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130e année

KME France veut supprimer 119 emplois dans son usine de Givet

Industrie. La direction de KME France a annoncé la fermeture de la division tube de sa filiale, Tréfimétaux, à Givet, pour la transférer en Italie.

Avec 162 personnes, l’usine Tréfimétaux est la deuxième plus importante entreprise de la Pointe des Ardennes en terme de salariés. WWW.JMBENOIT.FR

La réunion extraordinaire du comité social et économique tenue à Givet en présence de l’équipe dirigeante de Tréfimétaux a dévoilé la décision des actionnaires de KME France de réorganiser le site de Givet. Ce qui se matérialisera par la suppression de 119 emplois, soit les trois-quarts des effectifs actuels. Une catastrophe économique pour la Pointe des Ardennes. Cette restructuration passera, en effet, par l’abandon total des produits de tubes de cuivre pour les applications industrielles et sanitaires, lesquels seront transférés au sein de la SCT-Serravalle Copper Tubes, basée dans le Piémont, en Italie.

Seule la fonderie de cuivre qui emploie 43 personnes a été épargnée par cette mesure. Pour motiver cette décision brutale, la direction argue de difficultés économiques constantes et persistantes depuis 2015 et évoque « l’inadaptation de l’outil industriel compte tenu de l’érosion constante du marché européen ». Ce qui nécessitait « la nécessaire sauvegarde de la compétitivité du groupe KME sur le secteur d’activités des tubes ». La direction de Tréfimétaux s’est d’ores et déjà engagée à mettre en place des mesures d’accompagnement pour contribuer à ce que chaque salarié ait une solution d’emploi.

« Un marché de dupes »

Les 162 salariés en poste estiment avoir été bernés par un groupe qui leur avait un moment fait miroiter un projet de rapatriement de 75 % des capacités de la tuberie allemande MKM. Secrétaire adjoint de l’union locale CFDT, Rachid Belkébir dénonce un marché de dupes. « Un budget prévisionnel sur trois ans nous avait été présenté pour renouer avec la rentabilité et rééquilibrer les comptes. Rien de ce qui nous avait été promis n’a été tenu. Le Board est revenu sur ses engagements initiaux en manquant de respect envers les salariés, prêts à s’impliquer dans un projet susceptible de contribuer au sauvetage de l’outil de production. L’effet de levier escompté n’a jamais été appliqué. Bref, on nous a savonné la planche ».

« Les outils tombant en ruine n’ont jamais été remplacés ou remis en état. Ils ont progressivement détérioré l’outil de production »

« Deux bouchonneuses sont bien arrivées sur place mais elles n’ont pratiquement jamais tourné. Ce recul a encore appauvri une PME dont la production est restée scotchée à 6000 tonnes de tubes en 2021 » ajoute Christel Lemaire, porte-parole syndical. En mars prochain au terme de la procédure en cours, le site ardennais va au contraire être complètement déplumé au profit du complexe de production italien qui bénéficie d’un processus plus moderne, répondant aux exigences high tech, alors que depuis une décennie, son homologue des Ardennes n’a plus connu le moindre investissement.

« Les outils tombant en ruine n’ont jamais été remplacés ou remis en état. Ils ont progressivement détérioré l’outil de production » résume, dépité, un salarié. La procédure de licenciement concernant 119 postes de travail sera officiellement déclenchée ce mardi 25 janvier et devrait durer trois mois. L’ancestrale activité cuivre de Givet, existant depuis 1787 aura alors définitivement vécu. L’intersyndicale de l’entreprise va, pour sa part, s’appuyer sur le cabinet Syndex et ses avocats pour tenter de préserver un maximum d’emplois industriels en limitant l’impact social...

Pascal Remy