La SNCF et les prouesses techniques de l’électrification de la ligne 4
Transport. La SNCF fait appel aux pointures du génie civil pour les travaux de mise aux normes des ouvrages d’art sur la ligne Paris-Troyes.
Le pont Sarrail réhaussé, le pont Buffard grignoté pour être reconstruit, la passerelle Marie de Champagne découpée, progressivement... l’électrification de la ligne SNCF Paris-Troyes se concrétise. Un chantier de plusieurs années qui nécessite d’adapter trente ponts et passerelles pour installer 2 300 caténaires sur les 119 km de voies à électrifier. « C’est le seul chantier en France d’électrification d’une voie existante, et avant des décennies, nous n’en verrons pas d’autres », annonce Ève Silberstein, directrice régionale SNCF Réseau Grand Est. « Le pont Sarrail est une prouesse technologique dont nous sommes fiers. C’est également un choix économique et de développement durable. » Le pont de 750 tonnes sur 33 mètres de long et 13 mètres de large a ainsi été rehaussé à l’aide de vérins de 70 cm, évitant sa démolition et reconstruction. Un chantier dont la livraison a été retardée compte tenu des ajustements nécessaires révélés en cours de travaux. Les éléments du tablier du pont présentant des différences avec ceux figurant sur les plans d’origine, datés des années 1970. Des aménagements complémentaires avec une voie piétonne et une bande cyclable protégées, des auvents de protection architecturés, un nouvel éclairage, et l’enfouissement des câbles électriques, ont été réalisés, financés par Troyes Champagne Métropole et les villes de la Chapelle-Saint-Luc et Troyes pour un montant global de 473 000 €. La réouverture du pont est désormais effective après un an de travaux et de patience des riverains et des commerçants.
65 h suspendues avant la circulation des trains
Un pont inauguré, deux autres démolis quelques jours plus tard pour rapprocher un peu plus le train électrique de la gare de Troyes. Les équipes de Bouygues, missionnées par la SNCF pour la démolition du pont Flavien Buffard et de la passerelle Marie de Champagne à Troyes, avaient 65 h montre en main entre l’arrêt des trains le jeudi 7 mai au soir et la reprise du trafic le dimanche à 15 h 20. Contrat rempli. Les deux ouvrages ont été démolis simultanément, proposant un spectacle inédit de technicité et de précision aux riverains et curieux progressivement massés aux abords.
Datant d’un peu avant 1900, la passerelle Marie de Champagne, signée des équipes Eiffel, marquait le paysage. Pour autant les matériaux et techniques des siècles passés avec amiante et plomb ne permettaient pas de préserver l’ouvrage. Il a été découpé en deux. Chaque partie de la passerelle a été levée et directement posée sur des camions en attente de chaque côté des voies avant d’être évacuée. La passerelle subira donc un traitement lors de sa fonte pour en recycler le métal.
Pendant ce temps, les engins grignotaient aussi le pont Lucien Buffard à coups de pelleteuses quelques centaines de mètres plus loin. Les voies ont préalablement été protégées et les gravats nettoyés régulièrement pour éviter toute détérioration des rails remis en circulation quelques heures plus tard. En fin de journée, il ne restait donc plus rien des deux ouvrages. Il faudra patienter jusqu’en octobre 2026 pour franchir de nouveau les voies à pied via la nouvelle passerelle adaptée à la réglementation et au confort d’aujourd’hui. Au-delà de l’escalier, une goulotte permettra de monter les vélos et surtout un ascenseur installé sur les deux rives facilitera l’accès des personnes à mobilité réduite ou des poussettes d’enfant.
Pour le pont Buffard complètement reconstruit, le chantier durera un an avec une ouverture du nouvel ouvrage en mai 2027. Une mise en service qui actera la suite du chantier sur le dernier pont à traiter avant l’arrivée en gare.
35 ans après, le bout du tunnel
Financés par l’État et les collectivités, l’électrification de la seconde phase des travaux s’élève à 266 millions d’euros. Au-delà du référencement des villes sur les cartes du train électrique avec l’attractivité économique et touristique sous-jacente, les voyageurs du Grand Est pourront se réconcilier avec un chemin de fer dont le diesel sera révolu et qui offrira des lignes fiables et sûres avec une empreinte écologique moindre. Les travaux de cette seconde phase permettront d’éviter 7 000 tonnes de CO₂ chaque année et de réduire la pollution sonore des trains. Après un combat de 35 ans semé d’embûches, François Baroin entrevoit enfin le bout du tunnel d’un dossier qu’il défend depuis toujours. « Je rappelle que les collectivités ont fait une avance de trésorerie pour permettre à l’État de respecter ses engagements. On a fait ça ! », rappelle le Président de Troyes Champagne Métropole qui se réjouit de l’avancée des travaux et de l’ouverture de la ligne électrique pour 2028. « Nous sommes près du but ! » Les premières poses de caténaires prévues début juillet à Romilly-sur-Seine marqueront le franchissement d’une nouvelle étape.