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129e année

La luzerne pour nourrir les abeilles

Environnement. L’association Symbiose, regroupant des acteurs du territoire champardenais, met en œuvre un certain nombre de dispositifs favorisant la biodiversité. Le dernier-né, Apiluz.

Hervé Lapie, Benoît Collard et Clara Amy présentaient l’action Apiluz.

C’est à la sortie de Bétheny, à quelques kilomètres de Reims, que rendez-vous était donné par l’association Symbiose afin de présenter le dispositif « Apiluz », des bandes de luzerne non-fauchées destinées à maintenir la ressource alimentaire des pollinisateurs : abeilles, mais aussi coléoptères (scarabées, coccinelles) ou lépidoptères (papillons). Ce dispositif qui s’étend sur l’ensemble de la Champagne-Ardenne, regroupe et fédère plus de 3 000 agriculteurs partenaires ainsi que des apiculteurs, représentés par le Réseau biodiversité pour les abeilles. « Nous avons commencé à mettre en place ces pratiques entre 2016 et 2019 à Beine-Nauroy (Marne). En temps normal, on récolte la luzerne trois à quatre fois par an, pour ses qualités protéiniques. Mais quand on la laisse fleurir, elle répond aux périodes de disette alimentaire des pollinisateurs », explique Hervé Lapie, président et co-fondateur de Symbiose. C’est donc après trois années d’expérimentation qu’Apiluz a été lancé, avec le déploiement de 500 panneaux dans la région portant l’accroche « La luzerne nourrit les abeilles ».

Répondre aux objectifs d’élaboration de trames vertes

« Cela correspond à la mise en place de 1 260 km de trame verte pour un total d’environ 570 hectares, capables de nourrir 100 millions d’abeilles », poursuit celui qui est aussi président de la FDSEA Marne et FRSEA Grand Est. « Par ce biais, nous apportons une ressource mellifère et contribuons à développer la production de miel français. C’est important de créer un partenariat entre les agriculteurs et les apiculteurs plutôt que de nous opposer, comme cela peut être le cas ailleurs », souligne Hervé Lapie. La luzerne possède en effet de
nombreux avantages, dont celui de ne nécessiter que très peu d’entretien et donc très peu d’intrants. « C’est une culture assez facile à conduire que l’on garde deux ou trois ans, en rotation avec d’autres cultures, orge, colza, blé, etc. La luzerne apporte de l’azote et nettoie les parcelles », précise Benoit Collard, secrétaire général de l’association Symbiose et responsable du Comité de pilotage. « Depuis dix ans, on réfléchit à l’aménagement du territoire en repositionnant les agriculteurs comme acteurs du territoire et de réintroduction de la biodiversité », appuie Hervé Lapie.

Les bandes de luzerne non-fauchées permettent aux pollinisateurs d’avoir une ressource alimentaire.

Néanmoins, cet engagement a un prix, car toute bande non-fauchée est un manque à gagner pour l’agriculteur, « d’une moyenne de deux tonnes de matière sèche par hectare de bande », alors qu’en moyenne, une fauche représente 12 tonnes récoltées par hectare. Ainsi, afin de fédérer les volontés et amener les agriculteurs à ces nouvelles pratiques, ces derniers sont indemnisés à hauteur de 160 euros l’hectare de luzerne par des partenaires opérationnels privés (Fondation AVRIL, Fondation Crédit Agricole Nord Est, Chambre d’Agriculture de la Marne, Ceresia, Région Grand Est et Lidl qui souhaite mettre en place une filière de miel français).

300 000 euros de budget par an

Le budget global de l’opération s’élève à 300 000 euros par an. L’association multiplie les dispositifs et actions œuvrant pour la biodiversité, mais alerte aussi sur l’importance de l’engagement de l’État.
« Heureusement que nous avons des partenaires privés qui nous soutiennent, car nous avons été retoqués lors de l’appel à projets lancé par l’Office français de la biodiversité », regrette Hervé Lapie. Motif invoqué ? « Le manque de pérennité sur le long terme, les bandes de luzerne étant vouées à se déplacer de parcelles en parcelles. Mais l’objectif est bien de conserver et même d’augmenter les trames vertes sur le territoire ! », soutient l’agriculteur, insistant : « S’emparer de ces sujets-là est passionnant et aujourd’hui, incontournable. » L’agroécologie, appelée des vœux de l’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a donc de beaux jours devant elle, au regard des enjeux environnementaux de demain.

Nastasia Desanti