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L’effet Papillons Blancs sur l’économie locale

Emploi. Les Papillons Blancs de Champagne emploient plus de 1 650 personnes, travailleurs handicapés et salariés de la structure inclus.

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Photo d'ACA Industrie
ACA Industrie ouvre ses portes pour présenter l’étendue de ses savoir-faire aux entreprises rémoises. (Crédit : BB)

Face à l’emploi, les personnes en situation de handicap sont de très loin les plus confrontées aux inégalités. En effet, si 2,87 millions de Français font l’objet d’une reconnaissance administrative d’un handicap, le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur à la moyenne nationale (de l’ordre de 18% en 2021 selon l’INSEE).

Et si la loi prévoit un taux d’emploi obligatoire à hauteur de 6% dans les entreprises, celui-ci est de 5,5% dans le secteur public quand il atteint à peine les 3,5% dans le privé.

C’est en partie pour lutter contre ces inégalités que le pôle Travail et Insertion professionnelle de l’association des Papillons Blancs en Champagne fait le lien entre les personnes en situation de handicap et le monde de l’entreprise.

Pour ce faire, il s’appuie sur deux entreprises adaptées, deux ESAT et un service d’insertion professionnelle [1].

Les Papillons Blancs en Champagne ont été créés en 2018 à la suite de la fusion de deux structures de Reims et d’Epernay. L’association compte quatre pôles : Travail et Insertion professionnelle, Hébergement et Soins, Enfance et Inclusion Scolaire et enfin Habitat et Intégration dans la cité.

« Aujourd’hui nous accompagnons près de 1 000 personnes réparties sur 28 établissements et services, avec 650 salariés », précise Stéphane Fisse, le directeur de la structure champenoise. Le pôle Travail et Insertion professionnelle emploie à lui seul pas moins de 400 personnes dans des secteurs d’activités aussi nombreux que variés : espaces verts, sous-traitance industrielle, recyclage, vignes, blanchisserie, entretien des locaux, légumerie…

Insertion sociale et professionnelle

Si elles fonctionnent avec des statuts juridiques différents, les Entreprises Adaptées (EA) et les ESAT permettent aux entreprises qui souhaitent travailler avec eux de bénéficier d’une grande diversité d’activités. Ainsi, par exemple, ACA Industrie, l’EA située dans la zone du Port Colbert à Reims propose de la sous-traitance industrielle ou de l’assemblage de pièces.

Les Entreprises Adaptées sont soumises aux dispositions du Code du travail (avec pour spécificité d’employer au mois 55% de travailleurs handicapés) quand les ESAT sont des établissements médico-sociaux dont l’objectif est l’insertion sociale et professionnelle des adultes handicapés.


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« En ESAT, nous versons en moyenne 12% du SMIC, le reste du salaire étant versé par l’Etat via une aide au poste et un complément par l’AAH (Allocation adulte handicapé). Ce qui représente un salaire équivalent à environ 110% du SMIC », poursuit Stéphane Fisse.

L’ESAT de Pouillon, créé en 1974, est ainsi spécialisé dans des métiers très différents, notamment de conditionnement et d’actions industrielles, avec une équipe de 100 personnes spécialisées dans la fabrication d’emballages, la mise sous blister, l’assemblage ou le filmage de produits. Il est d’ailleurs assez représentatif du savoir-faire des travailleurs handicapés.

« Nous avons choisi de nous mécaniser pour donner de la valeur ajoutée à nos travaux et à notre main d’œuvre », explique le directeur qui ne souhaite pas cantonner ses activités à celles de « petites mains ».

« Tout handicap est compensé à un moment ou à un autre par d’autres compétences. Notre travail est justement de les détecter ».

Dans un secteur médico-social ultra-réglementé, les Papillons Blancs n’échappent pas à la règle et se conforment à des budgets très précis : un budget social financé par l’ARS, destiné notamment à la rémunération des salariés d’encadrement, et un budget de production destiné aux achats de matière première et à la rémunération des travailleurs handicapés.

Dans le cadre de sa diversification, la structure a ouvert une blanchisserie en 2016 et une légumerie en 2020 à Tinqueux.

« Nous achetons des légumes auprès de producteurs locaux pour les laver, les éplucher, les découper et les conditionner avant de les livrer à des cuisines. Ce service s’adresse aux collectivités dans un premier temps puis à des restaurateurs et à des particuliers ».

Deux activités qui ont aussi pour objectif de mettre les travailleurs handicapés au contact du grand public. Les différentes structures professionnelles contribuent à apporter 2,7 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’association dont le budget annuel s’élève à plus de 40 M€.

Photo de Romain Vivier
Romain Vivier est responsable technique chez ACA Industrie. (Crédit : BB)

[1EA Le Nouvel atelier à Epernay, EA ACA Industries à Reims, ESAT Ateliers de la Forêt à Pouillon, ESAT Ateliers de la Vallée à Epernay – Mardeuil et Permanence du Jard à Bezannes