Innovact : Conjuguer innovation et entrepreneuriat
Start-up. Charles de Bohan a pris la tête de l’incubateur de start-up Innovact depuis le mois de janvier. Il compte poursuivre la direction prise par l’incubateur depuis trois ans, en l’ouvrant de plus en plus aux collaborations et partenariats avec le monde du privé et de la recherche.
Son ancrage familial dans le monde de l’agriculture et de l’agro-industrie (il est le fils d’Olivier de Bohan, président de Cristal Union), son parcours académique au sein de l’IHEDREA (École de l’agri et de l’agro management de Paris) – au sein de laquelle il a effectué un mémoire sur la bioéconomie – tout comme son expérience de fondateur et dirigeant de start-up (Pairdry, une boisson pétillante faiblement alcoolisée à base de mirabelle) ainsi que son poste de start-up manager depuis mars 2023, Charles de Bohan cochait toutes les cases pour prendre la suite de Catherine Arbez, directrice d’Innovact de 2022 à 2025. « Comme start-up manager, j’étais chargé de tout l’accompagnement des start-up sur la structuration : de la constitution de la road map technique à celle commerciale, le positionnement marché et le business model puis tout ce qui était ingénierie financière », indique-t-il.
Proposer des garanties
Mais ses missions ne se sont pas arrêtées là, puisque le jeune homme a également endossé une seconde casquette, en développant tout l’écosystème spécialisé dans la bioéconomie, en relation avec le réseau Quest for Change, qui porte six incubateurs du Grand Est. « Nous avons travaillé là-dessus pendant un an et demi jusqu’à l’inauguration de Quest for Bioeconomy en novembre 2024. Concrètement, sur la bioéconomie, nous accompagnons les start-up sur la production durable et la valorisation de la biomasse. Nous développons des parcours spécifiques pour optimiser leur développement, notamment sur les expérimentations sur le terrain, souvent coûteuses, et les levées de fonds nécessaires. Nous travaillons avec les interlocuteurs pour trouver des terrains d’expérimentation abordables et proposer des garanties aux investisseurs. »
Pour cela, Innovact lance notamment le programme Alpha, au sein duquel experts techniques, scientifiques, stratégiques et business se réunissent une fois par trimestre pour « dérisquer » un projet. « Nous testons ce programme avec la start-up lyonnaise Agri Lab Leverage, ce qui lui a permis de venir s’implanter sur le territoire et de profiter pleinement de cet écosystème. La partie amont, dédiée à l’agriculture durable, va bientôt être lancée en collaboration avec des coopératives agricoles, des laboratoires et des organismes de financement, afin de mettre en place des terrains d’expérimentation optimisés et accessibles financièrement », explique Charles de Bohan.
Élargir le spectre d’action
L’objectif du nouveau directeur est d’élargir le spectre d’action de l’incubateur, pour que toutes les entreprises du territoire puissent innover et profiter de l’écosystème local. « La première fuite économique du territoire est la R&D, les entreprises innovent mais pas forcément sur place. L’objectif est d’élargir le cercle des entreprises et PME qui peuvent bénéficier de l’innovation locale », insiste-t-il.
Pour cela, Innovact souhaite mettre en place de nouveaux véhicules financiers pour soutenir cette innovation. « L’innovation peut se faire financièrement ou par « excubation », c’est-à-dire en accompagnant les technologies internes qui restent inexploitées, en créant une spin-off ou en nommant un CEO interne ou recruté. Nous travaillons à consolider cette nouvelle brique pour faire en sorte que ce territoire devienne un véritable territoire d’innovation. »
Concernant les outils de financement, le premier qui a été mis en place s’appelle Quest for Change Investissement, véhicule de financement destiné aux business angels mais aussi aux entreprises, permettant de mobiliser des fonds pour les phases d’amorçage des start-up. « Cet outil est agréé par l’État, ce qui nous permet de concevoir et d’orienter des enveloppes pour les entreprises souhaitant investir de petites sommes. À l’échelle régionale, il peut mobiliser entre 300 000 et 800 000 euros. Un autre outil est en préparation et sera communiqué prochainement. »
Concernant le lien entre start-up et entreprises, Innovact adopte une approche rationnelle. « L’époque de la « start-up nation » a parfois donné l’impression que les start-up étaient inaccessibles ou déconnectées des réalités économiques. Notre vision est différente : une start-up reste une entreprise, et les deux mondes peuvent parfaitement dialoguer. Nous travaillons à réconcilier recherche, innovation et économie, tout en dérisquant les projets pour que les start-up puissent se développer sans être déconnectées des réalités financières. »