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130e année

La finance verte et durable, un exercice pédagogique de la Banque de France

Finance. « Comment les États, les banques centrales et l’ensemble du système financier peuvent-ils favoriser la nécessaire transition climatique ? ». La finance mondiale va devoir se parer de durabilité en optant contre les inégalités, la pauvreté, la dégradation de l’environnement et pour la transition verte, la paix et la justice sociale.

La finance verte et durable, un exercice pédagogique de la Banque de France
Nicolas Resseguier (à droite) aux côtés de Louis Retornaz, Directeur départemental Marne de la Banque de France : « La cotation verte devient un élément de l’identité de l’entreprise ». (Crédit : G. Delenclos)

« La finance verte, un sujet d’actualité pas très glamour, deux termes que l’on n’associe pas souvent et cependant pas très antinomiques. » En ouverture, Nicolas Resseguier, Directeur de l’éducation financière de la Banque de France et invité par Louis Retornaz, Directeur Marne de la Banque de France, pose l’intérêt du propos de sa conférence : « Il va falloir multiplier par trois la part du renouvelable dans l’utilisation des énergies pour atteindre les objectifs mondiaux, d’ici à 2030 et à 2050 ». Le renouvelable a un coût et la ressource financière doit supposer un arrêt du financement des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz).

Petit exercice de sémantique : la finance verte est l’ensemble des initiatives de financement au profit d’investissements bénéfiques à l’environnement et à la biodiversité, elle concourt, avec la finance solidaire et la finance responsable, à la finance durable qui répond à des préoccupations socio-environnementales. La finance durable, une nouveauté née en 2008 est en plein essor, face à un changement climatique considéré comme une menace mondiale.

CIBLER LES FINANCEMENTS VERS DES PROJETS EN FAVEUR DE L’ENVIRONNEMENT

Le fameux réchauffement climatique (+4 à +5°, d’ici à la fin du siècle) prévu sans aucune réaction des activités humaines, vaut cette boutade de Nicolas Resseguier : « Reims pourrait bien devenir ainsi une station balnéaire ». La finance dispose d’un potentiel énorme avec une épargne mondiale de 175 500 milliards de dollars quand les besoins annuels des objectifs durables sont estimés à 5 000 milliards de dollars. Le nombre d’émissions annuelles d’obligations durables (notamment en faveur de l’éolien, du solaire et des moteurs verts) a été multiplié par cinq entre 2015 et 2021. L’Etat français a émis depuis 2017 plus de 49 milliards d’euros d’Obligations Assimilables du Trésor en faveur de la transition durable. En 2018 plus de 45 milliards d’euros, en provenance des ménages, des entreprises et de l’Etat, ont financé cette transition.

« La route, d’ici à 2030, pour une réduction de 40% des gaz à effet de serre paraît bien longue »

L’Union Européenne s’est fixée un cap : monter la part du renouvelable à au moins 20% des dépenses énergétiques. Dans cette perspective, la France est le seul pays européen à avoir manqué son objectif de 23% d’utilisation en renouvelable dans sa consommation d’énergie en 2020. « La route, d’ici à 2030, pour une réduction de 40% des gaz à effet de serre paraît bien longue », remarque Nicolas Resseguier.

Pour autant, chacun ses responsabilités dans cette course à la transition énergétique. Il revient aux Etats et aux gouvernements de créer des cadres propices au développement du financement de la transition vers une économie bas carbone, d’attribuer des incitations fiscales, de fixer des quotas d’émission de CO2, de réglementer et de contrôler. Les incitations fiscales ne manquent pas : bonus à l’achat de véhicules propres, éco-prêts à 0%, TVA à 5,5%, crédits d’impôt transition énergétique ou encore dispositif Maprimrénov (700 000 aides par an).

GAGNER LA CONFIANCE DE L’ÉPARGNE VERTE

Nicolas Resseguier évoque dans sa conférence le « Green Washing » autant dire un écoblanchiment exercé par certaines entreprises pour leur compte et celui de leurs produits et donc à proscrire, et évoque le nécessaire contrôle des banques centrales et du système financier, au-delà des labels verts (ISR, France Finance Verte, Croissance Verte). Les banques centrales disposent de leviers d’action pour décarboner l’économie : intégration des risques climatiques dans les modèles de prévisions économiques, supervision des banques et des assurances, intégration des critères climatiques pour les achats d’actifs et les garanties.

À noter que le quart des banques centrales est engagé dans la décarbonisation de leur portefeuille non monétaire. Dans les mesures prises ou à prendre par le système bancaire : la réduction des titres liés aux hydrocarbures dans les fonds propres des banques, le retrait des crédits accordés aux activités liées aux hydrocarbures, l’aide au développement des secteurs à faibles émissions de carbone et le soutien à l’épargne collectée des labels durables. Au final, ce raccourci pour l’avenir : « La cotation verte introduite dans la cotation globale de l’entreprise ».

Gérard Delenclos