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130e année

Le leadership selon Jean-Pierre Raffarin

Rencontre. Auteur de « Choisir un chef », décryptage de l’usage du pouvoir et du leadership à travers le monde et les époques, l’ancien Premier ministre Jean Pierre Raffarin était l’invité, jeudi dernier, de Neoma Business School pour parler… leadership.

Pour Jean-Pierre Raffarin, « le meilleur leadership, c’est le leadership de soi-même ». DR

Jean-Pierre Raffarin l’affirme : « Il faut enseigner le leadership dans les écoles de commerce. » C’est d’ailleurs ce qu’il a fait à l’ESCP où il lui avait été demandé, voici une quinzaine d’années, de préparer un cours sur le leadership - et qui lui a finalement donné l’idée d’écrire un livre sur ce thème, nourri de réflexions liées au management et au pouvoir, à l’aune de sa propre expérience. À ses yeux, le leadership n’est pas une valeur en soi, c’est plutôt une vertu… ou pas.

Quand la politique perd sa légitimité, la violence augmente. Or la politique a été créée pour lutter contre la violence.

Pour lui, un leader doit incarner une ambition et un chemin (pour atteindre cette ambition), car il n’y a pas de chef sans vision, sans perspectives. Le leader doit également assurer la cohérence entre l’ambition (ou la destination) et le chemin à suivre. C’est essentiel. « Si le leadership est une éthique, on peut aller loin avec son équipe, en faisant preuve d’écoute et de disponibilité à l’égard des autres. » Mais le leadership peut se révéler diabolique s’il débouche sur l’exercice solitaire du pouvoir, sur le manichéisme (ceux qui sont avec moi sont bons, ceux qui sont contre moi sont mauvais), le clanisme. Jusqu’à la dérive névrotique du dictateur, où la violence entre en jeu.

Pour une nouvelle organisation du leadership politique

En France, la notion de leadership n’est pas la même selon qu’elle s’applique à des chefs d’entreprise ou à des hommes politiques, en ce sens qu’il y a une différence de culture entre ces deux domaines. L’entreprise est un lieu de liens hiérarchiques. En politique, il n’y a pas de liens hiérarchiques, mais des rendez-vous (les élections). Les temps ne sont pas les mêmes dans chaque univers. Pour une définition du chef, Jean-Pierre Raffarin recommande la lecture du « Fil de l’épée » (1932), de Charles de Gaulle, « qui dit tout sur ce que doit être un chef », avec cette certitude que « le don est façonné par le métier ». Dans une optique différente, les Américains, pensent quant à eux que tout s’apprend.

Tandis que dans la culture asiatique, on ne voit pas le chef, qui n’agit pas, qui ne s’expose pas… mais qui dirige comme un chef d’orchestre. Jean-Pierre Raffarin estime par exemple qu’il n’y a pas de déficit de leadership parmi les actuels candidats à la présidence de la République, notamment parce qu’ils incarnent réellement leurs propositions (auxquelles on adhère ou pas). Mais il pense qu’il y aujourd’hui dans le système politique français « un déficit de partage du leadership, la concomitance du quinquennat et de la législature parlementaire constituant une dérive des institutions initiales de la Ve République, limitant de fait la légitimité électorale propre du parlement ». Jean-Pierre Raffarin voit là une raison du désintérêt actuel pour la politique. « Quand la politique perd sa légitimité, la violence augmente. Or la politique a été créée pour lutter contre la violence. » Il appelle de ses voeux un travail sur l’organisation du leadership politique avec un équilibre des responsabilités et des pouvoirs.

Le leadership de soi-même

On ne contestera évidemment pas à Jean-Pierre Raffarin une certaine expérience en matière de leadership. En homme de communication qu’il fut - et qu’il reste - il conseillait vivement aux étudiants de Neoma de « soigner l’expression » (soulignant combien le fameux grand meeting de Valérie Pécresse fut… éloquent à cet égard) : « Parlez lentement pour maîtriser la parole ; adoptez une attitude détendu à l’égard de ceux auxquels vous vous adressez ; respectez le plan annoncé dans votre introduction ; sachez faire preuve d’humour pour ‘gagner’ votre auditoire… »

Avec des anecdotes glanées au fil de sa vie professionnelle et politique, Jean-Pierre Raffarin a parfaitement illustré son propos, et gagné la salle à sa démonstration. Mais si la réflexion sur le leadership conduit à une analyse du pouvoir et de la conduite des choses, « c’est aussi une analyse de ce que l’on est. Le meilleur leadership, c’est le leadership de soi-même », pouvait-il conclure.

Jacques Rivière