La Fondation Sommer inaugure un nouvel écrin pour la recherche et la nature
Environnement. La Fondation François Sommer vient d’inaugurer son nouveau centre de recherche, de formation et de création artistique, dans les Ardennes, au sein du Domaine de Belval qu’elle exploitait déjà auparavant. Un lieu unique, mêlant pavillons éco-responsables et gestion durable d’un domaine de forêts et de zones humides de plus de 1 000 ha.
Au regard des événements climatiques dramatiques que traverse la France depuis plusieurs semaines, l’inauguration du nouveau centre de recherche, de formation et de création artistique de la Fondation Sommer tombe à point nommé. Depuis plus de 60 ans, la Fondation est en effet à la confluence de la nature, du vivant, de la chasse, mais aussi de la recherche, de la culture et de l’art, menant des actions dans l’ensemble de ces domaines, avec une idée simple : faire progresser le savoir et être une plateforme d’échange et de dialogue.
« Dans un monde qui change, parce que nous devons nous habituer aux conséquences de ce que vont être le changement climatique, mais également le changement démographique et technologique, il va de soi que, si notre société veut continuer d’exister, il faudra qu’elle-même change. Cela ne veut pas dire se résigner mais faire preuve d’une intelligence d’adaptation. Cette intelligence de l’adaptation commence par la mesure et la compréhension des faits. Il n’y a pas de progrès sans appel à la rigueur scientifique. Ce centre doit en être l’illustration », insiste Henri de Castries, Président de la Fondation Sommer.
L’endroit n’a en effet pas été choisi par hasard. Il est au cœur des Ardennes, là où François Sommer est né au début du XXe siècle et a grandi, arpentant enfant les sentiers escarpés et explorant les richesses d’une nature luxuriante. « François Sommer a connu la chasse à Belval avec son père, il a ensuite racheté la forêt à l’État, c’est aujourd’hui une forêt domaniale », explique Alban de Loisy, Directeur général. « C’est ici qu’il a eu sa prise de conscience écologique et qu’il a compris que l’homme, après la guerre, avait dévasté tout un territoire où il n’y avait plus d’animaux, plus de gibier et où la faune et la flore de son enfance n’existaient plus. Ainsi, il a considéré qu’a contrario, l’homme avait cette responsabilité positive d’être au milieu de la nature pour assurer la conservation des équilibres. »
Une architecture qui s’intègre dans la nature
Une conservation qui s’illustre aujourd’hui avec un centre de recherche, de formation et de résidence artistique de neuf pavillons, devant s’intégrer petit à petit dans la nature. Une démarche réalisée avec des entreprises et un savoir-faire local. « Ce qui nous a fascinés d’abord, c’est le site en lisière de forêt, en léger surplomb par rapport au ruisseau de la Forge, vallonné et préservé avec des fermes et des vergers qui seront, on espère, replantés autour du bâtiment », détaille Frédéric Denisart, Architecte. Comme le programme était assez important pour un site champêtre, les équipes ont imaginé un hameau de pavillons. « Chacun de ces pavillons comprend un élément de programme : l’accueil, la salle de formation, le restaurant, les bureaux, le laboratoire, l’hébergement et un brasero, pensé comme un lieu de rencontres et d’échanges. »
Il était alors évident de concevoir un bâtiment écologique et biosourcé pour qu’il réponde aux exigences environnementales de demain. « Nous avons choisi d’employer des matériaux locaux : le bois, la paille, la pierre et les tuiles plates. Le béton a été réservé pour les fondations et les assises principales du bâtiment. » En vue de réduire les consommations énergétiques et le confort thermique d’été, les murs sont en ossature bois, en parpaings de bois, et doublés de pierre du pays. Les menuiseries extérieures sont en bois de type Douglas, en triple vitrage, et les charpentes sont en bois, remplies de laine de bois. Quant au chauffage, les cinq pavillons principaux bénéficient de planchers chauffants et de sondes géothermiques en basse chaleur. Les sols ont quant à eux été réalisés avec la société Tarkett, entreprise de François Sommer à l’origine.
