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129e année

La pénurie de matériaux menacent les entreprises du bâtiment

Bâtiment. Les artisans voient leur activité menacée. Faute d’approvisionnements, les chantiers prennent du retard. La hausse des prix, notamment du bois, et leur instabilité rend incertaines et parfois conflictuelles les relations avec la clientèle.

La pénurie de matériaux menacent les entreprises du bâtiment.

C’est simple, depuis 2020, d’après la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, les prix du bois ont doublé et ceux de l’acier, environ 40 %. Et c’est très compliqué pour eux. D’abord de rester dans les montants des devis élaborés au moment où ces matériaux de base étaient moins chers et plus abondants. Ensuite, de respecter les délais, quand un fournisseur leur explique que tel type de poutre, de plancher, voire de tuile ou de carreau, d’ordinaire disponible en quelque semaines ne le sera pas avant plusieurs mois.

Confronté lui aussi à cette situation, l’Etat s’est montré compréhensif avec les entreprises du secteur exécutrices de marchés publics. Par une circulaire du 16 juillet 2021, Matignon consent à aménager les délais d’exécution, à renoncer aux pénalités de retard et à respecter ses délais de paiement. Reste à obtenir des aménagements similaires pour les marchés privés.

Le sénateur de l’Aisne Antoine Lefèvre (LR) avait d’ailleurs déjà interpelé le ministre de l’Economie en mai dernier à ce sujet, s’inquiétant en outre d’un probable « phénomène de spéculation aggravant le manque de matière première et favorisant la hausse des prix ». Il a donc obtenu partiellement satisfaction à propos des marchés de l’Etat.

Aux origines de la pénurie

C’est un effet mécanique du confinement dû à l’épidémie de covid. Dans un premier temps, tous les pays gros consommateurs de ces matériaux ont vécu sur les stocks. Puis au moment de la reprise, alors que ceux-ci étaient au plus bas, les plus gros acheteurs, comme les Etats-Unis et le Chine, ont écumé les marchés et les prix ont flambé.

Les artisans et tous les acteurs du bâtiment se montrent assez pessimistes sur la durée de cette crise conjoncturelle. Ils estiment qu’il faudra du temps, au moins un ou deux ans, avant que le marché retrouve un équilibre et eux, des délais raisonnables d’approvisionnement. En attendant, ils doivent se débrouiller, dénicher des stocks résiduels et pratiquer la surenchère. Ils craignent pour la survie de leurs entreprises.

Effets collatéraux

Celles-ci doivent se faufiler entre deux écueils, comme Ulysse entre Charybde et Scylla, la cessation d’activité faute de matières premières et le travail à perte en raison des prix vertigineux. Une autre inquiétude des patrons du bâtiment, c’est celle de devoir mettre en chômage partiel une partie de leurs employés, alors qu’ils se plaignaient il y a peu de temps encore du manque de main d’œuvre qualifiée.

Stéphane Bourdier