L’écosystème rémois au service de l’innovation en santé
Santé. Depuis plusieurs années en Champagne-Ardenne, chercheurs, acteurs du privé, structures d’accompagnement et investisseurs unissent leurs compétences dans l’optique de développer des filières d’excellence. C’est tout l’objectif des « Rendez-vous de la French care », où se rencontrent des universitaires et des porteurs de projets, soutenus par tout un écosystème, dont Bpifrance, pour imaginer les innovations en santé de demain.
Comment faire émerger de nouvelles entreprises dans le secteur de la santé et leur donner les moyens de se développer ? À Reims, les acteurs de l’innovation misent sur la « complémentarité des compétences, la proximité et la force du collectif », comme le souligne Aurélien Banon, directeur départemental de Bpifrance, organisme porteur des rendez-vous de la French Care, dont l’objectif est de « briser les silos entre les acteurs de la santé et d’accélérer l’innovation médicale en France ». Ce collectif national rassemble plus de 1 400 professionnels du secteur, start-up, hôpitaux et instituts de recherche.
« Chaque année, chez Bpifrance, entre 2 et 2,5 milliards d’euros sont mobilisés dans le secteur de la santé, au bénéfice d’environ 3 200 entreprises, à travers les différents métiers de Bpifrance : financement, investissement et conseil », indique Olivier Chabanon, Directeur délégué Plan French Care. « La santé représente près d’un tiers des financements consacrés à l’innovation. Sur les quelque 3 milliards d’euros déployés à ce titre, environ 1 milliard concerne ainsi les entreprises du secteur. En 2025, près de 900 millions d’euros ont par ailleurs été investis en fonds propres dans des start-up et des PME de la santé, à raison d’environ six opérations d’investissement ou de réinvestissement par mois. »
Car dans un secteur où les développements sont longs, coûteux et soumis à des exigences réglementaires importantes, le passage du laboratoire au marché nécessite un accompagnement à chaque étape. À ce titre, Capital Grand Est (société de gestion en capital-investissement), qui gère plus de 220 millions d’euros, consacre environ 100 millions à l’investissement dans des start-up innovantes. « Pratiquement 50 % de notre portefeuille concerne la santé au sens large, de la medtech à la biotech en passant par la santé numérique », fait savoir Virginie Miath, Investment Director chez Capital Grand Est.
Pour ces investisseurs, l’enjeu consiste à repérer les projets prometteurs au plus près des territoires, puis à leur donner les moyens de grandir. « Les montants mobilisables peuvent atteindre environ un million d’euros lors d’un premier investissement, puis progresser jusqu’à 4 ou 4,5 millions d’euros selon les projets et leurs besoins. » Des montants conséquents mais qui ont pu permettre, par exemple, à Albin Jeanne, Ambassadeur régional de la French Care et directeur général d’Apmonia Therapeutics, d’enclencher le développement de sa start-up spécialisée dans la recherche de nouvelles stratégies thérapeutiques en oncologie. « C’est un parcours qui me tient particulièrement à coeur car c’est ici, à Reims, que je suis passé de chercheur à entrepreneur et que j’ai pu concrètement mesurer l’importance des rencontres, des structures d’accompagnement et du financement qui existent sur ce territoire. »
Création d’une filière compétitive
L’initiative portée par l’Université de Reims Champagne-Ardenne et le CHU de Reims autour de l’intelligence artificielle appliquée à la santé constitue aujourd’hui un levier important de transformation et de création d’une filière compétitive sur le territoire. « L’institut d’intelligence artificielle en santé (IIAS) a la particularité d’être le seul écosystème en France à réunir, au sein d’une même structure, la formation, la recherche et développement, ainsi que la valorisation des travaux scientifiques et l’innovation », souligne Vincent Vuiblet, directeur de l’Institut et 1er vice-président délégué à l’IA au sein de l’URCA. « L’objectif de l’IIAS est notamment d’accompagner les entreprises, de transformer les projets en valeur économique et de favoriser l’émergence de nouvelles activités. »
75 personnes travaillent au sein de l’Institut, qui, depuis sa création, a levé 75 millions d’euros dont 72 millions par Bpifrance sur le projet France 2030. « L’institut s’est également doté d’un incubateur dédié à l’intelligence artificielle en santé. Ce dispositif accompagne les entreprises à chaque étape de leur développement, depuis la conception de leurs produits jusqu’à leur mise sur le marché, en passant par des phases d’expérimentation sur le terrain. À Reims, nous disposons ainsi du seul tiers-lieu d’expérimentation spécialisé dans l’intelligence artificielle appliquée au secteur de la santé. »
L’expérimentation constitue en effet un maillon essentiel du parcours technologique. « Une innovation, aussi prometteuse soit-elle, doit démontrer son utilité dans les conditions réelles de prise en charge. L’existence d’un environnement hospitalier, universitaire et entrepreneurial capable de travailler de concert constitue ainsi un atout pour le territoire et les entrepreneurs », insiste Albin Jeanne, qui précise que les années les plus critiques d’une start-up sont les trois ou quatre premières. « C’est là que l’accompagnement, aussi bien financier que pour son développement, doit être le plus soutenu. »
L’attractivité du territoire, un autre levier de croissance
La capacité de Reims à attirer et à retenir les talents a également été abordée, l’attractivité reposant aussi sur la qualité de la recherche et sur la cohérence du parcours proposé aux chercheurs, depuis leur formation jusqu’à la valorisation de leurs travaux. « Chez Bpifrance, nous avons deux angles d’approche. Le national tout d’abord, avec le déploiement d’outils, et ensuite le territorial : c’est là que la notion de filière a tout son sens. C’est parce qu’un écosystème fonctionne bien, à taille humaine, qu’il permet de faire aboutir des projets », insiste Aurélien Banon.
« C’est précisément l’un des avantages de notre écosystème : les acteurs se connaissent et restent accessibles. Les événements sont nombreux et permettent de rencontrer les structures qui accompagnent les start-up, mais aussi les investisseurs », abonde Virginie Miath. Les Business Angels Marne Ardennes sont, à ce titre, aussi un relais pour lever des fonds. Localement, ces derniers recherchent d’ailleurs des spécialistes dans le domaine de la santé pour pouvoir mieux comprendre les dossiers et ainsi investir davantage dans ce domaine, fait savoir Domitille Ferry Letissier, Déléguée générale.
« Dès la création de la communauté urbaine du Grand Reims, qui fêtera ses dix ans en 2027, nous avons identifié la santé parmi nos filières stratégiques, aux côtés de la bioéconomie et du numérique. Elle représente d’ailleurs près de 10 % des emplois de notre territoire ainsi que plus de 7 000 étudiants dans les formations sanitaires, près de 300 enseignants-chercheurs et une vingtaine de laboratoires », fait savoir Arnaud Robinet, maire de Reims, Président du Grand Reims et fin connaisseur du sujet de la santé puisqu’il est lui-même Docteur en biochimie et biologie moléculaire et Président de la Fédération hospitalière de France (FHF).
« Cette dynamique trouve notamment son prolongement au CHU, engagé dans une transformation majeure avec la construction du nouvel hôpital. L’année dernière, ses équipes ont ainsi réalisé une première mondiale : une greffe de cornée assistée par un robot de microchirurgie, menée par le professeur Alexandre Denoyer. » Un exemple parmi d’autres qui place le territoire rémois au coeur d’une filière de santé innovante appelée à poursuivre son développement, grâce à un écosystème structuré.