L’ensemble du projet a nécessité un investissement de 13 millions d’euros, avec un soutien de la Région Grand Est à hauteur de 600 000 euros. « La Fondation est totalement indépendante financièrement. Nous vivons de nos ressources propres, fruits des donations des époux Sommer, qui ont donné toute leur fortune à leur fondation. Et ces fonds sont très bien gérés. C’est là la deuxième singularité de la Fondation : nous sommes à la fois opérateurs sur chacun de nos secteurs d’activité – c’est-à-dire que l’on porte nous-mêmes les actions que nous finançons – mais nous sommes aussi mécènes, puisque nous redistribuons beaucoup d’argent en soutien et en mécénat à d’autres institutions ou d’autres entités », souligne Alban de Loisy. Depuis 2017, la Fondation François Sommer soutient ainsi de grands organismes de recherche comme le Muséum national d’Histoire naturelle, le CNRS, l’INRA, mais également les conservatoires d’espaces naturels ou des fédérations de chasseurs.
Vision partagée
Les premiers scientifiques devraient être accueillis dès la rentrée. Une satisfaction pour Christophe Clément, président de l’Université de Reims Champagne Ardenne. « Notre université a comme cœur de projet la bioéconomie et l’environnement. Donc la création d’un nouveau centre de recherche et de formation au sein de la Fondation Sommer est en plein dans nos préoccupations, d’autant que nous avons, à 15 km d’ici, à Boult-aux-Bois, un centre d’étude sur la recherche forestière et en éthologie. Cette inauguration représente vraiment quelque chose de clé dans notre trajectoire scientifique et dans notre ancrage territorial. Cet outil incontournable promet ainsi de faire du territoire bien plus qu’une juxtaposition de compétences mais d’avoir une vision partagée sur là où l’on souhaite aller dans les décennies à venir. » Pour Henri de Castries, « La Fondation construit ici son œuvre d’utilité publique et contribue au dialogue constructif entre les différents acteurs de la protection de la nature, qu’ils soient chasseurs, naturalistes, artistes, scientifiques ou intellectuels. »
Le domaine de Belval, 950 Ha de forêt préservés
Le domaine de Belval est une propriété de 1 050 hectares, dont 950 hectares composés de forêt d’arbres feuillus, dans laquelle on trouve toutes les essences de la région, avec une particularité, celle d’avoir de nombreux arbres centenaires. « Nous avons aussi la chance d’avoir des étangs et des zones humides, et un troisième écosystème qui vient compléter ce dispositif : les prairies permanentes », précise le président de la Fondation, Henri de Castries. Ces prairies permanentes possèdent une richesse biologique très importante car elles n’ont pas été travaillées depuis plusieurs décennies.
Le parc est ouvert au public le 27 mai 1973, par le biais d’un parcours émaillé de points d’observation. Victime de son succès, le parc et les animaux sauvages souffrent de la présence trop importante des visiteurs, ce qui rend nuisible le fragile équilibre écologique du lieu. Le parc de Belval va être contraint de fermer alors ses portes au public en 2001. Les formations au Domaine de Belval portent ainsi sur la gestion durable des milieux, dont les zones humides, et des écosystèmes, auxquelles prennent régulièrement part les équipes de l’Office français de la biodiversité (OFB). « On a une thématique sur la gestion durable des zones humides qui sont des écosystèmes aujourd’hui menacés, à forts enjeux ainsi que sur la gestion de la grande faune. C’est pourquoi nous réfléchissons beaucoup aux différents modes de chasse pour qu’ils soient les plus adaptés aux enjeux contemporains, notamment le partage de l’espace et la sécurité. » Le Club de la Chasse et de la Nature est une association partie intégrante de la Fondation, voulue par François Sommer. Depuis 2014, le Domaine de Belval est devenu un territoire expérimental de recherche pour l’espèce sanglier et, en 2022, il a été labellisé site atelier du CNRS intégrant la Zone atelier en Argonne.