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La Fédération des Travaux publics appelle les collectivités à relancer les investissements

Aménagement. Les professionnels des travaux publics alertent sur le fort ralentissement de leur activité et en appellent aux collectivités pour poursuivre les investissements concernant leurs infrastructures, sous peine de suppressions d’emplois.

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Photo de Sébastien Vacellier, Hervé Noël, Christophe Possémé et Georges Mathieu
Sébastien Vacellier, Les Canalisateurs de la Marne, Hervé Noël, Vice-Président de la FRTP Grand Est et Président de la Fédération des Travaux Publics de Champagne-Ardenne, Christophe Possémé, président de la FFB Marne et Georges Mathieu, Responsable commercial de France rabotage (Crédits : DR)

Pas un secteur n’échappe à la morosité. Alors que celui des travaux publics pouvait se targuer, il y a encore quelques années, d’être en plein emploi et d’avoir des carnets de commandes avec une large visibilité, aujourd’hui, l’inquiétude est réelle. « Habituellement, lors d’une année préélectorale, les équipes municipales sortantes accélèrent leurs investissements, ce qui se traduit par une hausse de l’activité de l’ordre de 7 à 10 %. Or, l’année dernière, nous n’avons pas observé cette dynamique. C’était déjà un premier motif d’inquiétude », livre Hervé Noël, Vice-Président de la FRTP Grand Est et Président de la Fédération des Travaux Publics de Champagne-Ardenne.

Au premier semestre 2026, l’activité des travaux publics dans le Grand Est connaît ainsi un ralentissement avec un recul de 8,5 % du chiffre d’affaires en valeur et de 12,2 % en volume. Avec le renouvellement de 35 % des équipes municipales, la fédération constate un ‘‘attentisme’’ des nouveaux arrivants, dans un contexte économique et politique incertain.

-25 % d’appels d’offres en France en 2026

« Le constat que nous faisons aujourd’hui est celui d’une baisse moyenne de 25 % des appels d’offres sur l’ensemble du territoire français. La situation est encore plus marquée pour les collectivités, avec une diminution de 32 %. » Au niveau régional, la baisse de prises de commandes par rapport à 2025 est de 30 % et celle des appels d’offres publics de 24,5 %. Dans les départements des Ardennes et de l’Aube, la situation est encore plus préoccupante avec des baisses de l’ordre de 40 %.

« Les collectivités territoriales jouent pourtant un rôle crucial dans l’investissement public et dans le financement des infrastructures au quotidien », insiste Hervé Noël, qui souligne que la tendance est la prise de décision dans l’urgence alors que les investissements devraient plutôt se faire dans l’anticipation. Or, entre les deux, les coûts ne sont pas les mêmes.

Une situation qui, si elle se prolonge, fait peser de lourds risques sur l’emploi. « Cette situation entraîne déjà la suppression de nos emplois temporaires, notamment dans l’intérim, qui représente entre 7 et 8 % de nos effectifs, voire jusqu’à 10 % dans certaines entreprises (2 200 salariés en 2025 vs 1 970 en 2026 dans le Grand Est). Si la situation perdure l’année prochaine, nous devrons nous attaquer à nos effectifs permanents, avec un risque de réduction de 10 % de notre masse salariale », alerte le Président de la Fédération des Travaux Publics de Champagne-Ardenne. Sur le territoire, ce sont 7 000 emplois directs qui dépendent de l’activité du secteur des travaux publics et 3 000 emplois indirects.

