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130e année

Le gaz est-il l’énergie verte du futur ?

Énergie. Si l’on prend un peu de hauteur, que l’on regarde le panorama des énergies disponibles, et surtout la nécessité d’atteindre la neutralité carbone à horizon 2050, le gaz apparaît non seulement comme un réel complément décarboné à l’électricité mais aussi comme un moyen de fournir des secteurs aussi variés que l’habitat, le transport ou l’industrie.

Le Grand Est dispose de 21 900 km de réseau de distribution de gaz afin de desservir 1 358 communes soit 1,2 million de clients. DR

S’il n’est pas question d’opposer électricité et gaz et de mettre en concurrence ces deux types d’énergies historiquement majoritaires dans notre pays, il n’empêche, la filière gaz compte bien faire entendre sa voix dans les années à venir en matière de décarbonation. En effet, le sujet s’est subitement invité dans le débat public depuis le début de la guerre en Ukraine avec la question des apprivoisements en gaz russe, de l’ordre de 17% dans notre pays. Si ces importations ne sont pas la pierre angulaire du système énergétique français, elles obligent à se poser la question de la place du gaz en France, à l’heure où les objectifs de neutralité carbone en 2050 paraissent plus que compliqués à atteindre.

42% des ménages se chauffent au gaz

Le secteur du bâtiment représente 44 % de l’énergie consommée en France, loin devant celui des transports (31,3%). Chaque année, le résidentiel et le tertiaire émettent plus de 123 millions de tonnes de C02, ce qui en fait l’un des domaines clés dans la lutte contre le réchauffement climatique et la transition énergétique. Or, 42% des ménages se chauffent au gaz, dont 1,3 million en région Grand Est. Un des enjeux est donc la réduction de la consommation d’énergie. « En hiver, nous avons besoin de quatre fois plus d’énergie qu’en été, rappelle Christophe Desessard directeur régional Grdf clients territoires. Et le gaz en hiver, c’est 40 à 50% de nos besoins énergétiques. C’est pourquoi il est important de le décarboner, en produisant du gaz vert, grâce à la méthanisation et à l’hydrogène. Notre ambition c’est qu’il y ait 100% de gaz vert en 2050. » En Grand Est, 78 sites produisent du biométhane, ce qui équivaut à 260 000 logements chauffés.

« Nous allons monter en puissance en 2023 avec 178 sites confortant à notre région, sa place de leader en termes de dynamique biométhane », soutient Emmanuel Connesson, directeur territorial régional Grand Est. Or si le gaz devient une alternative sérieuse à l’électricité au niveau de la souveraineté énergétique et de la décarbonation, qu’en sera-t-il du prix ? « Nous avons 3,5 millions de clients qui sont sous bouclier tarifaire depuis octobre 2021 et on peut en ajouter 2,5 millions qui le sont aussi indirectement car il y avait beaucoup d’offres de fournisseurs qui étaient indexées sur le tarif réglementé », explique Christophe Desessard.

« Les autres clients sont en offre de marché et ont conclu des contrats d’un à trois ans, avec des prix fixes pour la plupart, donc ils bénéficient des tarifs contractés avant les augmentations de prix du gaz. Ainsi, sur les 11 millions de clients totaux, certains ont vu des augmentations multipliées par deux ou trois, par rapport aux indexations sur les prix spot, mais la plupart sont protégés par leurs contrats anciens. On estime que nous avons au moins 8 millions de clients qui sont concernés par les tarifs d’avant octobre 2021. »

Grâce à la méthanisation, la production de gaz vert va s’industrialiser

À l’avenir, les coûts ne devraient pas augmenter de manière significative, dans la mesure où d’une part, le parc de chaudières se modernise petit à petit et consomme moins d’énergie pour chauffer tout autant, mais aussi parce que la production de gaz vert va s’industrialiser. « En remplaçant son ancienne chaudière par le « PAC hybride » c’est-à-dire une pompe à chaleur hybride gaz ou une chaudière à condensation, il est possible de réaliser une économie de 20 à 30 % sur ses consommations de chauffage et d’eau chaude », estime Christophe Desessard. Prenant toujours en comparaison l’énergie produite par l’électricité, « certes traditionnelle dans notre pays avec les programmes nucléaires », le directeur régional Grdf clients territoires tient tout de même à souligner que « tout décarboner par l’électricité c’est 1 000 milliards d’euros d’investissements », d’après le scénario RTE.

Emmanuel Connesson, Directeur Territorial Régional Grand Est GRDF et Christophe Desessard, Directeur Clients Territoires EST. Nastasia Desanti

En comparaison, « décarboner 100% du gaz, c’est 150 milliards, donc 10 fois moins ». « Aujourd’hui le gaz vert, c’est 100 € du mégawattheure (MWh) et on espère atteindre 70 € en 2030 car lorsqu’on industrialise, on fait baisser les coûts. En revanche, quand on achète le gaz sur le marché spot (le marché spot est apparu avec l’ouverture à la concurrence du marché du gaz naturel au début des années 2000, les prix sont fixés « on the spot », c’est-à-dire sur le moment et au comptant, Ndlr) il est à 120 € du mWh, et a même pu monter jusqu’à 250 € ! »

Le coût de production du gaz vert, inférieur au coût d’importation d’un gaz fossile

« Avec la situation géopolitique, on va se retrouver de toutes façons avec une raréfaction de l’offre, donc il va falloir accentuer notre production », soutient le directeur territorial régional Grand Est. Or, chaque fournisseur (42 au total, dont les géants Engie, TotalEnergie, Eni, etc.), en fonction des volumes qu’il vend sur les marchés français, va avoir l’obligation d’incorporer du gaz vert. C’est pourquoi, ces fournisseurs vont être obligés d’acquérir des certificats de production de biométhane. « Il y a un besoin criant de stabilité réglementaire », insiste Emmanuel Connesson.

La région Grand Est est ainsi aujourd’hui, plus que jamais au cœur de ces sujets, puisqu’elle est la première en matière de sites de production, avec 1 400 GWh produits en 2020 et la première région en capacité réservée dans les réseaux de gaz. 173 projets d’unités de biométhane sont aussi en cours de réalisation. « La méthanisation c’est un sujet énergétique mais aussi de souveraineté énergétique, un sujet agricole, d’emplois, de développement durable, de sauvegarde des sols, de limitation des produits phytosanitaires. Cela doit s’intégrer dans un écosystème global », met en perspective Christophe Desessard.

Nastasia Desanti