L’industrie, un secteur fragilisé au riche potentiel
Industrie. Afin d’affiner au mieux son regard mais aussi ses propositions à destination de ses adhérents, l’UIMM effectue régulièrement des enquêtes de conjoncture. La dernière, au 4e trimestre 2025, révèle une activité morose, des carnets de commandes à la visibilité limitée, des trésorerie tendues mais une stabilité de l’emploi avec des secteurs à fort potentiel.
Les données d’aujourd’hui ne seront peut-être pas celles de demain. Mais en tous les cas, le futur immédiat de l’industrie ne s’annonce guère réjouissant. Les épisodes conduisant à une incertitude et à un manque de visibilité semblent s’accumuler. Après le covid, la guerre russo-ukrainienne ayant entraîné la hausse des coûts de l’énergie, les changements successifs de gouvernement dans l’Hexagone et l’absence de budget pendant de longs mois, voilà que se profile un conflit qui n’en est qu’à ses prémices... mais qui pourrait entraîner une grande déstabilisation de l’économie, une crise pétrolière et des allongements de livraisons avec la fermeture du Détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce maritime mondial. « L’année 2025 a révélé un net ralentissement du chiffre d’affaires des entreprises industrielles puisque 45 % d’entre elles ont indiqué une baisse d’activé par rapport à 2024, souvent comprise entre -10 et -20 % », annonce Cédric Kamerer, vice-président de l’UIMM Champagne-Ardenne. « 40 % des entreprises comptent reporter ou diminuer leurs investissements. Les industriels attendent des signaux plus clairs pour engager une dynamique de croissance plus marquée », précise Sébastien Guénet, Délégué général de l’UIMM Champagne-Ardenne. Or, dans le même temps, les délais de paiement s’allongent, une réalité pour 35 à 40 % des adhérents. « Il y a une pression accrue sur les charges, ce qui vient impacter directement la rentabilité des affaires », poursuit Cédric Kamerer, lui-même à la tête d’une entreprise marnaise, le groupe Ceres, spécialisé dans la manutention de céréales. Et si, pour les industriels, l’emploi a été conservé en 2025, « pour assurer les compétences », le recours à l’activité partielle a, lui, augmenté et l’appel à l’intérim, chuté. Cette situation s’observe dans tous les secteurs industriels : métallurgie, automobile, agro-industrie, industrie connexe au champagne… avec des perspectives pour l’année à venir ne s’annonçant pas plus optimistes, à cause d’une visibilité réduite, en particulier sur le marché français.
Secteurs à « fort potentiel »
Il est cependant des secteurs où des espoirs semblent permis, les secteurs « à fort potentiel » de l’aéronautique et de la défense, même si, à date, « les effets ne se font pas ressentir », confie le vice-président de l’UIMM Champagne-Ardenne. « Le budget de la défense a été voté, il est en hausse (+ 6,7 milliards d’euros en 2026) mais nous sommes sur du temps long. » Dans la région, Aresia est connue pour sa fabrication de réservoirs des Rafale et Mirage 2000. Et depuis deux ans, s’est monté le GIE Armytec 3D regroupant 14 entreprises du Grand Est, avec, autour de ce noyau, un deuxième cercle de sous-traitants d’une vingtaine d’entreprises. « La demande est là. L’objectif de ce GIE est de permettre aux PME et TPE de Champagne-Ardenne et du Grand Est de se positionner en rang 1 au niveau des grands donneurs d’ordres. Le projet couvre un champ plus large, mais il s’est appuyé au départ sur l’industrie lourde présente dans ce département. L’avantage principal est d’avoir un interlocuteur unique qui apporte un service global et donc fait gagner du temps » fait savoir Sébastien Guénet qui insiste sur la configuration de ces entreprises : « Elles sont prêtes à recevoir des commandes rapidement. Les industries qui travaillent dans ces secteurs disposent déjà des certifications nécessaires et sont donc largement prêtes à travailler pour la défense. Il n’y a pas de verrou technologique particulier, seulement quelques habilitations spécifiques. »
Là où Sébastien Guénet attire l’attention, c’est concernant les choix stratégiques des grands donneurs d’ordres. « On ne peut pas investir sans visibilité. Or, le critère numéro 1 dans les appels d’offres publics de la Défense, c’est le prix. Mais la France donne-t-elle les moyens à ses entreprises d’être compétitives par rapport à d’autres pays, européens et extra-européens ? Sur ce sujet, la question du patriotisme économique se pose », s’interroge-t-il, affirmant qu’au niveau technologique et technique, il n’y a pas de frein. Autre secteur à forte valeur ajoutée, le nucléaire, dont des développements sont prévus dans les Ardennes et dans l’Aube. Le niveau de confiance des dirigeants industriels s’inscrit ainsi dans « une logique de vigilance » avec néanmoins de fortes attentes et un soutien de l’État.