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La Chanvrière en ligne

Bioéconomie. Avec la nouvelle usine en construction et le site de Saint-Lyé, la Chanvrière s’impose sur les marchés et distribue ses propres marques en ligne.

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Photo de Guillaume Maman et Antoine Moussié
Guillaume Maman, président et Antoine Moussié, directeur de la Chanvrière de l’Aube (Crédits : MBP)

La Chanvrière de l’Aube cultive ses marchés et ses parts de marché. Le site de première transformation de Saint-Lyé (10) traite 80 000 tonnes de chanvre par an et arrive à sa limite industrielle. Pour développer l’écosystème et permettre à de nouveaux agriculteurs de rejoindre les 800 adhérents de la coopérative, une nouvelle usine s’implante à Juniville (08). L’usine de Saint-Lyé, qui dispose aujourd’hui de deux lignes de défibrage, de trois lignes d’affinage et de f-ing lignes d’ensachage, atteint sa limite de transformation. D’un investissement de l’ordre de 25 millions d’euros, la nouvelle structure permettra d’augmenter la production de 50 %. Elle offrira aussi la possibilité aux agriculteurs installés dans un rayon de 120 km de l’alimenter et de s’assurer une garantie de débouché.

La Chanvrière fonctionne en effet avec des contrats d’engagement conclus avec les producteurs. Si le chanvre présente de nombreux arguments, dont la facilité d’une culture qui n’a pas besoin de l’homme, en revanche, la récolte nécessite du matériel. La Chanvrière incite les producteurs à s’organiser en Cuma pour mutualiser les outils de récolte. La Chanvrière demande aussi aux agriculteurs de garder les stocks et de l’approvisionner au coup par coup. La volonté de limiter le volume de stockage sur site permet de sécuriser la matière première et de ne pas interrompre la production en cas d’incident ou d’incendie par exemple. Au-delà d’être une alternative pour la rotation des sols en agriculture régénérative, la culture du chanvre séduit aussi par sa rentabilité. La marge brute prévisionnelle 2026 (hors récolte) s’élève à 1429 euros par hectare contre 906 euros pour le blé ou 1006 euros pour la luzerne*.

Première graine en e-commerce

Le chanvre adresse quinze marchés, dont le paillage pour animaux, la cosmétique, l’alimentation, mais également l’industrie automobile, le bâtiment, le textile… La Chanvrière fournit de la matière traitée selon les besoins et l’utilisation finale, utilisant la fibre, la chènevotte, le chènevis et les sous-produits. Elle ne se contente pas d’être un simple transformateur intermédiaire ou sous-traitant, elle se positionne sur la distribution avec ses propres marques et un site e-commerce qui ne demande qu’à grandir. « Nous voulons développer l’offre de paillage et la litière animale en direct. Nous avons aussi de l’huile de chanvre, de la pâte à tartiner fabriquée par un artisan local avec de l’huile de chanvre et des graines », explique Antoine Moussié, directeur de la Chanvrière. « Le site est récent et nous allons l’enrichir et développer notre gamme pour proposer des produits locaux. »

Des nouveautés comme les litières pour chats pourraient être des pistes de développement dans l’usine de Saint-Lyé puis proposées à la distribution sur le site e-commerce.

Fleuron du Grand Est, le chanvre

Leader de la production de chanvre en Europe, la Chanvrière de l’Aube entend bien le rester et faire du Grand Est le centre névralgique du chanvre. Créée en 1973, la coopérative est leader en Europe avec 13 100 hectares de chanvre cultivés pour être transformés. Elle emploie 75 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros. La Chanvrière de l’Aube est aussi l’initiatrice du Pôle européen du chanvre avec son précédent président, Benoit Savourat. Une structure qui porte l’innovation et le développement des marchés autour du chanvre et dont les acteurs pourraient se retrouver sur le projet de parc de la bioéconomie, à côté de la Chanvrière à Saint-Lyé.

* Source : CER Gérer pour gagner, Préparer la récolte 2026