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La bioéconomie en conférence mondiale à Reims

Bioéconomie. C’est à Reims que s’est déroulée, mi-mars, la 5e édition de Bioket, conférence mondiale dédiée à la bioéconomie. Acteurs et partenaires se sont ainsi retrouvés pour réfléchir aux enjeux de la bioéconomie de demain, où se conjugueraient compétitivité et industrie plus « durable ».

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Photo de l'équipe de Bioeconomy
L’équipe de Bioeconomy for change présente au salon Bioket. (Crédit : ND)

Après Lille, Strasbourg et Trois-Rivières au Québec, c’est à Reims que la conférence Bioket, dédiée à la bioéconomie et portée par l’association Bioeconomy For Change (dont le siège est à Barenton-Bugny dans l’Aisne) s’est déroulée. Pas un hasard lorsque l’on connaît l’écosystème lié à la bioéconomie sur le territoire, avec en tête la plateforme de Pomacle-Bazancourt et le pôle ARD.

« Depuis plus de 25 ans agriculteurs, industriels et pouvoirs publics investissent massivement dans les procédés et équipements de laboratoires, en soutenant la recherche académique et l’innovation sur le territoire », indique Arnaud Robinet, Maire de Reims et Président du Grand Reims. Ainsi, chaque année, ce ne sont pas moins de 10 millions de tonnes de biomasse qui sont récoltées, dont plus des deux tiers sont localement traités, principalement au sein de la bioraffinerie de Pomacle-Bazancourt, « reconnue pour son approche d’économie circulaire ». Le blé, la betterave à sucre, le bois et la luzerne qui y sont traités deviennent du saccharose, du glucose, de l’amidon, de l’éthanol du dioxyde de carbone mais aussi des molécules pour l’industrie alimentaire, la chimie fine et les cosmétiques… pour approcher le milliard d’euros de chiffre d’affaires par an. Cette approche a conduit le territoire à être labellisé Territoire d’industrie en 2018. Et c’est bien cet exemple local que l’ensemble des acteurs de la bioéconomie veulent voir se développer demain, ailleurs en France et dans le monde.

« Afin de poursuivre ce développement de manière durable nous planifions un programme pour accueillir de nouveaux investisseurs dans le domaine de la bioéconomie, pierre angulaire dans la stratégie de développement du Grand Reims, en devenant le territoire de la neutralité carbone et de la transition écologique », fait savoir Arnaud Robinet, qui veut faire de la Cité des Sacres, rien d’autre que "la capitale européenne de la bioéconomie". Pour cela, la recherche et l’innovation y seront soutenus, notamment grâce à une participation financière du Grand Reims estimée à 150 millions d’euros sur 10 ans. « Cela permettra à la bioraffinerie d’atteindre d’ici 10 ans une surface de près de 300 hectares en proposant des services et équipements adaptés aux petits comme aux grands projets. »

Création d’une nouvelle chaine de valeur

Créer de la valeur ajoutée, conjuguer développement économique et industriel, compétitivité et développement durable sont tous les enjeux auxquels sont confrontés les acteurs de la bioéconomie et auxquels s’attèle l’association Bioeconomy For Change qui porte cette conférence avec ses partenaires.

« Notre association, qui a été créée en 2005, réunit 500 acteurs, pour la majorité des entreprises (PME, groupes, coopératives, laboratoires, université, agences d’innovation). Elle est par ailleurs accompagnée par trois Régions : le Grand Est, les Hauts-de-France et la Normandie. Notre objectif global est d’accompagner les entités qui œuvrent et innovent pour la valorisation de la biomasse afin de créer des industries sur le territoire », explique Antoine Peeters, Directeur général de Bioeconomy For Change. Pour ce faire, l’association guide les entreprises dans la diversification de leurs activités.

« On est sur du temps long, en structurant des projets multi-partenariaux. Ça peut être trois ou dix structures, on va créer un consortium et on va créer un projet avec une ambition partagée et dans la grande majorité, nous allons chercher un financemet public. Soit régional, national ou européen. C’est une de nos caractéristiques, nous avons une très forte expertise dans le financement européen. Dans le Grand Est, Afyren et Circa Sustainable Chemicals, toutes deux basées près de Saint-Avold en Moselle ont touché chacune près de 20 millions d’euros de subventions européennes. »

L’intérêt du salon Bioket est ainsi de faire connaître les nouvelles technologies et produits mis au point par les start-up soutenues par l’écosystème, les faire se rencontrer et pourquoi pas créer de nouveaux business. L’incubateur local Innovact présentait ainsi deux de ses start-up incubées, Plasticentropy, et Alternative Innovation et Rimbaud’Tech soutenait Peausology. « Bioket c’est 515 participants venus du monde entier, cette année, avec les visites de sites. Chacun peut faire facilement 50 rencontres et l’idée, c’est de concentrer le tout dans la mesure où nous sommes toujours présents dans des territoires riches en bioéconomie et traitement de la biomasse. »

L’objectif de Bioeconomy For Change est bien d’accompagner le développement des technologies sur les territoires de manière « compétitive et durable. » « Le nouvel enjeu est d’arriver à créer de nouvelles chaines de valeur. Quand on développe des nouvelles molécules, matériaux biosourcés ou de nouvelles protéines (insectes ou végétales par exemple), ce sont de nouveaux produits avec de vrais enjeux de technologie, de développement. Il faut donc continuer à financer l’innovation, car ces nouvelles industries sont hautement capitalistiques. Un investissement dans une bioraffinerie c’est par exemple entre 75 et 400 millions d’euros. La R&D doit continuer à se faire car le champ des possibles est encore énorme », insiste Antoine Peeters.