthus, plante d’avenir

Agriculture. Guillaume et Mathilde Leriche, couple d’exploitants agricoles installés depuis 14 ans à Brienne-sur-Aisne, ont fondé Rhizosfer en 2021, une entreprise spécialisée dans le miscanthus, une plante aux nombreux atouts agronomiques et écologiques.

Mathilde et Guillaume Leriche devant des tiges de miscanthus pouvant atteindre 3 mètres de haut, et être aussi utilisés comme brise-vue. DR

Le miscanthus gigantus. Derrière ce nom scientifique botanique, se cache une plante méconnue mais avec de nombreux atouts. Graminée originaire d’Asie, elle est peu cultivée même si ces dernières années, elle bénéficie d’un regain d’intérêt, notamment chez les agriculteurs. En effet, celle-ci permet de faire du paillage pour les animaux mais aussi du paillage viticole ou du biocombustible. « Ses racines, appelées rhizomes, permettent de retenir la terre et protègent les sols contre l’érosion éolienne et pluviale. De plus, sa production ne nécessite que très peu d’intrants. Elle protège ainsi les zones de captage et préserve la qualité de l’eau », explique Mathilde Leriche, qui a travaillé pendant 10 ans comme ingénieure en biotechnologie pour AgroParisTech.

« Avec ce projet, nous souhaitons produire plus de 4 millions de plants de miscanthus par an et planter 400 hectares par an pour nos clients »

L’exploitation du couple fait 64 hectares de grandes cultures dont 15 hectares de miscanthus. « Toute notre exploitation est convertie en bio, avec des céréales comme le blé, l’orge de printemps, mais aussi le sarrasin, la luzerne ou encore le chanvre. » Le choix des cultures est fait avec une vision écologique et « une volonté de développer des projets à forte valeur ajoutée ». Développer la culture et la commercialisation du miscanthus est ainsi une manière d’assurer la pérennité de l’entreprise. « Nous avons conçu le matériel de récolte et de plantation des rhizomes, car il faut savoir que c’est une plante pérenne mais stérile. Il faut donc la multiplier par des racines, ce qui demande un réel travail en amont », précise Mathilde Leriche.

Le couple a ainsi développé un procédé innovant, transformant une production manuelle en plein champ, en une production automatisée et surtout sécurisée, face au changement et aléas climatiques. « Au lieu de multiplier le rhizome de manière classique, on s’est tourné vers les petits plants en mottes que l’on va planter sous serre. » En effet, la demande est en réelle augmentation et est supérieure à l’offre. « Nous sommes le deuxième producteur en France de miscanthus et la demande de plants croit annuellement entre 10 à 15% depuis 5 ans, aussi bien en France qu’à l’étranger », note celle qui est aujourd’hui chargée du développement du projet au sein de l’exploitation. « En sous-serre, on pourra multiplier par quatre la production. » Avec la crise mondiale des céréales, on peut s’attendre à ce qu’il y ait de moins en moins de paille de céréales, celle du miscanthus est donc une réelle alternative.

4 millions de plants de miscanthus par an

Le couple, outre la production, propose à ses clients un panel de services, allant de l’accompagnement du choix de la parcelle pour planter, jusqu’au suivi de récolte, en passant par la préparation de la terre et l’accompagnement à la plantation. « Pour cela, nous avons mis en place une marketplace avec un annuaire pour que les clients puissent ensuite vendre eux-mêmes leur propre paille. » L’objectif de la levée de fonds est de collecter 400 000 euros afin de pouvoir développer trois éléments clés du procédé : un mode de chauffage utilisant l’énergie de la biomasse, un protocole de culture respectant le cahier des charges de l’agriculture biologique et la modernisation et l’agrandissement d’un bâtiment existant.

« Avec ce projet, nous souhaitons produire plus de 4 millions de plants de miscanthus par an et planter 400 hectares par an pour nos clients. Le coût total de notre projet est d’1,6 million d’euros, auquel nous devons apporter 400 000 euros en fonds propres. Nous avons le soutien de Bpifrance ainsi que de la Région Grand Est qui nous a apporté trois subventions au titre de la sécurisation des approvisionnements en eau, de l’utilisation de la chaudière biomasse, et de l’aide à l’innovation agricole. »

Rhizosfer est en plein dans l’économie circulaire et durable. Pour les soutenir, rendez-vous sur la plateforme WiSEED

Nastasia Desanti