« Depuis 18 mois, nous avons perdu environ 15 % de notre volume d’affaires », indique à ce propos Georges Mathieu, Responsable commercial de France Rabotage, à l’agence de Saint-Martin-sur-le-Pré. Son entreprise intervient en amont des travaux routiers, afin de raboter les routes avant l’intervention d’autres professionnels. « Nos effectifs sont uniquement en CDI, en raison de la haute technicité de notre activité. Nous formons d’ailleurs en interne via une école de formation nos salariés. » La fédération souligne aussi le fait que dans les TP, il s’agit d’emplois non délocalisables. « Un million d’euros d’activité de travaux publics finance sept emplois directs et trois emplois indirects. »

Des infrastructures en mauvais état

Le Plan de Finances 2027, tel que défendu par le gouvernement, « rend désormais le risque fragilité du secteur très concret », estime Hervé Noël car, « s’il était adopté en l’état, il entraînerait une réduction de plus de 5 milliards d’euros des ressources des collectivités ». Des baisses de ressources alors même que ces dernières sont dans l’urgence d’investir pour leurs routes, leurs ouvrages ou dans le réseau de canalisations, qui pour certaines, est centenaire. « Sur notre territoire, très rural, les collectivités sont plutôt bien gérées et peu endettées. Leur capacité de remboursement de la dette est d’environ trois ans mais sans visibilité financière, elles ne lanceront pas de nouveaux projets », avertit-il.

Or, les récents épisodes de canicule ont rappelé l’importance d’adapter les infrastructures aux aléas climatiques. « Ces investissements s’inscrivent dans le temps long », estime Sébastien Vacellier, délégué Marne des Canalisateurs, qui rappelle que le taux de renouvellement annuel des réseaux d’eau potable est de 0,61 %. Pour les professionnels, il faut ainsi distinguer les dépenses qui financent le fonctionnement courant de celles qui « préparent l’avenir et génèrent de la croissance ». « En 15 ans, la France est passée de la 1re place à la 18e en ce qui concerne sa qualité de routes. Quant aux réseaux d’eau et d’assainissement, 20 % de l’eau potable produite se perd toujours dans les réseaux. »

En Grand Est, les collectivités territoriales ont investi plus de 2 millards d’euros dans les infrastructures de Travaux Publics. Ses dépenses représentent en fonction des territoires, entre la moitié et 2/3 de l’activité des entreprises de travaux publics. Crédits : SHUTTERSTOCK

Une baisse des investissements qui touche tous les secteurs

Christophe Possémé, Président de la Fédération française du bâtiment de la Marne, insiste : « On estime qu’un euro investi par les collectivités génère, dans les cinq années suivantes, un à deux euros d’investissements privés supplémentaires. » Or, ce dernier a lui aussi grandement ralenti ses investissements ces derniers mois. « Dans le Grand Est, le secteur viticole a fortement limité ses investissements, touchant notamment l’Aube et la Marne ; l’industrie connaît également une période de faible activité. À cela s’ajoutent les difficultés des filières de l’agro-alimentaire, dont les rendements insuffisants pourraient conduire à de nouveaux reports d’investissements en 2027 », poursuit Christophe Possémé.

Quant au secteur du logement, qui contribue habituellement à l’activité des travaux publics à travers les lotissements et les aménagements autour des immeubles, il est également en net recul. « Depuis trois ans, les professionnels évoquent une baisse de 40 % dans la construction de maisons individuelles et de 50 % dans la construction de logements. »

Hervé Noël le rappelle : « Jusqu’à présent, les marchés publics ont permis de compenser une partie de cette contraction du marché privé mais le PLF 2027 vient mettre en danger cette dynamique, notamment par la baisse de la FCTVA (fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée, principale aide de l’État aux collectivités territoriales en matière d’investissement, ndlr.) estimée à -2,1 milliards d’euros par rapport à 2026. »

Les professionnels des TP appellent donc les élus à ne pas laisser s’installer de nouvelles périodes creuses car leurs entreprises disposent d’équipements coûteux, de matériel et d’un encadrement qu’elles doivent continuer à financer. Et si les marges de manoeuvre diminuent, leur modèle économique risque d’être compromis.

Hervé Noël, qui, au départ, il le concède, n’était pas un fervent défenseur des grandes régions, en appelle aujourd’hui à une plus grande décentralisation. « Faisons confiance aux élus locaux ! » Son message est clair : « Les entreprises de travaux publics n’attendent pas prioritairement de nouvelles aides, mais de nouvelles commandes. »