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La désirabilité, nouvel enjeu clé de la Champagne

Champagne. À l’occasion du salon Wine Paris 2026, la Champagne a une nouvelle fois fait preuve d’une grande capacité de mobilisation, à l’image de l’interprofession qui appelle à l’unité pour assurer la désirabilité du produit champagne.

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Photo de Maxime Toubart et David Chatillon
Les deux co-présidents du Comité Champagne, Maxime Toubart et David Chatillon, ont présenté la feuille de route de la filière sur le salon Wine Paris. (Crédits : BB)

L’interprofession champenoise n’attend pas le Wine Paris pour faire passer ses messages mais le salon international de référence des professionnels du vin est une occasion de plus pour marquer les esprits. D’autant plus quand, comme lors de l’édition 2026 (9-11 février), plus de 400 exposants champenois sont revendiqués Porte de Versailles.

Si les chiffres définitifs des expéditions 2025, marché par marché, ne sont pas encore connus, le Comité Champagne délivre tendances et signaux forts qui délivrent des indications assez précises en termes de trajectoire des principaux marchés. Avec un rappel d’importance : avec 114 millions de bouteilles expédiées, le premier marché reste la France. « Malgré le recul de l’année précédente, la France reste un marché de référence. C’est donc une priorité absolue », souligne Charles Goemaere, directeur général du Comité Champagne. Un message clair qui n’est pas sans laisser penser que ces dernières années, de nombreux opérateurs avaient sans doute trop priorisé l’export et la valorisation qui en découlait grâce aux cuvées d’exception, délaissant parfois un marché domestique en décroissance constante depuis 2010 en volume comme en valeur.

Du côté de l’export, « le Japon et le Royaume-Uni se tiennent bien et ont progressé après une année 2024 compliquée », précise Charles Goemaere. D’autres marchés, comme le Canada ou la Scandinavie, confirment quant à eux une progression régulière avec une installation durable du Champagne dans les habitudes de consommation. En Europe, outre les marchés historiques, la Hongrie, la Tchéquie ou la Slovaquie une montée en gamme assez significative est enregistrée, tout comme dans plusieurs grandes zones touristiques (Caraïbes et certaines régions d’Asie notamment) où la progression est dynamique, portée par l’hôtellerie haut de gamme et la restauration.

En Afrique, plusieurs marchés africains présentent également des perspectives intéressante à moyen terme : le Nigeria, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo ou le Togo voient émerger une classe urbaine et aisée, avec une appétence marquée pour les produits premium, viennent rejoindre l’Afrique du Sud, déjà bien structurée commercialement, dans la liste des pays prometteurs.

Se projeter vers l’avenir

« Les accords signés par l’Union européenne avec des partenaires majeurs - le Mercosur et l’Inde - avec des zones de consommation gigantesques devraient nous offrir de nouvelles perspectives de transition et de croissance », note le directeur général. Sur le marché américain, le premier de la filière à l’export, malgré un environnement économique et géopolitique tendu, « les expéditions se sont stabilisées et la consommation reste solide », malgré les taxes et les taux de change très défavorables qui doivent inciter les Champenois à la vigilance. En résumé, après deux années de baisse et malgré un contexte mondial troublé, les volumes de champagne se sont stabilisés, estime-t-on au Comité Champagne. « Ce que nous montrent ces marchés, ce n’est pas seulement une photographie de l’année passée, c’est aussi une invitation à nous projeter dans l’avenir », poursuit Charles Goemaere. « Les challenges sont gigantesques mais ils nous offrent l’opportunité d’écrire ensemble la destinée de la Champagne de demain ».

Une destinée qui passe par une feuille de route stratégique, tracée par le Comité Champagne, selon trois enjeux : la disponibilité, la désirabilité et l’exemplarité de la filière.

(Crédits : BB)
(Crédits : BB)

Une étude Champagne 2040

Au coeur des transitions climatiques, économique, géopolitiques et sociales, la Champagne a donc pris conscience de l’évolution des attentes et de usages. Et si elle a déjà beaucoup progressé sur la disponibilité (avec notamment la création des serres bioclimatiques de QANOPEE pour assurer la préservation du matériel végétal et la régulation de la production) et l’exemplarité ( -25% d’émissions de gaz à effet de serre depuis 2003 et un plan carbone pour la période 2025-2035 avec un objectif net zéro carbone en 2050), elle veut désormais mettre davantage l’accent sur la désirabilité.

« La concurrence des autres vins effervescents, la déconsommation en France comme ailleurs, les modes de vie qui changent, les tensions sur le pouvoir d’achat, l’évolution des modes de célébration… ce sont des réalités. Elles ne nous effraient pas, elles nous stimulent et nous poussent à nous réinventer », insiste David Chatillon, président de l’Union des Maisons de Champagne, co-président du Comité Champagne.

« C’est pourquoi nous lançons une étude stratégique « Champagne 2040 » pour mieux comprendre les usages, anticiper les tendances et imaginer l’avenir de la filière avec réalisme et ambition. L’objectif est de nous projeter à long terme, en plaçant les usages des consommateurs au coeur de nos décisions », poursuit Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons, co-président du Comité Champagne.

La désirabilité du champagne passe également par le levier de l’oenotourisme, activité en plein essor en Champagne, avec par exemple plus de 2 millions de visiteurs annuels enregistrés à Epernay. Un engouement à entretenir au quotidien mais aussi par des événements marquants, d’où l’idée du Comité Champagne d’organiser un événement fédérateur le 5 juin 2027 en Champagne. Une date à noter dans les agendas en attendant d’en savoir plus sur le programme qui devrait contenir les promesses avancées par les deux co-présidents : unir les énergies, rassembler, ré-enchanter.

(Crédits : BB)
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