Latitude, propulseur d’une filière spatiale champenoise ?
Aérospatial. Après sa visite ardennaise la veille, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, était, le 23 juillet, dans les locaux de la start-up Latitude, à Reims, afin d’aborder les enjeux de souveraineté industrielle dans les secteurs aéronautique et spatial.
Depuis son implantation en 2020 dans le quartier de La Neuvillette, à Reims, Latituden’a cessé de poursuivre sa croissance. Les locaux sont aujourd’hui remplis de machines et d’espaces de travail, préfigurant un déménagement et un agrandissement devenus nécessaires, dans les anciens locaux d’AstraZeneca une fois le premier lancement effectué, prévu fin 2027. Le marché des mini-satellites (moins de 300 kg), sur lequel se positionne Latitude, est en effet en pleine expansion. « Alors qu’environ 180 satellites étaient lancés chaque année en 2019, ce chiffre a dépassé les 850 en 2024 pour les satellites de moins de 200 kg », indique Kevin Monvoisin, cofondateur de Latitude. L’entreprise a ainsi fait le choix de se positionner sur le marché des micro-lanceurs, jusqu’alors délaissé par les grands acteurs, qui privilégiaient les satellites lourds, de 10 à 50 tonnes en orbite basse (comme Ariane 6). « Sur cette gamme, nous sommes les seuls en Europe à proposer un lanceur capable de placer en orbite des satellites de moins de 300 kg, avec une offre particulièrement compétitive sur les charges utiles d’environ 150 kg. »
Pour accompagner son développement, Latitude peut également compter sur le soutien de partenaires de poids. Outre ses investisseurs – Crédit Mutuel Innovation, Expansion, Bpifrance et UI Investissement – l’entreprise bénéficie en effet de l’appui de l’État français puisqu’elle a été sélectionnée par le Centre national d’études spatiales (CNES) dans le cadre des appels d’offres du plan France 2030. Son premier lancement commercial, réalisé avec son lanceur spatial de 19 mètres, aura ainsi pour client le CNES et l’État français. « Un gage de confiance et de reconnaissance. » La société a également noué des accords commerciaux avec des atart-up internationales, notamment avec Madari Space, dont l’objectif est de déployer une constellation destinée à stocker et traiter des données depuis l’espace. « L’enjeu est considérable pour nous, car un euro de contrat peut générer quatre euros de retombées économiques », souligne Kevin Monvoisin.
Objectif : 50 lancements par an
À terme, l’objectif est ambitieux : atteindre 50 lancements par an. Le premier vol doit être réalisé depuis Kourou, en Guyane française, fin 2027, avant d’envisager d’autres sites de lancement, notamment à Oman, dont la proximité avec l’équateur présente un intérêt pour les opérations spatiales. Les satellites lancés par Latitude pourront répondre à de nombreux usages. L’observation de la Terre constitue l’un des premiers marchés, avec des applications dans la viticulture et l’agriculture. Une croissance et des domaines d’application qui expliquent la visite du ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad. « Si on veut garder un accès autonome à l’espace, qui est fondamental en termes de recherche, d’accès aux données scientifiques et de communications sécurisées, aussi bien sur le plan civil que sur le plan militaire, nous avons besoin d’avoir nos propres acteurs, dans le domaine de l’innovation comme dans celui de l’industrie », souligne le ministre, qui attire l’attention sur le fait que « le marché est en train de se refermer avec SpaceX, qui va de plus en plus concentrer ses tirs sur Starlink et ses propres constellations ».
En pleine négociation du prochain budget européen, Benjamin Haddad estime que l’argent du contribuable européen doit « faire émerger des champions européens pour soutenir nos propres solutions ». Une orientation qu’il défendra lors du sommet spatial qui aura lieu à Paris, sous coprésidence franco-allemande, les 9 et 10 septembre prochains. « La France a investi depuis longtemps. Nous avons nos propres constellations, des acteurs historiques et un commandement de l’espace. Mais si on veut pouvoir garantir un accès autonome, il faut vraiment avoir des financements communs et pouvoir rapprocher nos écosystèmes. »
Plus localement, une entreprise « locomotive » du secteur spatial comme Latitude peut entraîner dans son sillage d’autres sociétés partenaires et sous-traitantes. Le Grand Est peut-il alors se rêver comme une nouvelle région portant une industrie aéronautique et spatiale ? « Cela crée un ancrage dans le Grand Est. Latitude est située ici. Nous avons par ailleurs installé un site d’essais à Vatry. Forcément, cela crée une dynamique. On travaille avec des entreprises locales comme les Ateliers Roche, le groupe AGS à Sézanne, mais aussi avec La Chaudronnerie Collet ou La Fonte Ardennaise. L’avantage, notamment quand on fait des essais, c’est que s’il y a une problématique, ils peuvent se déplacer très vite. C’est vraiment cette agilité et cette rapidité qui sont importantes », insiste Kevin Monvoisin. « Lorsqu’on parle de spatial, de budget européen et de souveraineté, on est sur des sujets extrêmement concrets, qui ont des retombées industrielles en termes d’emploi et de réindustrialisation pour nos territoires », rappelle aussi Benjamin Haddad.