L’agriculture du Grand Est, un modèle économique en transition
Agriculture. Une population d’exploitants vieillissante, surtout dans la viticulture et les grandes cultures, une surface agricole utilisée stable, des exploitations plus grandes, des ouvriers plus nombreux, des jeunes plus diplômés, mais une nouvelle génération peu féminisée… Le bilan et les perspectives de l’INSEE pour l’agriculture du Grand Est.
Plus de 55 000 personnes occupent un emploi agricole, 60% sont agriculteurs exploitants et 40% ouvriers agricoles. Ils pèsent 2,4% de l’ensemble des actifs régionaux en emploi. Les agriculteurs exploitants sont de moins en moins nombreux, leur effectif a baissé de 28% dans les quinze dernières années. En revanche, le nombre d’ouvriers agricoles a légèrement progressé dans la même période.
Le Grand Est fait partie des régions de province dans lesquelles l’emploi agricole est le moins représenté, devant Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Hauts-de-France. La part des agriculteurs exploitants dans l’emploi régional est de 1,4% contre 1,7% en France. La part des ouvriers agricoles (1%) est comparable dans les deux niveaux.
Les exploitants agricoles sont nettement plus âgés que les actifs en emploi dans la région. 38% de ceux-ci ont 55 ans et plus, c’est deux fois plus que dans l’ensemble des actifs en emploi dans la région. Cette part a progressé de 15% depuis 2006. Cette forte proportion d’exploitants agricoles approchant l’âge de la retraite et des générations suivantes moins nombreuses place la région face à des enjeux de renouvellement des effectifs.
Le vieillissement des exploitants varie selon les spécialisations agricoles. Dans le Grand Est, la viticulture et les grandes cultures sont celles dans lesquelles la part des seniors est la plus élevée. 43% des exploitants des grandes cultures et 40% des viticulteurs sont âgés de 55 ans et plus. Ces deux professions représentent plus de la moitié des exploitations agricoles de la région. Le vieillissement est moins prononcé dans les autres filières : 37% de seniors dans l’élevage bovin, 36% pour les autres exploitants, polyculture ou polyélevage, 35% pour les maraîchers, horticulteurs et pépiniéristes ou encore 30% pour les éleveurs de volailles ou de porcs.
Des spécificités fortes selon les territoires
La structure des âges des exploitants agricoles varie sensiblement d’un département à l’autre. Exemple : 42 des exploitants de la Marne et 40% de ceux des Ardennes ont 55 ans et plus, contre 35% en Haute-Marne et 32% dans les Vosges. Ces chiffres ne reflètent pas la structure par âge dans l’emploi en général, avec plus de jeunes que la moyenne régionale dans la Marne et plus de seniors dans les Vosges.
La Marne, l’Aube et le Haut-Rhin concentrent plus de la moitié des agriculteurs exploitants et une large majorité de plus de 55 ans : 57% pour ces quatre départements, dont 28% pour la Marne. Dans la viticulture, 43% d’entre eux sont des seniors dans la Marne et le Bas-Rhin, 39% dans le Haut-Rhin et 33% dans l’Aube. Dans les grandes cultures, la population des exploitants est en majorité vieillissante, sauf en Meurthe-et-Moselle (35% de seniors). Un éleveur de bovins sur trois dans les Vosges et les Ardennes a 55 ans ou plus. Les éleveurs les plus âgés sont en Meurthe-et-Moselle.
Une nouvelle génération plus diplômée et moins féminisée
Dans le Grand Est, 2 200 agriculteurs exploitants ont moins de 30 ans et sont nettement plus diplômés que leurs aînés : 45% sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, soit trois fois plus que les exploitants de 55 ans et plus. Ils sont même un peu plus diplômés que l’ensemble des actifs occupés du même âge.
Dans la région, un agriculteur exploitant sur quatre est une femme. Cette féminisation varie selon les générations. Un agriculteur exploitant âgé de 55 ans et plus sur trois est une femme, contre seulement un exploitant sur cinq parmi les moins de 30 ans. La part des femmes dans cette profession a reculé de 2,5 points en quinze ans.
Un modèle économique en transition
La superficie agricole utilisée est restée globalement stable entre 2000 et 2020. La baisse du nombre d’exploitants ne s’est pas traduite par une diminution de la surface agricole, mais conséquemment par un accroissement de la surface moyenne des exploitations qui a augmenté de 444% et par un recours à plus de main-d’œuvre salariée.
Pour l’INSEE : « À l’avenir, le maintien des surfaces agricoles pourrait reposer sur un bon renouvellement de la population des exploitants, mais peut-être également sur la poursuite de la recomposition du tissu agricole vers des exploitations de plus grandes tailles, mobilisant davantage de main-d’œuvre ».